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Un article de Michel HENRY paru dans Libération du 14 septembre 2005

L’éolien trouve un port d’attache au Sud

mercredi 14 septembre 2005 par Michel HENRY
Energie. Le premier site de la région Paca, d’une vingtaine d’engins, fonctionne depuis août.

En voilà une bonne idée : mettre des éoliennes sur les terres en friche d’un port, donc a priori loin des regards, et dans un pays où le vent règne en maître. Pourtant, il a fallu douze ans au maire de Port-Saint-Louis (8 300 habitants, Bouches-du-Rhône) pour convaincre tout le monde. « Ça gênait beaucoup les uns et les autres, raconte Philippe Caizergues (sans étiquette). EDF n’en voulait pas, le PAM [Port autonome de Marseille, propriétaire des terrains] non plus : ils avaient des accords entre eux pour produire de l’énergie autrement. La région ne faisait rien. On a été obligé de secouer. »

« Virage ». Ça a porté ses fruits. Depuis le mois d’août, 21 des 25 éoliennes disséminées sur 5,5 km, le long du canal de navigation du Rhône au port de Fos-sur-Mer, fonctionnent. D’une puissance totale de 21 mégawatts (MW), elles vont produire 52 millions de kW/h par an, suffisamment pour la consommation (hors chauffage et eau chaude) de 60 000 personnes. L’an prochain, il y en aura douze de plus sur le même site. Et l’idée fait son chemin : autrefois opposé, le PAM a lancé, en 2003, son propre projet, Opale, sur la zone industrialo-portuaire de Fos, où il possède 10 000 hectares. Cinq sites ont été attribués, en janvier, à quatre opérateurs, qui mènent des études de faisabilité. Un premier chantier démarre dans quelques jours. Le PAM espère, d’ici à 2008, voir fleurir 90 éoliennes pour 100 MW de puissance, soit 4 à 5 % de l’énergie consommée sur la zone. « C’est une nouvelle dynamique énergétique pour le PAM, on essaye de ne pas rater le virage », explique Michel Peronnet, du PAM qui valorise son patrimoine en louant les terres aux opérateurs.

Pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), l’implantation de Port-Saint-Louis marque une première. Surprenant pour un territoire balayé par le vent. Le Languedoc-Roussillon, voisin, est bien mieux équipé (116 MW). Mais en Paca, aucune volonté politique n’a porté l’éolien. Sans parler de la lenteur administrative, des études d’impact, de la nécessité de préserver des paysages exceptionnels et des réticences des habitants... A Port-Saint-Louis, rien de tout cela, explique le maire : « La population a une culture visuelle du paysage industriel, et ces objets sont plus valorisants qu’une fumée de cheminée. »

Base militaire. Il y a aussi les contraintes aéronautiques, entre les aéroports (Marignane et Avignon), les bases militaires (Istres et Orange) et la zone d’entraînement des pilotes de l’armée de Salon-de-Provence. Les éoliennes de Port-Saint-Louis sont d’ailleurs limitées à 75 mètres de hauteur. « Si on avait pu monter plus haut, on n’aurait eu besoin que de dix éoliennes », indique Dominique Schmerber, de Mistral Energie, le groupement d’intérêt économique qui a investi 22 millions d’euros dans cet aménagement. Malgré ces contraintes, et même si son coût dépasse encore celui d’autres moyens de production, l’éolien est « une technologie mature » qui doit prospérer, selon Grégoire Calleja, délégué de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. La France vise 10 000 MW installés en 2010. Contre 480 MW aujourd’hui, soit 40 fois moins que l’Allemagne.

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