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Alain Faujas , Ian Campbell , Sylvain Cypel | Le Monde le 19.01.2008

L’économie mondiale devrait faire preuve de résistance en 2008

dimanche 20 janvier 2008 par Alain Faujas, Sylvain Cypel, Ian Campbell

Les signes d’une contagion de la récession hors des Etats-Unis se multiplient. Le gouvernement allemand devrait ainsi rabattre de 2 % à 1,7 % ses prévisions de croissance pour 2008. Christine Lagarde, ministre française de l’économie, a reconnu, jeudi 17 janvier, à contre-coeur, que l’économie hexagonale atteindrait laborieusement les 2 % de croissance prévus par le gouvernement de François Fillon.

Quant à Heiner Flassbeck, directeur de la division pour la mondialisation de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), il presse la Banque centrale européenne de baisser "maintenant" ses taux pour contrer le ralentissement à l’oeuvre en Europe.

Pour autant, les experts n’anticipent pas un ralentissement brutal de l’économie mondiale. Optimiste, la Société générale parie même sur une croissance américaine maintenue à 2,6 % cette année et sur un taux mondial toujours dynamique, à 5 %.

Oxford Economics note que les pays émergents vont continuer à importer vigoureusement des produits d’équipement des pays développés, contribuant à réduire le déficit commercial américain (hors pétrole) de quelque 10 % en un an.

Et même si les Etats-Unis basculaient dans la récession, cela n’aurait pas de conséquences dramatiques pour les importations d’un pays aussi déterminant que la Chine. Natixis a calculé que chaque recul de 1 point de croissance chez les Américains se traduit par un recul de 0,75 point en Chine dont la progression du produit intérieur brut (PIB) restera de l’ordre de 10 %.

Certes, des économies vont souffrir, comme l’Afrique - si les prix des matières premières s’effondrent - ou l’Europe de l’Est, ligotée par l’euro fort et dont les balances commerciales sont très déséquilibrées, juge Uri Dadush, directeur du groupe d’études sur les perspectives de développement à la Banque mondiale. Mais lui aussi pense que le pire des scénarios ne ferait tomber la croissance mondiale que de 0,75 % "grâce à la très bonne dynamique constatée dans les pays en développement".

Pour François Bourguignon, directeur de l’Ecole d’économie de Paris, des amortisseurs puissants sont en place, comme "les réserves considérables accumulées par les pays asiatiques et par les pays pétroliers". Moins d’épargne en Asie et plus d’épargne aux Etats-Unis, "on est donc très loin d’une crise planétaire, conclut M. Bourguignon, mais plutôt dans une phase d’ajustement absolument nécessaire, compte tenu des formidables déséquilibres que nous avions accumulés durant les cinq belles années que l’économie mondiale vient de connaître".

Malgré tout, la résistance de celle-ci au virus américain demeure étonnante. "C’est grâce au commerce international, répond Luca Silipo, responsable du département d’économie de Natixis. Les échanges internationaux ne connaissent plus de cycles, de hauts et de bas, comme autrefois, parce que l’organisation de la production mondiale a changé sous l’effet de la mondialisation."

La division internationale du travail, qui résulte de la spécialisation des pays dans les domaines où ils sont les plus performants, est devenue une réalité. "Tout le monde a désormais besoin de tout le monde, poursuit-il, aucun pays ne produit tout seul un bien, comme l’a prouvé un auteur japonais qui a calculé que la fabrication d’un disque dur d’ordinateur requiert les contributions physiques ou immatérielles de vingt-cinq pays."

Ce n’est donc pas seulement la solide bonne santé des pays émergents, Chine et Inde en tête, qui compenserait le plus efficacement les effets récessifs d’une économie américaine malade, mais l’organisation et la solidarité commerciale imposées par la mondialisation.


Qui se soucie de l’inflation ? Pas la Réserve fédérale

La réserve fédérale américaine (Fed) ne partage pas l’actuelle fascination pour les objectifs. Jusqu’à ce que les marchés financiers soient concernés, le refus de la banque centrale des Etats-Unis de se fixer une cible d’inflation explicite est une bonne chose.

Les prix à la consommation ont progressé de 4,1 % en 2007 outre-Atlantique, le double du taux que la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE) se sont fixé comme objectif. Si la Fed suivait le modèle européen, elle devrait relever ses taux. Or, on s’attend à ce qu’elle les baisse d’un demi-point lors de sa réunion du 30 janvier, si ce n’est pas avant.

Frederic Mishkin, le gouverneur de la Fed de New York, a tenté de justifier la "plus grande flexibilité" de la banque centrale en expliquant que "l’action opportune" est cruciale quand l’instabilité financière menace les "objectifs macroéconomiques de la Fed" - comprenez la croissance. "Une action décisive" est alors nécessaire pour fournir une assurance contre le "risque de sévères résultats négatifs" - comprenez une pénurie bancaire et une récession accrues. "La flexibilité" est indispensable car "les marchés financiers peuvent aussi se retourner rapidement". Comprenez : nous avons peur et nous allons baisser les taux fortement. Mais nous pourrions les remonter prochainement.

Sans surprise, les marchés approuvent car ils aiment des taux d’intérêt plus bas. Mais savoir si cette politique est prudente dans les circonstances actuelles est une autre question.

C’est vrai, sans baisse des taux, l’économie américaine continuerait à ralentir. La récession deviendrait probable. Les suppressions d’emplois seraient plus nombreuses. Mais un ralentissement aurait aussi des aspects salutaires. L’inflation tendrait à être contenue. L’énorme déficit commercial se réduirait dans la mesure où les importations chuteraient. Les déséquilibres des économies américaine et mondiale, qui inquiètent tant M. Bernanke et une myriade d’économistes, recevraient un traitement.

Le patron de la Fed semble partager l’opinion de son prédécesseur, Alan Greenspan, selon laquelle demain, et pas aujourd’hui, sera le bon jour pour s’attaquer à ces dysfonctionnements. Aucun ne veut tracer la voie, dire que l’inflation est trop élevée, la consommation excessive, l’épargne insuffisante. Mais sans changement, ces plaies ne peuvent pas cicatriser.


Etats-Unis : cent milliards de dollars pour éviter la récession

La Maison Blanche a annoncé que George W. Bush présenterait, vendredi 18 janvier, les "principes d’une approche efficace" pour éviter une récession, accompagnés de "mesures temporaires et à court terme" destinées à "stimuler" l’économie. Le président américain a ainsi accédé aux souhaits de ceux, nombreux, qui le conjuraient de ne pas attendre – comme il le souhaitait – son discours sur l’état de l’Union, le 28 janvier, pour évoquer les questions économiques, tant le risque de récession est préoccupant.

Avec un indéniable flair politique, la sénatrice de New York, Hillary Clinton, candidate à l’investiture démocrate à l’élection présidentielle, avait tiré la première, la semaine dernière, présentant ses propositions pour conjurer la détérioration de la conjoncture et appelant la présidence à engager immédiatement des discussions avec le Congrès pour adopter d’urgence un "paquet" de mesures. La majorité démocrate négociait, depuis, avec la Maison Blanche. Quant aux responsables républicains, en particulier les candidats à l’investiture du parti pour la présidentielle, ils manifestaient leur inquiétude devant l’attentisme de l’administration Bush.

Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, a porté, jeudi, le coup de grâce. Devant la commission du budget de la Chambre, il a soutenu à son tour l’adoption d’un plan fédéral de relance qui, accompagné d’une nouvelle baisse des taux de la Fed, attendue lors de sa réunion des 29-30 janvier, permettrait de freiner le ralentissement économique. Il a évoqué une enveloppe "raisonnable" de 50 à 150 milliards de dollars (jusqu’à 103 milliards d’euros).

Les décisions que devait annoncer M. Bush revêtent un caractère éminemment politique, à dix mois de l’échéance présidentielle. Schématiquement, les républicains favorisent l’allégement de la fiscalité pour relancer la consommation, facteur numéro un de la croissance américaine. Poursuivant le même objectif, les démocrates, eux, privilégient des dépenses publiques ponctuelles pour soutenir les classes moyennes et les plus démunis.

IDÉOLOGUES CONTRE PRAGMATIQUES

La négociation entre un président républicain et la majorité démocrate s’annonce donc ardue, les seconds, qui dénoncent une fiscalité qui "ne bénéficie qu’aux plus riches", étant tentés, en cas d’échec, de faire porter la responsabilité de la situation économique au candidat du parti du président.

Selon le New York Times, l’entourage de M. Bush se divise en deux tendances. Ceux qu’on pourrait nommer les "idéologues", représentés par le conseiller à l’économie nationale Keith Hennessey, restent fidèles à la philosophie fiscale à laquelle ils attribuent la remarquable croissance américaine des cinq années précédentes. M. Bush s’est engagé encore récemment à rendre pérenne une série d’allégements fiscaux "temporaires" décidés en 2003 et 2004. Le problème, avec cette option, est qu’elle ne relancerait la consommation qu’à une échéance assez lointaine.

Face à eux, les "pragmatiques", menés par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, prônent des mesures tenant partiellement compte des propositions "dépensières" démocrates. Le problème pour M. Bush est que cette option-là apparaîtrait comme un recul validant la vision de l’adversaire.

M. Bernanke est, entre les lignes, intervenu dans ce débat. Un plan de relance, a-t-il expliqué, doit "vite" générer des résultats. En d’autres termes, les seules réductions fiscales ne lui paraissent pas la panacée. Selon le Wall Street Journal, les mesures annoncées par M. Bush devaient inclure une remise d’impôt de 500 dollars par personne et des défiscalisations importantes sur les investissements des entreprises.

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