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Un article de Haydée SABERAN paru dans Libération du 10 septembre 2005

L’intérim sous-payé à la Sogep

samedi 10 septembre 2005 par Haydée SABERAN
Dans une filiale de La Redoute, une syndicaliste poursuivie pour des révélations dérangeantes.

Anne-Claire Lescouffe a un vilain défaut : elle ne croit pas tout ce qu’on lui dit. C’est peut-être ce qui a valu à cette déléguée CGT, préparatrice des tournées des chauffeurs-livreurs d’une filiale transports de La Redoute, la Sogep, à Wattrelos (Nord), d’être convoquée vendredi au siège de la société en région parisienne à un entretien préalable à « sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement ». On lui reproche d’avoir outrepassé ses prérogatives en poussant la porte d’une boîte d’intérim pour vérifier les salaires des intérimaires de son entreprise. Et surtout de s’être fait passer pour un représentant de sa direction. Ce qu’elle conteste.

« Peanuts ». Ce qui est sûr, c’est qu’en découvrant que les intérimaires de sa boîte étaient payés depuis des années sous le niveau de la grille salariale, la dame a levé un lièvre. D’abord, les intéressés ont dû être augmentés d’1,10 euro de l’heure d’un coup, ensuite la mesure est rétroactive sur cinq ans. Résultat : la Sogep passe à la caisse. Combien ? « Minime. Peanuts pour nous. Vous devriez vous intéresser à des sujets plus importants », conseille au téléphone une porte-parole du groupe Pinault Printemps Redoute (PPR). Le problème ne concernerait que 15 intérimaires, sur une période de 2001 à 2005. La CGT en a, elle, recensé 60, rien que dans le Nord qui ne compte que 3 sites des 26 en France.

Tout commence cet hiver. Anne-Claire Lescouffe discute avec une intérimaire du service des préparatrices de tournées. Qui se plaint de ne pouvoir joindre les deux bouts. « Ils te paient combien ? » Réponse : 1 213 euros par mois, au lieu de 1 365, le salaire de son poste. Enquête chez les autres collègues : pareil. Chez PPR, on ne se démonte pas. « Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas appliqué la grille », assure-t-on. Pourtant, l’erreur est identique chez Adia, Manpower et Adecco. « Trois boîtes d’intérim sur trois qui se trompent, ça fait beaucoup », persifle Anne-Claire. En avril, une intérimaire est remboursée de 1 400 euros d’un coup : un an d’arriérés. Et puis, plus rien. « Les collègues s’impatientaient. En avril, la direction disait le problème réglé et toujours rien. » Elle remonte au créneau en juin. La direction lui écrit que les grilles réelles ont été envoyées aux agences en... juillet.

« Bug ». Le 9 août, avant de partir en vacances, elle pousse la porte d’Adia. « J’ai expliqué que j’étais déléguée du personnel à la Sogep et que je voulais savoir si les arriérés avaient été versés. La chef d’agence m’a bien reçue. Puis m’a dit "ça fait quand même une sacrée somme". » Au moment d’indiquer la somme, elle aurait lâché un sibyllin : « Donnez-moi les noms des syndicalistes, si jamais ils appellent. » La déléguée : « Mais les syndicalistes, c’est moi... Je suis déléguée CGT. » L’agencière prétexte un bug d’ordinateur pour ne pas fournir l’info. « Elle a peut-être pensé que je venais des ressources humaines de la Sogep. »

Anne-Claire trouve idiot ce mensonge qu’on lui reproche. « Si j’avais menti, je serais allée jusqu’au bout. Et j’aurais eu mon info. » La direction a entre deux et trente jours pour lui faire connaître sa sanction. Reste une question : quid des 900 intérimaires (1) de La Redoute ? « Le problème n’existe qu’à la Sogep, pas à La Redoute », assure la direction. Anne-Claire Lescouffe en doute.

(1) Source syndicale.

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