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Claire Guélaud | Le Monde le 21.12.2007

L’économie française ne sera pas épargnée par le ralentissement mondial

vendredi 21 décembre 2007 par Claire Guélaud

Le n’est pas bon, sans être catastrophique. Telle est la tonalité de la note de conjoncture présentée, mercredi 19 décembre, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui prévoit pour la France une croissance de 1,9 % en 2007 et un début d’année 2008 pas mauvais (+ 0,5 point au premier trimestre, + 0,4 au deuxième).

Dans un environnement assombri par la crise financière et par le ralentissement en cours aux Etats-Unis et dans la zone euro, le "choc de croissance" attendu par Nicolas Sarkozy n’a pas eu lieu, mais la France ne s’en est pas trop mal sortie en 2007.

Depuis deux à trois trimestres, en effet, l’écart de croissance avec l’Allemagne et avec les partenaires européens de la France a disparu. Les 1,9 % de croissance en 2007 sont inférieurs, mais de peu, au bas de la fourchette (2 à 2,5 %) retenue par le ministre de l’économie, Christine Lagarde. A la fin juin 2008, l’acquis de croissance pour l’année serait de 1,7 %. Pour tenir les prévisions sur lesquelles a été construit le budget 2008 (2-2,5 %), il faudrait une progression respective du PIB de 0,4 ou de 0,7 point à chacun des deux derniers trimestres. Ce n’est pas impossible si la crise financière ne s’éternise pas.

EXPORTATIONS PÉNALISÉES

La consommation des ménages restera le principal moteur de la croissance. Tel que le mesure l’Insee, le pouvoir d’achat des ménages devrait connaître en 2007 une nette accélération : + 3,3 %, après +2,4 % en 2006. Cette forte hausse s’expliquerait par la progression de plus de 4 % des salaires, du fait d’une nette amélioration de l’emploi (348 000 emplois créés en 2007), mais aussi par la hausse de la prime pour l’emploi (PPE) et par les baisses d’impôt et de cotisations. En 2008, malgré les 10 milliards consacrés à la loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat (TEPA) et le déblocage anticipé de la participation, le pouvoir d’achat ralentirait au premier semestre à 1,2 % en rythme annuel. Le regain d’inflation, avec un pic de 2,8 % en février, y serait pour beaucoup. Les ménages puiseraient dans leur épargne, quand ils en ont, pour continuer à consommer.

La production et l’investissement des entreprises seraient moins dynamiques en 2008. Après un rebond au troisième trimestre, la production ralentirait peu à peu partout, sauf dans la construction. L’Insee évalue à 0,1 point de croissance en moins l’impact des dix jours de grève de novembre dans les transports publics. Dynamique au quatrième trimestre, l’investissement productif serait moins tonique en 2008, en raison du fléchissement de la demande et du renchérissement attendu du crédit. "Le cycle d’investissement commencé en 2003 semble avoir désormais dépassé son point haut", note d’ailleurs l’Insee pour la zone euro.

La contribution du commerce extérieur resterait négative. Le niveau de la devise européenne par rapport au dollar et à la livre sterling pèse sur les échanges extérieurs, en particulier sur les exportations manufacturières. Elles pourraient être amputées de près d’un point au quatrième trimestre et d’autant au premier semestre 2008. Quant aux importations, même freinées par une demande moins dynamique, elles progresseraient plus rapidement que les exportations. Le commerce extérieur tirerait toujours la croissance vers le bas (- 0,3 point en 2007 et en 2008), même si les pertes de marché des exportateurs français paraissent s’atténuer.

L’environnement international, toutefois, est lourd de menaces. Si les turbulences financières, comme semblent le redouter les banques centrales, se transformaient en crise systémique, et si le ralentissement de l’activité aux Etats-Unis s’aggravait, la croissance française serait plus faible que prévu. La France ne pourrait pas alors tenir sa prévision, ambitieuse, de déficit public (2,3 % du PIB en 2008) et se trouverait dans une position délicate au moment d’assumer, le 1er juillet 2008, la présidence de l’Union européenne.


Coût de la vie : l’écart entre le mesuré et le ressenti

Les conjoncturistes de l’Insee prévoient, pour 2007, une nette accélération du pouvoir d’achat des ménages (+ 3,3 % en 2007), qui devrait relancer la polémique sur l’écart croissant entre les prévisions officielles et le "ressenti" des personnes.

Cet écart, sensible depuis le passage à l’euro, est, pour partie au moins, explicable. Pour calculer le pouvoir d’achat, l’Insee rapporte l’évolution de l’ensemble des revenus des ménages, nets d’impôts et de cotisations, aux prix de leurs dépenses de consommation. Cet indicateur n’est pas un indicateur du coût de la vie et ne donne aucune idée de la croissance des dépenses dites "contraintes" ou "préengagées" (logement, assurance, etc.) qui représentent jusqu’à 75 % du budget des plus modestes. Autre biais statistique, les dépenses de logement, considérées en comptabilité publique comme de l’investissement, sont pour partie sous-estimées.

La flambée des prix de l’énergie et des produits agricoles et le pic d’inflation de novembre, bien réels, devraient enfin peser lourd dans le ressenti des ménages. Quant au pouvoir d’achat individuel, il progresse par définition moins vite que celui des ménages, en raison de l’augmentation du nombre des foyers et de la croissance de la population

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