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Une dépèche AFP parue sur lemonde.fr le 6 janvier 2006

La Banque mondiale suspend le versement de ses prêts au Tchad

vendredi 6 janvier 2006
Après avoir émis, fin 2005, une vive mise en garde, la Banque mondiale a décidé de suspendre, vendredi 6 janvier, le versements de ses prêts au Tchad, soit environ 124 millions de dollars restant à verser, selon le président de la Banque, Paul Wolfowitz. Une mesure de retorsion contre N’Djamena, accusé d’avoir modifié unilatéralement la loi sur la gestion des revenus du pétrole, brisant l’accord conclu en 1999 avec l’institution internationale.

Les députés tchadiens ont décidé à la fin décembre, à l’initiative du gouvernement, de modifier la loi sur le pétrole, malgré les protestations de l’organisation internationale. Le nouveau texte supprime notamment un fonds destiné aux générations futures, sur lequel étaient bloqués 10 % des revenus pétroliers du pays, et double également la part des recettes versées au Trésor public, sans aucun contrôle sur leur utilisation.

Considéré comme l’un des pays les plus pauvres au monde, le Tchad produit du pétrole depuis 2003. En 2004, cette ressource a généré 143 millions de dollars de revenus, sans que les conditions de vie des Tchadiens s’en trouvent améliorées. Le gouvernement de N’Djamena veut en conséquence augmenter ses revenus financiers en utilisant dès maintenant le fonds pour les générations futures. Et il a fait du changement de la loi un test de sa souveraineté."La Banque mondiale parle de l’originalité de la loi modifiée (...) comme si le Tchad et les Tchadiens étaient devenus pour la Banque des cobayes pour l’expérimentation d’un type de gestion ou de gouvernance", s’était indigné fin décembre le gouvernement tchadien, dans un communiqué.

AVEU D’ÉCHEC

En suspendant ses aides, la Banque mondiale avoue l’échec de ce qu’’elle présentait comme un accord modèle avec un pays pauvre sur la gestion de ses ressources naturelles. Pays pétrolier depuis peu, le Tchad avait négocié en 1999 une sorte de mode d’emploi de ses futures recettes pétrolières. La Banque était d’autant plus impliquée qu’elle avait financé une partie des investissements, et notamment l’oléoduc transportant le brut tchadien vers le golfe de Guinée. La loi de 1999 visait à garantir la transparence de la gestion des pétrodollars, afin qu’ils profitent à l’ensemble de la population, l’une des plus démunies de la planète.

Paul Wolfowitz, ancien secrétaire-adjoint à la défense américain de 2001 à avril 2005, assure avoir pris sa décision après avoir consulté le Conseil d’administration de la Banque. Il a souligné que celle-ci ne préjugeait pas de la décision que les pays membres pourraient prendre individuellement, ni de celle du Fonds monétaire international (FMI).

La modification unilatérale de la loi a également suscité les protestations de l’opposition et de la société civile tchadienne. Les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) réunis, le 4 janvier, en sommet dans la capitale tchadienne s’étaient bornés pour leur part à "prendre acte" de la modification de la loi, en appelant "la Banque mondiale et le gouvernement tchadien à privilégier le dialogue dans leurs relations à ce sujet".

Avec AFP

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