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Laurence Caramel | Le Monde le 11.12.2009

La Chine rafle la mise des crédits carbone

vendredi 11 décembre 2009 par Laurence Caramel

Dans les montagnes qui surplombent la ville de Dali, dans la province du Yunnan (sud-ouest de la Chine), une quarantaine d’éoliennes coiffent la ligne de crête, traçant des pointillés blancs sur près de cinq kilomètres. A 3 000 m d’altitude, les pales de ces géants de 48 mètres de haut tournent à plein régime d’octobre à avril, et fournissent de l’énergie en complément des barrages hydroélectriques dont le rendement décline en cette période sèche de l’année. Ce plus haut champ d’éoliennes du pays est exploité par la compagnie publique d’électricité Sinohydro, qui prévoit d’assurer 10 % de la consommation des 300 000 habitants de Dali.

Par rapport à une centrale thermique à charbon, le projet financé par un prêt de 30 millions d’euros de l’Agence française de développement (AFD) va permettre d’éviter l’émission de 50 000 tonnes de CO2. A ce titre, il est éligible au "Mécanisme de développement propre" (MDP) imaginé par le protocole de Kyoto, afin de stimuler l’investissement dans les énergies renouvelables dans les pays en développement et faciliter les transferts de technologies. Ces réductions d’émissions donnent droit à autant de "crédits carbone" monnayables auprès d’Etats ou d’entreprises étrangères, friands de ces titres qui leur permettent de satisfaire les engagements de réduction de leurs émissions auxquels ils ont souscrit.

Les banques et les fonds d’investissements se sont vite postés au guichet pour acquérir des crédits carbone qu’ils revendent ensuite à des entreprises ou proposent sous forme de placements financiers. Pour les sept prochaines années, Sinohydro a vendu ses crédits à la banque néerlandaise Rabobank à un prix voisin de 10 euros la tonne de CO2. Le français EDF qui était sur les rangs n’a pas été retenu.

Jusqu’à présent, peu de pays ont su tirer parti du système imaginé par le protocole de Kyoto. La Chine, elle, n’a pas mis longtemps à en maîtriser la complexité et à en tirer avantage. Plus de la moitié des capitaux générés par les MDP d’ici à 2012 - date à laquelle expire le protocole - devrait lui revenir. Soit environ 10 milliards d’euros. Plus de 2 200 projets sont en cours dont un tiers ont été estampillés par l’ONU.

Dans la course que se livrent les provinces chinoises, le Yunnan arrive en tête. "Il y a deux ans, les acteurs économiques ignoraient tout de cet outil, aujourd’hui, ils pensent tous MDP", affirme Wang Xiali, directeur du centre MDP de la province. Le centre aide les entreprises à monter leur projet, gère sa validation par un bureau de vérification indépendant, et accompagne parfois l’entreprise lorsqu’elle plaide son dossier devant l’ONU. Placer les crédits n’est pas un problème. "Les étrangers viennent à nous", sourit M. Wang, dont les bureaux, où s’activent une douzaine de personnes, sont installés dans un immeuble de Kunming, la capitale provinciale.

Dans le Yunnan, le mécanisme sert surtout à financer de petits barrages hydroélectriques et le traitement des déchets qui, "sans l’argent que rapportent les crédits, n’auraient pas vu le jour", affirme M. Wang. La décharge municipale de Baishuitang, dans la banlieue est de Kunming, en est un bon exemple. Sur la colline de déchets entreposés à ciel ouvert, de longs tuyaux plongent dans les profondeurs des matériaux en décomposition pour en capter le méthane, puissant gaz à effet de serre. Celui-ci est ensuite acheminé afin d’être transformé en électricité dans une petite unité de production dont l’investissement a nécessité 2 millions d’euros.

Les 64 000 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre évitées - dont la non-émission a été validée par les Nations unies - ont été converties en 64 000 crédits par an. A raison de 10 euros l’unité, un calcul rapide montre que l’opération peut s’avérer très rentable. C’est d’ailleurs peut-être le principal attrait des MDP pour la Chine. Car les transferts de technologies n’ont pas suivi. Pour une raison bien simple : dans beaucoup de domaines, la Chine n’en a nullement besoin. Dans l’éolien ou le solaire, elle fait déjà partie des leaders mondiaux.

Pékin est du reste officiellement la première à s’en plaindre. De même, elle dénonce les lourdeurs du système onusien qui - bien qu’elle en soit la première bénéficiaire - ne lui permet pas de drainer des capitaux étrangers à la hauteur de ses besoins. La mutation de l’économie chinoise vers un modèle sobre en carbone nécessiterait entre 25 et 170 milliards d’euros au cours des vingt prochaines années, selon différentes évaluations.

Mais, pour l’heure, une question urgente reste suspendue aux négociations de Copenhague. Que deviendront les MDP, si le protocole de Kyoto ne trouve pas de successeur ?

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