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Article de Nicole PENICAUT et Pascale NIVELLE paru dans Libération le 18 décembre 2006

L’échec chinois et le retard finlandais plombent Areva

lundi 18 décembre 2006 par Nicole PENICAUT, Pascale Nivelle
Le modèle industriel « clé en main » défendu par la présidente française est critiqué.

Certes, Anne Lauvergeon était préparée à la perte du contrat chinois (lire ci-dessous). Mais la patronne d’Areva aurait sans doute préféré que l’annonce de cette décision ne se télescope pas avec cet autre mauvais coup : le nouveau retard dans la construction du premier réacteur nucléaire de troisième génération, l’EPR, celui-là même qui doit servir de vitrine commerciale.

La semaine dernière, Areva a dû admettre devant son client, l’électricien finlandais TVO, que le calendrier contractuel d’Olkiluoto était trop tendu. Initialement prévue pour mi-2009, la mise en service du premier EPR jamais construit dans le monde est désormais prévue pour 2011. « Mettre cinq ou six ans au lieu de quatre pour une tête de série reste une prouesse, relativise-t-on chez Areva, au regard de l’enjeu commercial futur. On se fait les dents, mais on acquiert une expérience énorme. »

Reste que les Finlandais sont agacés. Et que, avec ces deux avanies successives, Lauvergeon libère les critiques de ses détracteurs, nombreux à Bercy : « Les Chinois nous ont dit que c’était à cause des retards en Finlande qu’ils avaient renoncé à l’EPR. » Réplique immédiate d’un observateur proche d’Areva : « C’est au mieux de l’ignorance, au pire de la malveillance. »

Le lien, de fait, ne va pas de soi. Pourtant, en ne respectant pas ses délais en Finlande, Lauvergeon prête le flanc à ceux qui lui reprochent son obstination à vouloir imposer un nouveau modèle industriel dans le domaine nucléaire : le clés en main. « Les retards en Finlande n’ont pas été de nature à convaincre les Chinois de la pertinence de ce modèle et de la maîtrise qu’en ont les Français », ironise un spécialiste. Dans l’immédiat, ces retards ont un coût : on évoque des chiffres entre 600 millions et 700 millions d’euros. De quoi donner au conseil de surveillance d’Areva cette semaine matière à débat entre la présidente et son actionnaire, l’Etat.


Westinghouse, un transfert payant

Le groupe américain a accepté de fournir à la Chine les technologies de son nouveau réacteur.

La bataille franco-américaine pour le mégacontrat chinois des quatre premiers réacteurs nucléaires de troisième génération est terminée. Samedi, la Chine a choisi Westinghouse au détriment d’Areva ; 8 milliards de dollars échappent au français, numéro 1 mondial. « Un jour formidable pour l’industrie nucléaire américaine », a dit Samuel Bodman, le secrétaire d’Etat américain à l’Energie, juste après avoir signé l’accord. Selon lui, ce contrat va créer 5 000 emplois aux Etats-Unis et Westinghouse a accepté de fournir à la Chine des technologies qui lui permettront de construire d’autres réacteurs.

Les futures centrales fournies par Westinghouse ont une capacité de 1,1 gigawatt chacune. La Chine, deuxième consommateur mondial d’énergie, a évalué ses besoins futurs en nucléaire à 40 gigawatts, soit une trentaine de centrales, et compte investir 40 milliards d’euros dans ce secteur qui ne fournit actuellement que 2,3 % de son électricité. Le but est de parvenir à 4 % dans vingt ans.

Tout n’est donc pas perdu pour Areva. La France, par la voix du ministère des Finances, s’est contentée de dire qu’elle « prend note ». Un émissaire du gouvernement chinois devrait être reçu à Paris demain « pour faire le point ».

C’est un coup dur, mais Areva s’y attendait. Depuis le printemps, l’EPR, réacteur de troisième génération déjà acheté par EDF et par la Finlande, n’était plus favori. Pour des raisons politiques plus que techniques, assurait-on dans le camp français, où l’on s’est beaucoup moqué du « réacteur de papier » américain, encore à l’état de projet. « Les experts chinois sont séduits par l’offre américaine car ils espèrent se l’approprier », assurait-on chez Areva quand tout n’était pas encore perdu. Pour s’aligner, Areva avait dû revoir sa copie en jouant sur de plus importants transferts de technologies. La Chine est davantage à la recherche de partenaires que de vendeurs. Selon Areva, Westinghouse avait besoin d’arracher ce contrat, sous peine de sortir du marché du nucléaire civil.

De même que Jacques Chirac a défendu Areva lors de sa visite en Chine, en octobre, Washington n’a pas ménagé sa peine pour défendre Westinghouse, récemment racheté par Toshiba. L’énorme déficit commercial entre la Chine et les Etats-Unis aurait aussi joué en sa faveur. Au moins symboliquement : Westinghouse n’étant pas constructeur de centrales, ce n’est pas 8 milliards de dollars, mais quelques centaines de millions qu’il empochera pour le transfert de sa technologie.

Bien implanté en Chine, Areva a déjà fourni quatre réacteurs et contribué à la réalisation de Qinshan II, conçu sur la base de la technologie française. Le groupe est aussi impliqué dans la duplication de la technologie de Ling Ao, filière qui sera, à terme, contrôlée par les Chinois. Le transfert de technologies n’est donc pas une nouveauté pour les Français. Mais les Américains sont allés encore plus loin.

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