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Un article de Paule Masson paru dans L’Humanité du 1er février 2006

La CFDT à la recherche des possibles

mercredi 1er février 2006 par Paule Masson
Congrès . La confédération veut passer un cap dans l’adaptation du syndicalisme aux données de la mondialisation libérale.

Vidée de la majeure partie de ses opposants, la CFDT devrait vivre un congrès sans grande confrontation. Mais les 46e assises confédérales, qui se dérouleront à Grenoble en juin prochain, n’en seront pas pour autant banales. Hier, François Chérèque, secrétaire général candidat à un troisième mandat, a présenté en ces termes l’enjeu : « Développer un type de syndicalisme qui affronte les questions difficiles et évite les réponses simplistes. »

Entre deux mandats, la confédération reconnaît 30 000 départs, dus essentiellement à la rupture intervenue après l’acceptation de la réforme des - retraites en 2003. Un chapitre entier du rapport d’activité intitulé : « Notre - développement, une dynamique en question » pose du reste un regard lucide sur la réalité des chiffres : 34,4 % des adhérents ont plus de 50 ans, alors que seuls 13 % ont moins de 35 ans. L’actuel réseau militant va prendre sa retraite dans les dix ans qui viennent. Mais loin de réorienter une stratégie syndicale qui a sérieusement fait tanguer la CFDT ces quatre dernières années, la centrale de Belleville accélère. Inscrivant son action dans une « incontournable mondialisation », qui provoque « une crise d’adaptation » de la société française et de son modèle social, elle est amenée à revendiquer d’emblée ce qui lui paraît obtenable et à présenter ensuite ce qui a été évité ou les quelques concessions actées dans un compromis comme des « résultats concrets » qui participent de « la transformation sociale ». Ainsi, concernant le dernier accord sur l’assurance chômage, le rapport d’activité se réjouit « d’avoir fait échec aux prétentions du patronat qui visait à rétablir la dégressivité », souligne ce que la CFDT « a réussi à obtenir », mais ne dit mot du durcissement des conditions d’accès à la filière B qui, selon les calculs de l’UNEDIC, va pénaliser près de 100 000 chômeurs. Ainsi, l’accord intervenu concernant l’emploi des seniors, dont la proposition de créer des « CDD vieux » de dix-huit mois vient d’être reprise par le premier ministre, est-il valorisé comme « résultat concret obtenu par la CFDT ».

Mais comme la CFDT ne fait pas du rapport de forces un élément décisif pour placer la négociation sous le contrôle des salariés, elle a besoin, pour légitimer sa démarche, de faire évoluer les règles et la place de la négociation sociale. Elle revendique dans ce cadre une sorte d’inversion de la hiérarchie entre loi et le contrat, en donnant la primauté aux accords négociés par les partenaires sociaux. Le pouvoir législatif devrait alors considérer « automatiquement applicable en droit » l’accord intervenu et ne prendre l’initiative qu’en cas d’échec. Un Parlement chambre d’enregistrement ou roue de secours en cas d’échec de la négociation, voilà qui tranche singulièrement avec la culture politique française.

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