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Un article de Sébastien Ganet paru dans l’Humanité du 26 mai 2005

« La BCE pourrait financer de grands projets en Europe »

jeudi 26 mai 2005 par Sébastien Ganet
inances. Devant les salariés de la Banque de France, Francis Wurtz, Martine Billard et Liem Huang Ngoc ont débattu du rôle de la Banque centrale européenne.

Le débat tombe à pic. À quelques jours du référendum, la discussion s’aiguise sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE). D’une part, l’OCDE lui demande d’abaisser ses taux d’intérêt directeurs en soulignant la trop faible croissance de la zone euro par rapport aux autres régions planétaires (voir l’Humanité d’hier). D’autre part, aborder les questions européennes sous l’angle de la BCE renvoie forcément à la question d’un projet alternatif dont la crédibilité repose pour beaucoup sur les moyens financiers mis en oeuvre. Avec les salariés de la Banque de France, Francis Wurtz, député européen et président du groupe GUE au Parlement européen, Liem Huang Ngoc, économiste et animateur du « non » socialiste, et Martine Billard, députée des Verts de Paris, étaient donc venus discuter d’alternatives. Jean-Marie Roux, responsable de la CGT Banque de France, donne le ton du débat : « Nous voulons discuter des arguments qui pourront faire gagner le "non" au référendum, et nous voulons discuter des alternatives. »

Francis Wurtz remarque : « Aucun des objectifs économiques affichés à chaque étape de la construction européenne n’a été tenu. L’euro, qui devait nous protéger des crises, nous handicape aujourd’hui avec ses taux de change élevés. Le marché unique n’assure pas l’expansion, mais plonge l’Union dans une croissance atone. Enfin, le sommet de Lisbonne devait faire de l’Europe l’économie la plus performante au monde. C’est loin d’être le cas. »

Martine Billard note : « Avec le démantèlement des services publics, des budgets et une monnaie verrouillés, il ne reste plus que les salaires et les impôts comme variables d’ajustement concurrentielles, soit le dumping social et fiscal. » La députée de Paris poursuit : « Il faut imposer une politique industrielle qui respecte des normes sociales, des normes écologiques, ce qui est infaisable avec la concurrence. »

Liem Huang Ngoc rappelle que « la monnaie est un élément de la souveraineté du peuple », qui est « aliénée » puisque la BCE est indépendante du politique. « Si le "non" l’emporte, il y aura renégociation », explique-t-il. « Le traité de Nice s’achève en 2009, on peut alors rediscuter de l’organisation de l’Union à partir d’un noyau dur autour duquel s’agrégeraient les autres au fur et à mesure », indique Liem Huang Ngoc.

À propos du système européen des banques centrales, « il n’est pas justifié de lui confier la tâche de surveillance de l’inflation, comme l’indique la constitution Giscard. L’évolution des prix et des salaires est un problème de partage des revenus. Il faut confier cette mission aux partenaires sociaux », souligne l’économiste. Il ajoute vouloir « utiliser la création monétaire pour couvrir les besoins de financement de l’État. On éviterait que l’État s’endette auprès des marchés financiers et qu’une partie du budget serve chaque année à rembourser les rentiers », dit-il. Pour Liem Huang Ngoc, l’indépendance de la BCE « a un coût social trop élevé ».

Si Martine Billard souligne qu’il n’y a « pas de salaire minimum instauré par cette constitution, au risque d’enfoncer l’Europe dans la crise sociale », Francis Wurtz estime que la BCE peut jouer un tout autre rôle que la chasse aux salaires. « Elle est l’institution la plus puissante puisqu’elle détermine en Europe l’utilisation de l’argent », souligne le député européen. Pour le président du groupe GUE au Parlement de Strasbourg, « il faut mettre ce formidable instrument au service d’un grand projet très rassembleur en Europe qui est la mise en oeuvre d’une sécurité d’emploi et de formation pour chaque Européen. La Banque centrale européenne utiliserait la puissance de la création monétaire pour inciter au financement d’emplois stables, de bonnes formations et une sécurité de revenu. Un tel objectif serait financé au moyen de crédits bancaires aux entreprises dont les coûts seraient abaissés grâce à des refinancements massifs de la BCE. Les taux d’intérêt seraient d’autant plus bas que les entreprises programmeraient des investissements productifs créateurs d’emplois et de véritable formation pour chaque individu. » « Mais pour initier un tel projet en Europe, il y a absolument besoin que le « non » l’emporte le 29 mai », lance le député européen. En soulignant à quel point le texte actuel de la constitution européenne place la BCE en dehors de tout contrôle politique et démocratique (article I-30), tous les intervenants ont souligné à ce titre le rôle salvateur du « non », qui serait une première remise en cause de cette indépendance inique.

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