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Maguy Day | Le Monde le 2 juin 2007

L’économie américaine traverse un trou d’air

samedi 2 juin 2007 par Maguy Day

La deuxième estimation de la croissance américaine pour les trois premiers mois de l’année 2007, rendue publique jeudi 31 mai, a été nettement révisée en baisse, à 0,6 % en rythme annuel. L’estimation initiale, annoncée il y a un mois, était de 1,3 %. Il faut remonter à la fin 2002, pour trouver un aussi mauvais chiffre du PIB (produit intérieur brut).

Pour autant, la plupart des économistes ne redoutent pas une récession dans les prochains mois. La croissance aux Etats-Unis devrait être proche cette année des 2,2 % estimés par le Fonds monétaire international (FMI) contre 3,3 % en 2006.

Le trou d’air du premier trimestre s’explique notamment par la détérioration de la balance commerciale et le déstockage qui ont chacun amputé l’équivalent d’un point à la croissance. Le déficit du commerce extérieur s’est creusé à 611,8 milliards de dollars (454,5 milliards d’euros) au premier trimestre, en rythme annualisé, avec un bond des importations de 5,7 % après une baisse de 2,6 % au quatrième trimestre de 2006. Dans le même temps, les exportations ont reculé de 0,6 %, après avoir progressé de 10,6 % au trimestre précédent.

La surprise est aussi venue des entreprises qui ont préféré puiser dans leurs stocks plutôt que de produire. Les stocks ont diminué de 4,5 milliards de dollars au premier trimestre, après avoir augmenté de 22,4 milliards de dollars pour le dernier trimestre de 2006 et 55,4 milliards de dollars, au troisième trimestre 2006.

Sans surprise cette fois, la crise du logement pèse également sur l’activité. L’investissement résidentiel a reculé pour le sixième trimestre consécutif de 15,4 %. Le Comité de politique monétaire de la banque centrale américaine (Fed) souligne, lors de sa réunion du 9 mai, que le retournement de l’immobilier risque de freiner l’économie plus que prévu. En 2007, "la correction de l’immobilier résidentiel va sans doute continuer à peser lourdement sur l’activité économique pendant la plus grande partie de l’année".

Par ailleurs, l’inflation reste à un niveau relativement élevé mais conforme aux estimations. L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,3 % et celui mesuré hors alimentation et énergie a augmenté de 2,2 %, au-delà du seuil de 2 % considéré comme acceptable par la Fed.

Les craintes d’une récession - deux trimestres consécutifs de recul de l’activité - s’éloignent surtout car la consommation reste vigoureuse. Elle est le principal moteur de l’activité aux Etats-Unis et représente près de 70 % du PIB. Lors des trois premiers mois de l’année, la demande des ménages a même été plus forte que prévu, progressant de 4,4 %, à un rythme comparable aux 4,6 % du quatrième trimestre 2006. L’impact de la crise immobilière sur le pouvoir d’achat des ménages et donc sur la consommation semble, pour l’instant, limité.

Un autre chiffre publié jeudi a rassuré les économistes. L’activité manufacturière a été soutenue en mai dans la région de Chicago. "Après la pluie du premier trimestre viendra le beau temps au deuxième", pronostique Drew Matus de Lehman Brothers.

RECOURS AU CRÉDIT "PLUS MODÉRÉ"

Les chiffres de l’emploi en mai, rendus publics vendredi 1er juin, étaient très attendus par les analystes. Ils devraient permettre de mesurer l’impact de l’immobilier sur le marché du travail. L’emploi pourrait "être freiné dans les trimestres à venir par une baisse notable dans le secteur du bâtiment", prévient la Fed. Mais dans le même temps, le département du travail indiquait jeudi que les demandes d’allocations chômage sont à leur plus bas niveau depuis plus d’un an.

Le taux de chômage, à 4,5 % de la population active en avril, reste faible et rassure les autorités monétaires. Elles n’ont d’ailleurs pas touché au principal taux directeur, fixé à 5,25 % depuis juin 2006, pour soutenir l’économie.

Autre raison à un optimisme qui peut sembler paradoxal, les bénéfices des entreprises continuent à progresser, même faiblement, de 1,2 % au premier trimestre. Le niveau des profits par rapport au PIB (12,3 %) reste historiquement élevé.

Les économistes prévoient pour la plupart un rebond modéré de la croissance au deuxième trimestre. "Si l’investissement ou les échanges extérieurs sont susceptibles de se redresser, la consommation des ménages devrait en revanche être affectée par la hausse des prix de l’énergie, des gains plus modérés en matière d’emploi et la correction du marché immobilier", estime Jean-Marc Lucas, de BNP Paribas.

L’importance de l’endettement va également dans le sens d’une modération de la consommation des ménages dans les prochains mois. "Le recours au crédit devrait être plus modéré qu’au cours des dernières années", souligne Marie-Pierre Ripert, de Natixis.


L’OCDE s’inquiète du vieillissement de la population aux Etats-Unis

Tout en saluant la bonne performance de l’économie américaine, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) juge, dans sa dernière étude sur les Etats-Unis parue mardi 29 mai, que les pressions démographiques risquent de faire dériver les finances publiques déjà mal en point.

La question de la hausse des coûts médicaux, conjuguée au vieillissement, devra être abordée "suffisamment tôt, si l’on veut éviter une trop lourde charge pour les générations futures et en définitive, une crise budgétaire", souligne le rapport.

Depuis le 1er octobre, début de l’année budgétaire aux Etats-Unis, le déficit des comptes publics a atteint 80,7 milliards de dollars (60 milliards d’euros). L’annonce faite par le gouvernement de George W. Bush d’éliminer le déficit du budget fédéral en 2012 semble "un minimum compte tenu des pressions démographiques qui menacent la prospérité future du pays", remarque l’OCDE.

AMÉLIORER LE SYSTÈME ÉDUCATIF

Alors que la croissance de la population active ralentit à mesure que les Américains vieillissent et que les taux d’activité de certaines catégories plafonnent, "l’économie sera de plus en plus tributaire des gains de productivité" pour maintenir sa croissance, explique le rapport. Une des pistes pouvant permettre de générer de tels gains serait de réduire les "aides à l’agriculture qui faussent les échanges", allusion aux subventions accordées aux fermiers américains pour faciliter les exportations de leurs produits.

Pour se procurer de nouvelles recettes, l’OCDE suggère d’élargir les bases d’imposition, plutôt que de baisser les impôts, et d’envisager un transfert de la fiscalité directe à une fiscalité indirecte sur la consommation via une taxe nationale sur les ventes ou la valeur ajoutée. Elle préconise aussi de réduire les revenus d’inactivité et de décourager les retraites anticipées, en relevant l’âge de la retraite à taux plein.

Certains avantages fiscaux aux effets pervers devront être supprimés. "Il faudrait remplacer la déductibilité des intérêts des prêts hypothécaires par un crédit d’impôt ouvert à tous les propriétaires" afin d’éviter un "excès de consommation de logement".

De plus, pour protéger les travailleurs les moins qualifiés des effets "secondaires négatifs d’un changement technologique et d’une mondialisation", l’OCDE propose de développer les dispositifs de couverture sociale et d’aide à la réinsertion, notamment les garanties de salaire et l’assurance-maladie. Sans oublier d’améliorer le système éducatif, compte tenu du rôle joué par les différences de qualification dans les inégalités.

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