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Thierry Jeantet | La Tribune le 17.01.2008

L’économie sociale, un phénomène mondial

vendredi 18 janvier 2008
Des craquements se font entendre sous le toit même du système capitaliste considéré comme "unique" depuis la chute du mur de Berlin. Thierry Jeantet, directeur général d’Euresa, rappelle la part de l’économie sociale dans le grand marché mondial globalisé.

Le processus de mondialisation connaît, à l’échelle de l’histoire, une forte accélération. Il est souvent interprété à travers le prisme du modèle "capitaliste" qui serait dominant. Avec une confusion entretenue entre celui-ci et la notion de marché. Comme si une seule réponse globale pouvait être donnée à des enjeux à la fois sociaux, culturels, politiques et économiques. Or, cette vision simplificatrice est de plus en plus battue en brèche.

Bon nombre d’Etats prenant des voies différentes en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie... Des craquements se font entendre sous le toit même du système considéré comme "unique" depuis la chute du mur de Berlin. Surtout, l’observation des territoires montre que d’autres modes de création et gestion des activités humaines se sont développés en répondant à d’autres critères.

La société civile prouve qu’elle sait être inventive et constructive et exprime une bonne part de sa vitalité via "l’économie sociale". C’est-à-dire via les groupements et sociétés de personnes que sont les coopératives, les mutuelles, les associations et fondations (et leurs cousines "charities", "self-help organization", communautés...).

Cette économie est présente sur tous les continents sans exception. L’Alliance coopérative internationale, donc pour les seules coopératives, estime que plus de 3 milliards de personnes sont concernées. L’Association internationale de la mutualité, par exemple, indique que les membres des mutuelles de santé sont 12 millions en Algérie, 7 millions en Afrique australe, 5 millions en Israël et qu’elles se développent en Amérique latine, en Asie...

Cette économie sociale est également ancrée dans tous les secteurs d’activités et détient souvent des parts de marché significatives. Les banques coopératives en Europe détiennent jusqu’à 20 à 30% des marchés nationaux, la part de marché des assurances mutuelles étant comparable ; en Corée, les coopératives de pêches ont 71% de ce marché, les coopératives indiennes couvrent 65% du marché laitier, les coopératives et mutuelles de santé de Colombie répondent à plus de 25% des besoins de la population. Partout existent également des coopératives de production, des coopératives de distribution.

Dans la seule Union européenne, l’économie sociale représente autour de 11% du PIB. Le capitalisme reste secoué par de graves crises (d’Enron aux "subprimes") devenant répétitives et les populations du globe (constatant le creusement accentué entre les plus riches et les plus pauvres) attendent de nouvelles réponses.

L’économie sociale en apporte de fort précises : une gouvernance fondée sur les projets et les personnes plutôt que sur le capital, une gestion participative et donc démocratique de l’entreprise, une approche certes privée mais collective de la propriété, une volonté de mieux répartir les richesses créées entre les différents acteurs (salariés, apporteurs de moyens notamment financiers, fournisseurs). Ceci dans une double optique de solidarité qui déborde le cercle de l’entreprise et d’équité d’un bout à l’autre de la chaîne (production - distribution - consommation).

Des réponses qui vont bien au-delà de la simple (mais utile référence) aux critères de RSE (responsabilité sociale et environnementale) dont l’application par les entreprises traditionnelles est trop souvent à caractère "marketing". Elles constituent un modèle parfaitement compatible avec les marchés, y compris financier mais non soumis au diktat des Bourses.

Dans un monde en fait pluriel, l’économie sociale prend peu à peu sa place et fait entendre sa voix grâce à ses organisations internationales ou européennes, mais aussi désormais grâce au forum international des dirigeants de l’économie sociale (les Rencontres du Mont-Blanc) qui commence à s’installer dans le paysage de la globalisation après Davos et bien sûr les Forums sociaux mondiaux nés à Porto Alegre. Plutôt que de rechercher de faux remèdes à un système dominant fatigué ou des formes alternatives utopistes, il est temps de considérer l’économie sociale pour ce qu’elle est : une alternative concrète.

Thierry Jeantet, directeur général d’Euresa, groupement représentant onze coopératives et mutuelles d’assurances européennes ayant 25 millions de sociétaires, et président de l’Association des Rencontres du Mont-Blanc
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