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Un article de Marie Visot paru dans Le Figaro du 10 décembre 2005

L’automobile fait chuter l’activité industrielle

samedi 10 décembre 2005 par Marie Visot
Conjoncture Alors que la production industrielle a été plutôt vigoureuse en août et en septembre, elle s’est écroulée au mois de novembre.

QUE la production industrielle française recule au mois d’octobre, ce n’est finalement pas une surprise. Qu’elle dégringole de 2,5%, c’est quand même plus inattendu... Ce repli est le plus fort depuis août 1999 ! Si un effet de calendrier, en raison du « pont » du 1er novembre, peut en partie expliquer cette contre-performance - le lundi 31 octobre a été considéré comme ouvrable alors qu’il a été peu travaillé -, il ne peut pas le justifier à lui seul. Selon Michel Devilliers, directeur des études de conjoncture de l’Insee, il serait responsable à hauteur de 0,5 point de la baisse de la production.

Réduction des stocks

Hormis l’agroalimentaire qui a stagné en octobre après un mauvais mois de septembre, tous les sous-secteurs reculent de façon marquée, après avoir progressé le mois précédent. Mais la palme revient sans aucun doute à l’automobile. Après avoir augmenté de 4,2% en septembre, la production a chuté de 9,2% en octobre, selon les chiffres publiés hier par l’Insee. De fait, plusieurs chaînes de montage ont été arrêtées à cette période. Par exemple, l’usine Renault de Douai, qui produit les modèles Mégane, a fermé une semaine à la fin du mois, comme les chaînes de Sandouville, d’où sortent les Laguna, Espace et Vel Satis, victimes de la mévente des véhicules de gammes moyenne et haute. Et la situation pourrait durer encore un peu. L’usine PSA de Rennes, notamment, a d’ores et déjà annoncé qu’elle suspendra la production de la 407 pendant cinq jours en décembre face à un marché « plutôt moyen ». « Les constructeurs réduisent leurs stocks pour éviter de devoir trop baisser leurs prix », indique Frédéric Prêtet, économiste à la Société générale.

Trop de produits importés

Dans les autres secteurs, la baisse est un peu moindre : la production de biens de consommation (vêtements, chaussures, livres, parfumerie, pharmacie, équipement du foyer...) recule de 0,8%, celle des biens d’équipement (motos, avions, équipement mécanique, électronique...) recule de 1,4% et celle des biens intermédiaires (produits en bois, carton, produits en plastique, en caoutchouc, métaux, composantes électriques...) chute de 1,8%. Ce recul de la production industrielle est d’autant plus inquiétant que « l’environnement international paraît plus favorable à l’activité depuis quelques mois » et que les conditions sont plutôt réunies pour qu’elle reparte, souligne Jean-Marc Lucas, chez BNP Paribas. De fait, l’euro a reculé par rapport au dollar de 10% depuis le début de l’année, on observe une accalmie sur les cours du pétrole et même une petite reprise de l’investissement en France.

La faible dynamique industrielle française est en grande partie liée à la structure du commerce extérieur français. La consommation des ménages, qui reste soutenue malgré un léger ralentissement ces deux derniers mois, profite surtout aux produits importés - d’Asie notamment. C’est la production française qui en pâtit, et qui fait peser un risque supplémentaire sur la croissance.


Nicolas Bouzou : « Nous avons un grave problème de compétitivité »

Nicolas Bouzou est directeur des études économiques de l’Institut Xerfi.

LE FIGARO. - La production industrielle s’est effondrée de 2,5% au mois d’octobre. Est-ce grave ?

Nicolas BOUZOU - Oui. Même s’il y a un petit effet statistique lié au pont de la Toussaint, il y a un vrai problème économique. D’autant que tous les grands secteurs sont en recul. Mais la situation de la production automobile, responsable d’une bonne partie de la chute d’octobre, devrait se reprendre dès le début 2006, avec la sortie des nouveaux modèles.

Comment expliquer une telle contre-performance ?

Nous avons un grave problème de compétitivité, malgré le recul de l’euro ces derniers mois. La France a du mal à s’imposer sur les marchés étrangers. D’ailleurs, on le voit bien dans l’enquête publiée hier : la production des secteurs traditionnellement exportateurs, comme les biens intermédiaires, recule.

Mais ce ne doit pas être une fatalité ! Regardez ce qui se passe en Allemagne : non seulement ils exportent bien plus que nous, mais les chiffres de leur production industrielle sont bons.

Pourquoi une telle différence entre la France et l’Allemagne ?

Les Allemands ne consomment pas, mais leur industrie exporte. Les entreprises françaises, elles, ont du mal. Mais surtout la demande intérieure ne profite pas à l’industrie, en raison de la montée des importations en provenance de pays où les coûts de production sont faibles.

Car les Français, inquiets de leur situation financière, sont de plus en plus exigeants sur les prix. Quant à la qualité des produits chinois par exemple, elle est de plus en plus élevée.

Ce mauvais chiffre exclut-il tout espoir d’une croissance à 2% cette année ?

Il traduit en tout cas la fragilité de la reprise observée en France depuis juin. On a un peu trop vite crié victoire lorsque l’Insee a indiqué que la croissance du troisième trimestre atteignait 0,7%. Au quatrième, elle devrait être moins bonne.

Non seulement à cause de la baisse de la production, mais aussi en raison du ralentissement de la consommation des ménages depuis deux mois. Au total, la hausse de l’activité devrait être à peine supérieure à 1,5%. Plutôt médiocre...

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