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Le Monde le 3 février 2007 | Cécile Chambraud

L’électricien allemand E.ON va pouvoir racheter l’espagnol Endesa et être numéro un en Europe

samedi 3 février 2007 par Cécile Chambraud

Gas Natural a renoncé à prendre le contrôle d’Endesa, le premier opérateur du secteur de l’électricité en Espagne, laissant ainsi le champ libre pour l’offre publique d’achat (OPA) de l’allemand E.ON. Le conseil d’administration de la première entreprise gazière espagnole a annoncé sa décision de retirer son offre d’achat jeudi 1er février.

Ce faisant, il a accusé les dirigeants d’Endesa de ne pas avoir respecté leur devoir de neutralité. Il a affirmé être victime "d’inégalité dans le processus des différentes autorisations administratives" et il a annoncé qu’il engagera des poursuites pour obtenir des "dommages et intérêts".

E.ON avait jusqu’à vendredi 2 février pour modifier son offre, le cas échéant. L’abandon de Gas Natural devrait lui permettre de ne pas substantiellement augmenter sa proposition de 34,5 euros par action. Puis les actionnaires auront jusqu’au 26 février pour apporter leurs titres.

L’opération a maintenant toutes les chances de prospérer et E.ON (73,718 milliards d’euros de capitalisation boursière) pourra considérablement renforcer son poids en rachetant Endesa (40,518 milliards d’euros). Le groupe deviendrait, selon ce critère, le premier groupe énergétique d’Europe devant EDF (98 milliards d’euros).

Dans son communiqué, Gas Natural accuse "le conseil d’administration d’Endesa (d’avoir) entravé l’offre de Gas Natural par tous les moyens à sa disposition en déposant des recours contre toutes les autorisations (...) pour empêcher l’offre" du gazier. Il affirme aussi qu’E.ON dispose d’informations privilégiées d’Endesa et dénonce une "concertation entre les deux sociétés", Endesa ayant "privilégié" l’offre de l’allemand.

Une épique bataille de dix-sept mois, doublée d’une querelle politique en Espagne et de tensions diplomatiques entre Madrid et Berlin, trouve ainsi son épilogue. Le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero n’avait pas caché qu’il voyait d’un bon oeil l’initiative de Gas Natural, capable, selon lui, de donner naissance à une entreprise énergétique espagnole de dimension européenne.

L’OPA avait été annoncée en septembre 2005 par Gas Natural, entreprise contrôlée par la caisse catalane La Caixa (35,5 %) et Repsol YPF (30,85 %). Lors de l’entrée d’E.ON dans la bataille, le gouvernement avait renforcé les pouvoirs de l’organisme régulateur du marché de l’énergie et avait posé des conditions strictes à l’allemand pour autoriser le rachat d’Endesa. L’accusant d’avoir posé des conditions exorbitantes au rachat d’Endesa par E.ON, Bruxelles avait d’ailleurs rappelé à l’ordre le gouvernement, et l’a refait une nouvelle fois jeudi.

La droite avait dénoncé une "politisation" de l’opération et accusé plus ou moins ouvertement le gouvernement de favoriser les intérêts des milieux d’affaires catalans. José Montilla, le président socialiste du gouvernement catalan, qui était ministre de l’industrie jusqu’à l’été et a, à ce titre, eu à gérer ce dossier, a affirmé, jeudi, que, dans la bataille pour le contrôle d’Endesa, il y avait eu "une opération contre la Catalogne".

Les dirigeants d’Endesa, quant à eux, se sont dépensés depuis le début pour faire échec à l’opération de Gas Natural, au point d’avoir eu des contacts avec la direction d’E.ON à partir de décembre 2005.

Tout au long de cette compétition, la valeur boursière d’Endesa a subi une incroyable augmentation, doublant pratiquement. Lorsque Gas Natural avait déclenché les hostilités, en septembre 2005, elle avait proposé de racheter les actions d’Endesa, qui valaient alors 18,56 euros, pour 21,3 euros, ce qui valorisait l’entreprise à 22,449 milliards d’euros.

Après une première offre à 27,50 euros par action, E.ON avait dû élever son offre jusqu’à 34,5 euros par action, en septembre 2006, après que le groupe de construction et de services Acciona eut racheté 10 % du capital d’Endesa à 32 euros par actions. Cela valorisait la compagnie à 37,056 milliards d’euros. Jeudi, l’action de l’électricien était à 38,41 euros, ce qui plaçait la valeur de l’entreprise à quelque 40 milliards. Acciona possède aujourd’hui 21,03 % d’Endesa.

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