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par Jean Gadrey | Le Monde le 08.03.2008

L’égalité salariale en panne,

samedi 8 mars 2008 par Jean Gadrey

En mai 2007, le ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité déclarait que l’égalité salariale entre hommes et femmes serait atteinte d’ici à 2010. Cet objectif ne semble guère réaliste si on le met en relation avec le constat fait par Dominique Meurs et Sophie Ponthieux dans leur étude "L’écart des salaires entre les femmes et les hommes peut-il encore baisser ?" (Economie et statistique, l’Insee, 2007) : "En 2002, l’écart entre les salaires mensuels moyens des femmes et des hommes est de 25,3 %, soit à peine un point de moins que ce qu’il était en 1990."

Qui a raison du ministre ou des statisticiennes ? L’égalité salariale est-elle en route ou en panne ? Pour répondre, il faut poser la question de la mesure des inégalités. Il existe plusieurs façons de comparer les salaires masculins et féminins.

SALAIRES INFÉRIEURS DE 25 %

La première s’appuie sur l’écart entre les salaires horaires moyens à qualification égale. A travail égal, les femmes ont un salaire horaire inférieur d’environ 7 % à celui des hommes. C’est ce qu’on appelle parfois la "discrimination pure".

La deuxième méthode tient compte des différences de qualification et de temps de travail et mesure l’écart entre les salaires mensuels moyens. "Toutes choses inégales par ailleurs", les femmes ont, alors, un salaire mensuel inférieur de 25 % à celui des hommes.

Selon les lois en vigueur en France, c’est le bilan de situation comparée des hommes et des femmes dans chaque entreprise qui sert d’outil de mesure des inégalités. Mais il ne prend en compte que la "discrimination salariale pure". Ces lois ne s’attaquent donc pas aux sources principales de l’inégalité salariale. Selon Dominique Meurs et Sophie Ponthieux, "75 % de l’écart des salaires proviennent des différences de structure des emplois, le facteur le plus important étant la durée du travail".

En dépit de la forte augmentation du niveau moyen d’éducation des femmes, leur concentration dans des secteurs d’activité et des métiers où les rémunérations sont faibles persiste. Les femmes sont très majoritaires dans les emplois classés comme non qualifiés, dont le nombre augmente vivement et atteint près de 6 millions.

Le travail à temps partiel s’est fortement développé. Il concerne 31 % des femmes et seulement 6 % des hommes en 2006. La montée des emplois à temps partiel court dans le secteur des services à la personne (90 % de femmes), et celle du sous-emploi (personnes à temps partiel souhaitant travailler davantage), phénomène à 80 % féminin, sont des obstacles majeurs au progrès de l’égalité salariale.

Le 1er février 2008, les caissières des hypermarchés ont fait grève contre le sous-emploi. Leurs revendications sont un travail à temps plein et de meilleurs salaires. Le temps partiel subi sort enfin de l’ombre ; sa résorption doit devenir une priorité des politiques de l’Etat et des entreprises. Sinon, contrairement aux promesses faites en 2007, l’écart important entre les revenus salariaux des hommes et des femmes continuera à stagner.

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