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un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 17 mai 2005

La Chine veut construire 30 à 40 centrales nucléaires

mardi 17 mai 2005 par Jean-Michel Bezat

Une panne électrique menace-t-elle la Chine comme les fléaux d’antan ? Au rythme de l’activité économique (+ 9,5 % au premier trimestre), les entreprises absorbent les deux tiers de la production, et le gouvernement a lancé des projets, parfois pharaoniques, avec l’aide des étrangers, notamment français.

Alstom a ainsi annoncé, lundi 16 mai, la signature d’un contrat de 80 millions d’euros avec son partenaire Dongfang portant sur la fourniture de deux turbines à vapeur pour la centrale nucléaire de Ling Ao, dont la phase II doit être mise en service à l’horizon 2010. Il s’agit, pour le groupe, du troisième contrat significatif remporté en Chine, en quelques années, dans le secteur nucléaire. "C’est un gage pour l’avenir de nos entreprises du secteur de l’énergie, et trois ans de travail pour l’usine de Belfort" , s’est félicité Patrick Devedjian, ministre délégué à l’industrie, qui effectue un voyage en Chine jusqu’au 21 mai. "Cela permettra de rééquilibrer un peu notre balance commerciale" , a-t-il ajouté, les exportations françaises ne couvrant que 32 % des importations chinoises.

Pour la Chine, l’expérience des sociétés françaises est précieuse. Une semaine plus tôt, la filiale d’EDF chargée de gérer les lignes à haute tension, RTE, avait passé avec son équivalent chinois un accord de coopération pour l’aider à gérer son réseau de transport d’électricité.

Devenue le deuxième consommateur d’électricité de la planète, derrière les Etats-Unis, la Chine doit relever un double défi : mettre fin à une situation de pénurie et assurer ses approvisionnements en pétrole et en gaz. "La consommation d’électricité croît de 15 % par an, mais la production a du mal à suivre, explique le directeur de RTE, André Merlin. Les Chinois sont obligés d’organiser la pénurie." A cela s’ajoute une contrainte géographique : les ressources en charbon se trouvent au Nord (à 70 %) et les barrages hydroélectriques à l’Ouest et au Centre, alors que le développement économique se fait largement à l’Est et au Sud, où les délestages exaspèrent les industriels. Le gouvernement s’est engagé à supprimer les coupures, qui peuvent dépasser un jour par semaine, à la fin 2006.

Il va devoir augmenter les capacités de transports et créer des interconnexions entre les réseaux autonomes qui se partagent le pays. L’administration centrale, qui a l’intention de créer des autoroutes de l’électricité, envisage d’investir 13 milliards d’euros par an, entre 2006 et 2010, pour renforcer son réseau de lignes.

Mais Pékin mise d’abord sur une forte augmentation de son parc de production. Il prévoit la construction de 30 à 40 centrales nucléaires d’ici à 2020, à raison de deux ou trois tranches par an, qui ne fourniraient cependant que 4 % à 5 % de sa consommation énergétique (1,8 % aujourd’hui).

Un programme sans précédent dans l’histoire du nucléaire. "Certains responsables envisagent même, à un horizon plus lointain, que 17 % à 20 % de l’énergie proviennent de cette source, explique Alain Tournyol du Clos, conseiller nucléaire à l’ambassade de France. Cela représente 200 centrales !" De la recherche et développement au retraitement des déchets en passant par la construction des centrales et la sûreté, "la France est prête à accompagner la Chine dans le développement du nucléaire civil" , souligne-t-il. De passage à Pékin, mardi, pour un forum mondial sur le nucléaire, la présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, devait plaider pour un développement du nucléaire et défendre l’EPR, son réacteur de troisième génération en compétition avec l’américain Westinghouse pour la construction de quatre réacteurs.

En attendant, la Chine va développer et remettre aux normes environnementales ses centrales au charbon, une ressource qu’elle possède en grande quantité dans des mines à ciel ouvert. En 2020, elles devraient assurer 75 % de la consommation énergétique du pays, et les centrales hydrauliques 20 %. Les experts estiment que le pays n’exploite qu’un quart de ses ressources hydrauliques, et le gouvernement fait des provinces du Centre et de l’Ouest, riches de ces ressources, une priorité nationale. Après le barrage des Trois-Gorges, dont les centrales fonctionneront à plein régime en 2009 (22 000 MW), Pékin vient de lancer deux autres projets en amont des Trois-Gorges (18 000 MW au total), l’équivalent d’une douzaine de grosses centrales nucléaires. Avec des contrats à la clé pour EDF et Alstom, qui ont de solides positions en Chine depuis vingt ans.

Un diplomate français juge cependant que, au vu de l’opposition des riverains des Trois-Gorges ­ entre un et deux millions de personnes déplacées, des régions entières englouties ­, les projets seront plus difficiles à mener à bien, les cadres du parti se montrant eux-mêmes critiques. Il y a un an, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a annoncé l’annulation d’un grand projet hydraulique dans le Yunnan et le Sichuan en invoquant des risques pour l’environnement.

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