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Article de Rémi Barroux et Claire Guélaud paru dans Le Monde le 19 novembre 2006

L’instabilité de l’emploi, première source d’inégalité

dimanche 19 novembre 2006 par Rémi Barroux, Claire Guélaud

L’"instabilité" et l’"insécurité" de l’emploi constituent l’une des causes principales de l’accroissement des inégalités de revenu salarial des Français : tel est l’un des principaux enseignements du dernier rapport du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC), que son président, Jacques Delors, a remis, vendredi 17 novembre, à Dominique de Villepin. Selon ce document, intitulé La France en transition, 1993-2005, "l’élargissement des inégalités de revenu salarial tient (...) au cumul d’un taux de rémunération faible, d’un emploi à temps partiel et/ou à durée incomplète dans l’année".

A un mois de la conférence sur l’emploi et les revenus organisée sous l’égide du premier ministre - qui doit se tenir le 14 décembre avec les syndicats et le patronat -, ce rapport très complet de 342 pages sur les différents aspects qui ont un impact sur les revenus et l’emploi - "la démographie", "la croissance", "les prélèvements sociaux" et "les transformations de l’Etat-social" - devrait conforter l’argumentation des syndicats, qui insistent sur la "précarisation de l’emploi" tout autant que sur la faiblesse du pouvoir d’achat des salariés.

L’évolution, au cours des douze dernières années, est saisissante. Selon le CERC, pour le montant des salaires nets perçus dans l’année, le rapport entre le plafond du salaire des 10 % les moins payés et le plancher des 10 % les mieux payés "est de 1 à 13 et même de 1 à 18 pour les femmes". Et, précise le rapport, "la moyenne des salaires dans les 10 % les moins payés est environ 54 fois plus faible que la moyenne des 10 % les mieux payés".

L’explication de telles disparités du revenu tient donc à la durée d’emploi dans l’année. Et "le taux de rémunération (salaire horaire) a une importance moindre bien que non négligeable", précise prudemment le rapport. Les 10 % de salariés aux revenus les plus bas ont ainsi une durée de travail 3,3 fois inférieure aux salariés les mieux payés. "Ils n’ont été en emploi, en moyenne, que 13 semaines dans l’année", contre 51 semaines pour les 10 % les mieux rémunérés.

En ajoutant l’impact de l’instabilité de l’emploi sur nombre d’éléments de la protection sociale complémentaire, sur l’accès au logement locatif ou aux prêts bancaires, ajoute le CERC, "il apparaît bien que l’un des points cruciaux de la lutte contre les inégalités, ou plus exactement l’accès à des niveaux de vie plus décents, renvoie au thème de la sécurisation des parcours professionnels".

Pas question néanmoins pour le CERC d’avancer des propositions précises - "nous ne sommes pas l’arbitre des élégances ou le Vatican social", a justifié M. Delors lors de la présentation du rapport à la presse -, d’autant que ce thème de la sécurisation des parcours professionnels fait l’objet d’un travail du Conseil d’orientation pour l’emploi et d’une discussion qui doit s’engager entre les syndicats et le patronat.

S’agissant du pouvoir d’achat, le rapport souligne que "le revenu disponible des ménages a progressé en euros constants d’environ 30 % entre 1993 et 2005, soit un taux annuel moyen de 2,2 % (et de 1,7 % par an et par habitant)". Une moyenne qui cache des mouvements plus heurtés, puisqu’il a crû de 1,4 % entre 1993 et 1997, de 3,4 % entre 1997 et 2002 et de 1,4 % entre 2002 et 2005. "Evolutions largement en phase avec le cycle économique", note le CERC.

Le rapport évoque aussi les différences entre la mesure et la perception de l’évolution du pouvoir d’achat, tout en relevant, après d’autres, la qualité du travail fourni par l’Insee en matière d’évaluation de la hausse des prix. En matière de pouvoir d’achat et d’évolution des prix, la réponse au débat actuel "est plus dans la lutte contre les inégalités sociales et les disparités de revenus que dans une sophistication des indices". M. Delors, lui, a fait remarquer que la multiplication des indices catégoriels n’aiderait pas à clarifier le débat salarial.


190 000 jeunes laissés pour compte par an

Entre le nombre très élevé de jeunes qui quittent chaque année le système scolaire ou universitaire sans diplôme et l’aggravation des difficultés d’insertion professionnelle et sociale des moins de trente ans, la situation faite à la jeunesse en France inquiète Jacques Delors.

Le président du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC), qui s’est dit "personnellement indigné", a préconisé, vendredi 17 novembre, "l’ouverture sans délai" d’un "chantier d’intérêt national" pour les 190 000 jeunes laissés pour compte du système d’enseignement. Une "ombre forte" au tableau d’une France qui bénéficie d’une dynamique démographique parmi les plus favorables d’Europe et de l’amélioration globale du niveau de formation de la population.

Selon le rapport du CERC, chaque année, plus de 100 000 adolescents quittent l’école sans diplôme de l’enseignement secondaire et environ 90 000 étudiants abandonnent leurs études sans diplôme de niveau bac + 2.

De plus, l’échec à l’université touche 11 % des bacheliers généraux, contre 32 % des technologiques et 67 % des professionnels. La profession des parents et leur revenu continuent de jouer un rôle majeur dans la réussite scolaire de leurs enfants, et ces inégalités ne se réduisent pas avec l’entrée dans le monde du travail. D’autant que la formation continue ne corrige pas les disparités de formation initiale.

Les jeunes d’aujourd’hui se trouvent dans une situation moins favorable que celle de leurs aînés : "taux de chômage supérieur, salaires moins élevés, patrimoine inférieur". Plus touchés par la précarité de l’emploi, leur déclassement s’accroît, "en particulier pour les bacheliers, qui occupent de plus en plus souvent un poste non qualifié dix ans après la fin de leurs études".

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