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Article de ALIETTE DE BROQUA, CÉCILE DE CORBIÈRE et FRÉDÉRIC DE MONICAULT. Publié dans Le Figaro le 20 novembre 2006

L’éolien commence enfin à décoller en France

lundi 20 novembre 2006 par Frédéric de Monicault, Aliette de Broqua, CÉCILE DE CORBIÈRE
La filière est aujourd’hui animée par de nombreux projets. Mais sa production reste encore marginale dans le pays.

L’ÉOLIEN va-t-il enfin décoller en France ? À voir le nombre de projets qui fourmillent, un certain optimisme pourrait prédominer. Plusieurs centaines de permis sont aujourd’hui examinées. Le parc éolien français atteindra 1 500 mégawatts (MW) en capacité installée à la fin 2006 contre 757 MW fin 2005, a même précisé l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), lors d’un colloque qui s’est tenu à Amiens la semaine dernière.

Pour Jean-Louis Bal, directeur des énergies à l’Ademe, « ce bilan reste toutefois modérément positif. D’un côté, le parc d’installations double chaque année, de l’autre, les projets mettent souvent beaucoup de temps à se concrétiser ». À ce retard une bonne raison : « Le cadre réglementaire n’a pas cessé d’évoluer, de telle sorte qu’entre les premières autorisations et le raccordement effectif au réseau électrique, le délai moyen oscille entre trois à quatre ans. » Il faut compter aussi avec l’hostilité affichée des populations, relayée par de nombreuses associations souvent très efficaces. « Sur le fond, personne ne s’oppose à l’éolien, mais pas à côté de chez soi », souligne un observateur. En attendant, ceux qui stigmatisent le coût de l’éolien (le kWh est racheté à un prix attractif par EDF, dans le cadre du soutien de la filière) sont aujourd’hui moins affirmatifs. L’inflation des prix de l’énergie (toutes sources confondues) incite de moins en moins à faire l’impasse sur l’énergie verte.

Loin des objectifs européens

Parmi les principaux opérateurs, EDF Énergies Nouvelles (filiale à 50 % d’EDF) vient d’annoncer les modalités de sa prochaine mise en Bourse. Actuellement présent dans neuf pays d’Europe, EDF EN a pour objectif de détenir en propre 3 000 MW de capacités de production, contre 746 aujourd’hui. Au mois d’octobre, la société a inauguré un nouveau parc éolien en Grèce, représentant un investissement de 34 millions d’euros.

En face, les concurrents aussi affichent leurs ambitions. « Notre objectif est clairement d’être le challenger d’EDF Énergies nouvelles », avoue sans fausse modestie Jean-Marie Santander, le président de Théolia, une PME aixoise spécialisée dans l’éolien créée en 1999 et qui a pris véritablement son envol en 2002. Pour tenir son objectif, elle multiplie aujourd’hui les acquisitions. La dernière en date, celle de l’allemand Natenco (pour 105 millions d’euros), l’a fait changer de dimension : le parc d’éoliennes exploitées pour son propre compte est passé de 47 à 72 MW, tandis qu’une nouvelle activité, la construction et la gestion pour le compte de tiers (avec un parc de 140 MW), est entrée dans son périmètre. Par ailleurs, le portefeuille de fermes éoliennes en construction a fait un bond de 83 à 135 MW tandis que celui des permis de construire a grimpé de 172 à 207 MW.

Le potentiel de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) est plus modeste, mais le deuxième producteur français d’électricité (avec 15,7 milliards de kWh produits chaque année à partir de ses dix-neuf centrales hydroélectriques) fait ses premiers pas dans l’éolien. Le mois dernier, il a inauguré ses deux premiers parcs, à Fos (Bouches-du-Rhône) et Beaucaire (Gard) : 21,5 MW de puissance installée et des éoliennes parmi les plus grandes d’Europe, avec un mât de 80 mètres et une pale de 40 mètres. « De nouveaux projets sont actuellement en cours de développement dans la vallée du Rhône », précise encore la CNR.

Un vent fort souffle en faveur de l’éolien, c’est incontestable. Toutefois, l’objectif assigné par la directive européenne (21 % d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2010) reste inatteignable. Le calcul est simple : il faudrait installer quatre éoliennes par jour d’ici là pour rattraper le retard français.


L’Allemagneg Outre-Rhin, les acteurs de l’éolien bénéficient du soutien actif de l’État.

AVEC près de 18 000 hélices et une capacité installée de 18 500 mégawatts (MW) en 2005, l’Allemagne est le premier producteur d’énergie éolienne au monde. C’est dans les Länder côtiers, près de la Baltique et de la mer du Nord, que les champs d’hélices se sont développés de la manière la plus visible. La Basse-Saxe, foyer historique de cette économie, dispose aujourd’hui d’une capacité de production de près de 5 000 MW.

En passe de devenir une véritable industrie, le marché allemand, qui emploie près de 65 000 personnes, a pris racine dans de petites initiatives locales. Dans les années 1980, agriculteurs et citoyens, désireux de diversifier leur source de revenus ou d’investir dans un secteur écologique, se sont réunis pour créer des champs d’éoliennes, comptant rarement plus d’un engin à la fois. Aujourd’hui, leur nombre peut varier de trois à vingt éoliennes par exploitation.

Avec un investissement global de plus d’un milliard d’euros depuis sa création en 1996, employant 180 personnes dans toute l’Europe, WPD (Wind Project Development) est le premier prestataire de service éolien en Allemagne. La firme possède 80 champs d’une capacité totale de 900 MW. Financement, conception, achat de matériel et autorisation : WPD peut aller jusqu’à vendre des champs clé en main aux investisseurs.

La réussite d’un tel système doit beaucoup à l’État. En 1991, la première loi sur les énergies renouvelables fixe un prix plancher et assure les producteurs d’un revenu minimum. Les quatre géants de l’énergie traditionnelle, qui contrôlent le réseau de distribution, sont obligés d’acheter une partie de la production éolienne à un prix fixé par l’État.

Des objectifs ambitieux

La loi votée en 2000 est allée encore plus loin en instituant un tarif dégressif sur vingt ans. Le prix de l’énergie éolienne doit baisser de 2 % en moyenne par an. Les acteurs sont donc incités à investir et innover, afin d’assurer leur rentabilité sur le long terme.

Aujourd’hui, l’électricité éolienne coûte en moyenne 7,44 cents par kW/h, le prix du marché traditionnel étant de 5,5 cents. Les objectifs publics sont clairs, quoique jugés trop ambitieux par certains experts : le prix de l’énergie éolienne doit rejoindre les tarifs du marché des énergies traditionnelles à l’horizon de 2015. En 2020, 20 % de l’électricité devra être fournie par les énergies renouvelables, dont la moitié par l’éolien.

En cours de développement, l’exploitation de champs offshore semble promettre un nouvel essor au secteur. Encouragée par le gouvernement qui vient d’autoriser la connexion des réseaux terrestres et marins, la construction des champs offshore s’étalera jusqu’en 2011 et devrait atteindre une capacité de 3 000 MW., championne du monde du secteur.


Enercon, un fabricant innovant

Enercon est le premier fabricant d’éoliennes en Allemagne. Le groupe (plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires) détenait à la fin de 2005, 13,2 % du marché allemand en terme de capacité installée. Au niveau mondial, cette entreprise fondée en 1984 pointe en troisième position, derrière le danois Vestas et l’américain General Electric.

Enercon a démarré avec le modèle. Le groupe réalise plus de 45 % de ses ventes à l’exportation. Une caractéristique que l’on retrouve dans toute la branche technologique du secteur, qui exporte 60 % de sa production. Huit de ses éoliennes, parmi les puissantes du monde, sont aujourd’hui installées en Allemagne.

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