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Alexandrine Bouilhet | Le Figaro le 21/04/2008

La Banque d’Angleterre à l’assaut de la crise

lundi 21 avril 2008 par Alexandrine Bouilhet
La Banque d’Angleterre devrait injecter 63 milliards d’euros de liquidités dans le circuit monétaire. Le plan de sauvetage sera dévoilé aujourd’hui.

Face à une crise du crédit, qui grippe le moteur de l’économie britannique, au risque de plonger le pays dans la récession, la Banque d’Angleterre (BoE) sort l’artillerie lourde. Sous la pression du gouvernement et des milieux financiers, la BoE s’apprête à injecter 50 milliards de livres 63 milliards d’euros dans le circuit monétaire afin de détendre les conditions de crédit entre les banques.

Révélé par la BBC hier, le montant du plan de sauvetage doit être confirmé, aujourd’hui, par la Banque d’Angleterre. Imitant, à une moindre échelle, la Fed aux États-Unis, la BoE s’apprête à racheter 50 milliards de crédits immobiliers aux banques britanniques, pour les échanger contre des obligations d’État d’une durée d’un an, avec possibilité de les conserver jusqu’à trois ans.

De mémoire de banquier, il s’agit d’une initiative historique en Grande-Bretagne. Elle répond à une crise de confiance persistante entre les banques qui, malgré la baisse récente des taux directeurs à 5 %, refusent de se prêter de l’argent à trois mois, à moins de 6 %.

L’échange d’actifs devrait permettre de restaurer la confiance, entre institutions financières, dans l’espoir d’abaisser leurs coûts du refinancement et de détendre l’ensemble du marché du crédit.

Jusqu’ici, la politique monétaire de la BoE qui consistait à baisser son taux directeur, comme aux États-Unis, s’est avérée inopérante. Depuis six mois, les banques n’ont cessé de durcir leurs conditions de prêts aux particuliers, au risque de bloquer l’un des principaux facteurs de croissance en Grande-Bretagne.

Baisse des ventes de détail

À la grande inquiétude du gouvernement, le marché immobilier, source de richesse des Britanniques, se retourne à la baisse. Les millions de ménages qui se sont endettés en pariant sur la hausse des prix sont obligés de revendre leurs biens en catastrophe, alors que les banques renégocient à la hausse les remboursements des prêts à taux variable. Redoutant des défauts de paiement en cascade, les banques britanniques commencent à supprimer les cartes de crédit à la consommation, ce qui contribue à la baisse des ventes de détail.

Le plan de sauvetage de la BoE est censé enrayer cette spirale infernale en redressant un marché du crédit, vérolé par la crise du subprime. Il a été concocté par le Trésor, à la suite d’une réunion entre banquiers à Downing Street. Ces derniers reprochaient à la Banque d’Angleterre de ne pas les avoir suffisamment aidés, alors que la Fed ou la Banque centrale européenne ont injecté des centaines de milliards d’euros de liquidités dans le marché monétaire, depuis l’été dernier, afin de faciliter les opérations de refinancement.

Échaudées par le fiasco de Northern Rock, qui a obligé l’État à nationaliser une banque menacée de faillite, les autorités britanniques ont longtemps hésité avant de remettre à nouveau l’argent du contribuable à contribution dans le plan de la BoE.

En échange des facilités qu’elle va octroyer aux banques, la BoE exige toute la lumière sur leurs comptes et une consolidation de leurs fonds propres, quitte à recourir à des augmentations de capital comme s’apprête à le faire la Royal Bank of Scotland.


La Royal Bank of Scotland va annoncer 5 milliards d’euros de pertes

Deuxième banque britannique, après HSBC, la Royal Bank of Scotland devrait annoncer, cette semaine, à Édimbourg, 5 milliards d’euros de pertes liées à la crise du subprime.

D’après le Financial Times, le conseil d’administration de la Royal Bank of Scotland s’est réuni ce week-end pour approuver le montant des pertes et, dans la foulée, une augmentation de capital d’environ 12 milliards d’euros, la plus importante jamais lancée en Europe. L’annonce de cette levée de fonds pourrait faire l’effet d’une bombe à la City, alors que les grandes banques britanniques semblaient moins touchées que leurs consœurs américaines par la crise du crédit. Il s’agirait de la première augmentation de capitale en Grande-Bretagne depuis le début de la crise, l’été dernier. Patron de la banque écossaise depuis dix ans, Sir Fred Goodwin est aujourd’hui sur la sellette. Malgré l’acquisition récente, pour 71 milliards d’euros de la banque néerlandaise ABM Amro, la plus importante du secteur bancaire, le président de la Royal Bank assurait qu’il n’avait aucun problème de fonds propres. La réalité des bilans, plombés par des milliards de livres d’actifs dépréciés, a rattrapé Sir Fred Goodwin. Plusieurs actionnaires réclament sa tête. La levée de fonds à laquelle la banque est contrainte risque d’assombrir un peu plus l’humeur de la City, où plusieurs grandes banques, dont Citigroup, ont annoncé des licenciements. Capitale internationale de la finance, la City pourrait perdre 20 000 emplois cette année.

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