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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 16 septembre 2005

L’avenir de la SNET est suspendu au sort incertain d’Endesa

jeudi 15 septembre 2005 par Jean-Michel Bezat

ans un paysage européen de l’énergie en pleine mutation, les poids légers du secteur risquent fort d’être ballottés au gré de l’appétit des géants. C’est la mésaventure qui arrive à la Société nationale d’électricité et de thermique (SNET), ancienne filiale de Charbonnages de France (CDF), dont l’espagnol Endesa avait racheté 65 % du capital en septembre 2004 pour 571 millions d’euros.

Dans quelques mois, la SNET pourrait changer de mains au terme d’un Meccano industriel complexe impliquant les grands groupes espagnols de l’énergie. Car si l’autorité de contrôle du secteur énergétique espagnol autorise l’offre publique d’achat (OPA) inamicale de 22,5 milliards d’euros lancée par Gas Natural sur l’électricien Endesa (Le Monde du 7 septembre), l’entreprise gazière espagnole vendra de 7 à 9 milliards d’euros d’actifs de sa "proie" à Iberdrola, le numéro 2 de l’électricité en Espagne.

Cet accord entre Gas Natural et Iberdrola a été confirmé, mercredi 14 septembre, par Ignacio Sanchez Galan, directeur général d’Iberdrola. Et la participation majoritaire d’Endesa dans la SNET ­ troisième producteur d’électricité en France, derrière EDF et Suez ­ fait partie de ces "dépouilles".

En Espagne, cette offensive de Gas Natural sur Endesa s’est muée en une affaire nationale. L’organisation patronale du secteur de l’électricité est déchirée et son président, qui est aussi le patron d’Iberdrola, a démissionné, mardi, de ses fonctions. Gas Natural a le soutien de ses actionnaires, comme le pétrolier Repsol YPF et la banque catalane Caixa, mais aussi le groupe français d’énergie Suez.

La classe politique est elle aussi divisée. Dans l’opposition, le Parti populaire (PP) a mis en garde contre une concentration qui risque, selon lui, de fausser la concurrence. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le gouvernement Zapatero, qui n’a pas l’intention de s’opposer à l’OPA, y voient la naissance possible d’un "grand d’Espagne" capable de se battre sur un marché européen dominé par les allemands e.ON et RWE, le français EDF et l’italien Enel. Ce que commençait à devenir Endesa à force d’acquisitions.

Les dirigeants de la SNET s’interrogent aussi sur le destinataire des 35 % du capital encore détenus par EDF (18,25 %) et CDF (16,75 %), qui lui permettra de disposer d’une capacité de production d’électricité au prorata de cette participation (700 MW). Calyon, la banque d’affaires du Crédit agricole, a été mandatée par les deux groupes pour étudier le dossier. Lundi, date limite de dépôt des offres, quatre entreprises s’étaient portées candidates : ASM Brescia, une société italienne de services aux collectivités ; Poweo, le fournisseur indépendant d’électricité présidé par Charles Beigbeder ; Enel, l’opérateur historique de l’électricité en Italie ; et Endesa.

"PLAN INDUSTRIEL"

"Au terme du pacte d’actionnaires, nous avons un droit de préemption sur les 35 % , affirme André Sainjon, président du conseil d’administration de la SNET. Endesa a toujours dit qu’il souhaitait monter à 100 %, et ce n’est que parce que le gouvernement français réservait ces 35 % à Gaz de France qu’Endesa s’est incliné." Depuis, Gaz de France a fait savoir qu’il n’était plus intéressé par la SNET.

Pour M. Sainjon, Endesa a rassuré les 900 salariés français du groupe par l’annonce, en février, d’un "plan industriel" de 1,3 milliard d’euros d’investissements sur cinq ans. Il prévoit un doublement des capacités de production de la SNET à l’horizon 2010, par la construction de centrales à gaz et d’un parc d’éoliennes d’une puissance installée de 200 MW.

Enel est un autre prétendant de poids. Avant d’accepter le rachat partiel d’Edison par EDF, le gouvernement de Silvio Berlusconi avait exigé, en contrepartie, une plus large ouverture du marché français de l’électricité à Enel. Outre une participation de 12,5 % dans le financement du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche) et le droit de construire deux centrales à cycle combiné à gaz dans l’Hexagone, figurait précisément la possibilité de racheter les 35 % de la SNET.

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