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DENIS COSNARD, PASCAL POGAM ET ISABELLE CHAPERON | Les echos le 26.02.2008

L’envolée des prix de l’électricité fait monter la grogne en Europe

mardi 26 février 2008 par Pascal Pogam, DENIS COSNARD, ISABELLE CHAPERON
En un an, les prix de gros de l’électricité ont grimpé de 30 % à 40 % en France et en Allemagne. La flambée du pétrole alimente le mouvement. Mais l’augmentation des tarifs, alors que les compagnies électriques dégagent d’énormes profits, suscite de plus en plus de contestation.

C’était le 1er juillet dernier. Avec la dernière étape de la libéralisation de l’énergie, les particuliers devenaient, partout en Europe, libres de choisir leur fournisseur de gaz et d’électricité. C’était déjà le cas depuis plusieurs années pour les entreprises. Une vaste dérégulation censée stimuler la concurrence et faire baisser les prix. Le résultat ? C’est l’inverse ou presque... Vendredi, les prix de l’électricité sur les marchés de gros ont battu leurs records historiques. Les cours à terme du mégawattheure en base pour 2009 sont montés jusqu’à 64,65 euros en France et 64,25 euros en Allemagne. En un an, les prix ont ainsi grimpé de 39 % dans l’Hexagone, 30 % de l’autre côté du Rhin.

Un mouvement que les compagnies tentent évidemment de répercuter sur leurs clients. Mais l’affaire prend une tournure délicate, au moment où les industriels en cause dévoilent leurs très solides profits réalisés l’an dernier : 5,6 milliards d’euros pour EDF, 2,7 milliards pour l’espagnol Endesa comme pour l’allemand RWE, 2,4 milliards pour Iberdrola, etc.

De quoi faire tousser les consommateurs et les autorités. En France, les ménages sont momentanément protégés d’une hausse brutale des tarifs. EDF s’est engagé à ne pas les augmenter plus que l’inflation, jusqu’en 2010. Il n’en va pas de même pour les entreprises. Ces dernières semaines, un violent bras de fer a opposé l’électricien à sa tutelle. Pour bâtir son nouveau plan à moyen terme, le management d’EDF voulait relever d’environ 25 % ses tarifs pour les professionnels entre 2008 et 2010, afin de les faire converger vers ce qu’il estime être le coût de renouvellement de ses centrales nucléaires. L’Etat lui a demandé de revoir sa copie. Dans sa version finale, le programme d’EDF ne prévoit officiellement aucune hausse de tarif. Mais le débat ne manquera pas de se rouvrir cet été, les tarifs étant traditionnellement revus en août.

En Allemagne aussi, les autorités montrent les dents. En janvier, l’agence fédérale en charge des réseaux a ainsi ordonné à RWE et à EnBW de réduire de près de 30 % les commissions imposées aux autres opérateurs pour l’utilisation de leurs réseaux.

En Grande-Bretagne, c’est l’envolée des profits de Centrica qui a mis le feu aux poudres. Un mois après avoir augmenté de 15 % ses tarifs, l’ex-opérateur historique British Gas a révélé jeudi qu’il avait multiplié par 6 son bénéfice, en 2007, dans sa branche alimentant les ménages. Les associations de consommateurs comme Energywatch sont immédiatement montées au créneau. Face à la controverse, Richard Lambert, le directeur général du CBI - le patronat britannique - a exceptionnellement volé au secours de l’un de ses membres, rappelant que « les entreprises ont besoin de réaliser des profits pour pouvoir investir ».

L’Ofgem, le régulateur britannique du secteur, a de son côté ouvert une enquête sur les fournisseurs d’énergie. Cinq des six grands énergéticiens outre-Manche ont annoncé, le mois dernier, des hausses à deux chiffres sur les prix du gaz, un tout petit peu moins sur l’électricité. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas de preuve évidente que le marché ne jouerait pas son rôle, souligne Alistair Buchanan. Néanmoins, les récents événements ont augmenté la préoccupation des consommateurs et ébranlé leur confiance dans le fait que la concurrence fonctionne bien. »

Les compagnies sur la sellette assurent qu’il n’y a pas de cartel. « Il y a eu 15 enquêtes sur le marché de l’énergie ces sept dernières années et chacune d’elle a délivré un bulletin de santé favorable à l’industrie », a rappelé Centrica. « Le grand nombre de consommateurs qui changent de fournisseurs démontre la vivacité de la concurrence », ajoute-t-on chez EDF Energy.

A Bruxelles, enfin, la Commission européenne enquête depuis plus de deux ans sur de possibles pratiques anticoncurrentielles dans le secteur et devrait rendre ses conclusions dans les mois qui viennent. Elle cherche aussi à rendre la concurrence plus effective, par exemple via un démantèlement des anciens monopoles intégrés verticalement - les ministres européens en discuteront jeudi.

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