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Claire Guélaud | Le Monde le 03.10.2010

Réforme des retraites : la pression sur l’Elysée s’accentue

lundi 4 octobre 2010 par Claire Guélaud

Les syndicats ont remporté leur pari. La cinquième journée d’action contre le projet de réforme des retraites, samedi 2 octobre, a montré quele niveau de mobilisation reste élevé dans le pays. Le succès de ce rendez-vous, le troisième en un mois, n’allait pas de soi, d’autant que le texte gouvernemental a été voté à l’Assemblée le 15 septembre. Mais comme l’avaient pronostiqué les organisations syndicales, la mobilisation a été grosso modo "dans les mêmes eaux" que le 23 septembre : "près de 3 millions" de manifestants en France, selon la CGT ; 899 000, soit une baisse de 98 000, selon la police (Voire notre carte des manifestations en France, ville par ville).

La balle est désormais dans le camp de l’Elysée et du gouvernement : ils vont devoir ajuster leur stratégie en prévision de l’ouverture, mardi 5 octobre, du débat sur le projet de réforme au Sénat mais aussi de la journée de grèves et de manifestations du 12 octobre.

"NOUS NE RECULERONS PAS"

"La moyenne nationale, ce sera autour des trois millions comme le 23 septembre. Donc, nous ne reculerons pas", a redit, au départ de la manifestation parisienne, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. "Le gouvernement ne peut pas en rester là. Il doit ouvrir le dialogue", a estimé son homologue de la CFDT, François Chérèque. Les syndicats interprètent le niveau de mobilisation de samedi comme le signe d’un ancrage de la contestation. Ils estiment avoir marqué des points dans l’opinion sur le caractère injuste du projet de réforme, en particulier pour les femmes et pour les travailleurs les plus modestes, et sur la responsabilité du pouvoir dans l’accroissement des inégalités.

Et ils pensent disposer d’un large capital de sympathie dans l’opinion qui fait actuellement défaut au chef de l’Etat. A preuve, selon eux, ce sondage CSA pour L’Humanité de samedi selon lequel 71 % des Français soutenaient l’appel à manifester. Un chiffre inédit, qui renvoie à un autre record, à la baisse celui-là, pour la cote de confiance de Nicolas Sarkozy.

Selon la dernière enquête TNS-Sofres, le président enregistre un record d’impopularité avec 72 % de mécontents. "Le gouvernement ne peut pas se permettre de ne pas nous entendre", s’est exclamé samedi matin, sur Europe 1, M. Chérèque. "Continuer à parier sur l’effritement du mouvement, ce n’est pas une stratégie", a-t-il précisé en début d’après-midi. L’exécutif est resté jusqu’à maintenant inflexible. Il n’a saisi aucune des perches qui lui ont été lancées par le numéro un de la CFDT. Le chef de l’Etat et le premier ministre ne veulent pas toucher au cœur de la réforme, c’est-à-dire au recul des âges de la retraite de 60 à 62 ans pour l’âge légal de départ et de 65 à 67 ans pour l’âge de la pension sans décote. "Je comprends la colère et les inquiétudes, mais le rôle d’un chef de l’Etat, c’est de prendre ses responsabilités", a réaffirmé le président vendredi.

"L’AUTISME DU POUVOIR"

L’intransigeance présidentielle durera-t-elle ? C’est ce que pensent les leaders syndicaux. Au Sénat, où le pouvoir ne dispose que d’une majorité relative, l’exécutif devra certes composer avec les centristes, partisans de maintenir, dans certains cas, le plafond des 65 ans pour la pension sans décote, mais aussi avec le président (UMP) du Palais du Luxembourg, Gérard Larcher, plus enclin que M. Sarkozy à la souplesse.

Toutefois, l’Elysée est convaincu que la répétition des journées d’action tient du rituel social en France et que le mouvement de contestation, de "décélération notable" en "légère inflexion", finira par s’effriter comme en 2003. Il peut donc choisir d’attendre l’après-12 octobre pour décider, si cela s’avérait nécessaire, d’éventuelles concessions. L’exécutif pense que le temps joue pour lui et sait que la CFDT et la CGT n’ont aucune envie de s’engager dans des grèves reconductibles qu’elles estiment à hauts risques pour les salariés et pour le syndicalisme. Mais cette stratégie est dangereuse. Frustrée par "l’autisme du pouvoir", une partie des contestataires de la réforme peut miser sur la radicalisation du mouvement pour se faire entendre. Et dans ce cas de figure, qui n’est pas le plus certain, c’est bien le chef de l’Etat qui serait en première ligne, accusé d’avoir jeté de l’huile sur le feu et d’avoir trop tardé à sortir du blocage actuel.


Retraites : "C’est la première fois qu’on va manifester"

À Paris, de nombreux manifestants ont rejoint pour la première fois les rangs de la mobilisation contre la réforme des retraites. Ils profitent de leur jour de week-end pour venir, en famille ou entre amis, alors que leurs activités professionnelles ne leur permettent pas de poser un jour de grève.

Michel, 45 ans, habitant à Carrières sous Poissy, informaticien dans l’automobile.

"Je ne suis pas venu avant car dans le privé, ce n’était pas possible. Autour de moi, personne ne fait grève. On n’a même eu aucun tract ou mot d’ordre qui est remonté de l’usine, ce qui est assez étonnant.

Mais je suis venu car la réforme est complètement injuste. Je prends le relais de ma femme, qui était dans la rue la fois d’avant. Je pense, qu’au fond, les collègues sont d’accord avec moi. Lors des dernières grèves, ça n’a pas râlé à la cafétaria ou dans les bureaux, alors que d’habitude, les gens se plaignent des transports ou vannent ’les fainéants’. Ce n’est pas la révolution non plus, mais je suis certain que la lutte contre le gouvernement est très populaire."

Nicolas, 22 ans, technicien de recherche en biologie à Fontenay-aux-roses

"Je travaille seul dans le labo de recherche avec mon chef, ça la fout mal de partir en grève alors que j’ai commencé mon CDD. Je me mets peut-être la pression inutilement, mais vu le chômage des jeunes, je préfère ne pas prendre des risques. Donc oui, je ne viens que le samedi, alors que je suis le premier à vouloir lutter contre la réforme, et pas du genre à baisser les bras, vu que je m’étais déjà mobilisé contre le CPE ou les attaques de Nicolas Sarkozy contre les chercheurs."


La CGT souhaite des actions reconductibles

La CGT-Cheminots ne se décidera que mercredi sur la suite de sa mobilisation contre la réforme des retraites, mais souhaite que plusieurs secteurs d’activité engagent des "actions reconductibles" à partir du 12 octobre, a indiqué dimanche son secrétaire général, Didier Le Reste. "Nous avons une première rencontre lundi avec les fédérations syndicales de cheminots. Mais la fédération CGT-Cheminots ne prendra de décision définitive sur la suite du mouvement que le 6 octobre, après une importante réunion des organisations de la CGT au siège de Montreuil mardi 5 octobre", a-t-il déclaré.

Pour M. Le Reste, "si le gouvernement continue de mépriser les millions de manifestants qui s’opposent à sa réforme, de vouloir passer en force et de ne pas entendre, il faut hausser le ton et être en capacité d’offrir un autre cadre plus permanent, plus long à la mobilisation". Plaidant pour que "le 12 octobre prenne une autre configuration que l’arrêt de travail et la manifestation classiques que nous avons connus ces dernières semaines", le secrétaire général de la CGT-Cheminots souhaite que "plusieurs secteurs professionnels soient en capacité, après en avoir débattu avec les salariés, d’engager un mouvement plus long que le 12 octobre avec des actions reconductibles, qui peuvent être des grèves".

"Les cheminots veulent bien continuer, parce qu’ils sont concernés, à jouer un rôle particulier dans le mouvement, à condition d’être dans un groupe de plusieurs locomotives, de plusieurs secteurs professionnels, car les retraites ne concernent pas que le secteur des transports", a-t-il insisté.

Les huit organisations nationales réunies dans l’intersyndicale se réunissent lundi soir pour discuter de la suite de la mobilisation sur les retraites, alors qu’une nouvelle journée de grèves et manifestations est déjà fixée pour le 12 octobre si le gouvernement ne bouge pas. Interrogé sur d’autres formes d’action comme des grèves reconductibles, le numéro un de la CGT, Bernard Thibault, a redit samedi dans la manifestation parisienne que "si le gouvernement confirme son intransigeance, il ne faudra pas s’étonner si la mobilisation prend d’autres formes". Son homologue de la CFDT, François Chérèque, a évoqué pour sa part samedi un "risque de formes de durcissement" de la mobilisation.

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