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Paule Masson | L’Humanité du 21.06.2008

L’inflation explose mais les salaires stagnent

dimanche 22 juin 2008 par Paule Masson

Pouvoir d’achat . Les prix augmentent maintenant plus vite que les salaires. Pour 2008, la perte sèche serait de 0,4 point pour les ménages.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber pour « le président du pouvoir d’achat ». L’annonce par INSU d’un taux d’inflation à 3,2 % pour 2008 fait l’effet d’une bombe lâchée dans les promesses de Nicolas Sarkozy. Et cela d’autant plus que les prix augmentent maintenant plus vite que les salaires. L’institut du ministère de l’emploi (DARES) a officialisé hier que le salaire mensuel de base a augmenté de 1,1 % au premier trimestre 2008, ce qui porte en un an sa hausse à 2,7 %. Il manque donc 0,4 point qui constitue autant de perte sèche pour les ménages. La situation ne va pas manquer de conforter les inquiétudes qui, depuis plusieurs mois déjà, placent le pouvoir d’achat en tête des préoccupations.

l’état mise sur Les réformes

Hier, Christine Lagarde, ministre de l’Économie, est donc montée au front : « L’INSEE est assez sombre dans ses prévisions et cela ne me paraît pas justifié par l’évolution que nous constatons actuellement sur le marché, qui est inférieure à ce chiffre-là », a-t-elle affirmé. De son côté, l’UMP estime, dans un communiqué, que la loi de modernisation de l’économie qui attise la concurrence dans la grande distribution devrait avoir un effet modérateur sur l’inflation. « Nous mettons en oeuvre des politiques qui ont un impact sur la croissance », a de son côté plaidé le premier ministre François Fillon, en estimant que la loi de modernisation de l’économie, adoptée mardi dernier, offrirait « 0,3 point de croissance » supplémentaire en 2008.

Car, un mauvais coup n’arrivant jamais seul, la croissance est aussi en berne, et cela malgré le recul du chômage. Jeudi matin, l’INSEE estimait une croissance à 1,6 % pour 2008, en deçà du 1,7 % à 2 % budgété par le gouvernement. Du coup, le premier ministre s’emporte et accuse l’institut de statistique d’être « comme à son habitude extrêmement pessimiste ». On se souvient pourtant de l’enthousiasme avec lequel le gouvernement avait commenté les estimations du début d’année (+ 0,6 % au premier trimestre) alors que les experts prévenaient déjà que ce taux ne serait pas durable.

Les salariés vont payer la note

En fait, le volontarisme du gouvernement est en train de se heurter au principe de réalité. L’économiste du Parti socialiste, Michel Sapin, réagissait sévèrement hier, en estimant que « le pire est à venir ». Pour lui, « le pouvoir d’achat des ménages devrait cesser totalement d’augmenter en 2008, sous le coup d’une forte inflation et d’une stagnation des salaires ». Les partis politiques de gauche ne manquent d’ailleurs pas d’accuser la loi TEPA qui, en août dernier, en misant sur des baisses d’impôt accordées aux ménages les plus aisés, a privé le budget de l’État de recettes pour faire face à un scénario de baisse de croissance.

C’est pourtant sur ses réformes que compte le gouvernement pour se sortir de ce mauvais pas. De ce point de vue, l’aveu de François Fillon est éclairant : « Nous avons des réserves de productivité que nous sommes en train de dégager grâce à nos réformes », a-t-il expliqué. Manière d’annoncer qu’il revient aux salariés d’orienter le produit intérieur brut à la hausse en augmentant leur temps de travail. Le projet de loi de remise en cause des 35 heures va autoriser les entreprises à le faire de « gré à gré », par le biais des forfaits, c’est-à-dire sans augmenter les salaires. C’est aussi dans ce contexte fortement dégradé que le gouvernement s’apprête à annoncer lundi qu’il n’accordera pas cette année de coup de pouce au SMIC.

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