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Annie Kahn | Le Monde le 11.01.2008

L’industrie française n’a pas profité de la reprise européenne en 2006

vendredi 11 janvier 2008 par Annie Kahn
L’ouvrage L’Industrie en France, publié jeudi 10 janvier par l’Insee, n’incite guère à l’optimisme. C’est un euphémisme. Il souligne "les contre-performances" de l’industrie française en 2006, alors que la croissance mondiale était forte et que la plupart des pays européens en bénéficiaient.

Que nous réserve donc la prochaine publication pour l’année 2007, qui vit "la montée des taux d’intérêt, l’assainissement des finances publiques allemandes et italiennes, la fin du boom immobilier et l’évolution défavorable des principaux taux de change" ? Et, pire, que va-t-il advenir en 2008 avec les conséquences négatives de la crise financière américaine dont les entreprises risquent fort de pâtir ?

Le déficit extérieur de la France s’est, en effet, aggravé de près de 10 milliards d’euros durant l’année 2006, souligne le rapport de l’Insee. Le solde manufacturier a atteint 3,5 milliards d’euros "grâce, en particulier, à l’aéronautique". Mais "hors produits agroalimentaires, ce solde est devenu déficitaire dès 2005, ce qui n’était pas arrivé depuis 1994".

La production industrielle est donc restée "en retrait", alors qu’elle augmentait de 5 % dans la zone euro, grâce à l’Allemagne, mais aussi grâce à l’Espagne et à l’Italie, où la production manufacturée a augmenté de 3 %, et certains petits pays comme l’Irlande, l’Autriche ou les pays baltes, où elle a augmenté encore davantage.

Les ménages français ont pourtant fortement consommé durant cette période. Mais cette appétence a surtout bénéficié aux importations "en raison de la faible compétitivité du tissu industriel français et de la percée des produits manufacturés fabriqués en Chine et en Europe centrale". Et cette situation pourrait s’aggraver.

"Avec un investissement en panne, l’appareil productif français risque de souffrir d’un retard technologique par obsolescence des matériels, des techniques et des savoir-faire", soulignent les auteurs de l’étude. Cette panne affecte non seulement les investissements corporels, les entreprises privilégiant l’accès à de nouveaux marchés où, en outre, la main-d’oeuvre est moins chère. Mais elle affecte aussi les investissements incorporels, comme la recherche et le développement. Ce qui est de mauvais augure.

L’écart entre la France et les Etats-Unis, à cet égard, s’explique en grande partie par la différence de spécialisation. Les Etats-Unis ont une forte industrie des technologies de l’information et de la communication (TIC), où les investissements en recherche et développement sont importants. Ce qui n’est pas le cas de la France, dont les secteurs de prédilection demandent moins d’efforts de recherche. En revanche, l’écart entre la France et l’Allemagne s’expliquerait davantage par le faible nombre d’entreprises de taille moyenne innovantes en France.

Certes, tous les secteurs ne sont pas affectés également. La contre-performance de l’industrie française est largement due au recul du secteur automobile : la production y a diminué de 5 % en 2006, souligne le rapport. Les investissements nationaux corporels du secteur ont chuté de 6,8 % durant cette période, poursuivant un mouvement de baisse commencé en 2002. Les constructeurs automobiles ont privilégié les investissements en Europe centrale et en Asie.

Mais le recul s’est aussi poursuivi pour "la grande majorité des biens de consommation". Dans l’habillement et le textile, les articles de sport et les jouets, les biens durables comme les meubles ou l’électroménager. Les fabricants de ces produits ont perdu des parts de marché au profit des concurrents étrangers. "Quant aux produits numériques grand public, ils sont maintenant presque tous importés."

Certaines activités ont néanmoins progressé. Comme les industries agroalimentaires et celles liées au bâtiment (travail du bois, matériaux). Quelques secteurs affichent de bonnes performances à l’exportation. Telles les industries du luxe, l’industrie pharmaceutique et l’aéronautique : "Les livraisons, dans ce domaine, n’ont jamais été aussi élevées et semblent insensibles à la faiblesse du dollar et aux retards de production de l’A380." Les secteurs de la mécanique, des appareils de mesure et médicaux restent aussi dynamiques.

Ces quelques bons résultats n’ont pas suffi à maintenir le niveau de l’emploi industriel. Il a diminué de 1,6 % sur un an, hors intérim, et de 1 % avec, la baisse la plus marquée étant celle de l’industrie automobile, bien sûr. Les PME ont largement recouru aux contrats nouvelle embauche (CNE). Mais "en 2007, les nombreux recours devant les prud’hommes auraient cependant réduit l’attrait de ce type de contrat", observe l’Insee.

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