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Un article de Claire Guélaud paru dans le Monde du 11 février 2005

La France veut relancer l’emploi des quinquagénaires

dimanche 13 février 2005 par admin
Alors qu’en Europe les 55-65 ans continuent d’apporter leur expérience à l’entreprise, la France a tout mis en œuvre pour se délester de ses seniors. Patronat et syndicats commencent les premières négociations, vendredi 11 février, pour augmenter l’activité des baby-boomers.

Serait-ce l’amorce d’un mouvement après des années d’immobilisme et de gâchis ? Pressés par le gouvernement, qui n’a pas tenu sa promesse de faire de l’emploi des seniors un thème de mobilisation nationale en 2004, le patronat et les syndicats vont se pencher au chevet des quinquagénaires, ces laissés-pour-compte du marché du travail. Avec plus d’un an de retard sur le calendrier prévu, ils devaient ouvrir, vendredi 11 février, des négociations sur ce sujet - la pénibilité au travail figure également à leur menu.

Le peu d’empressement des partenaires sociaux, et singulièrement du Medef, à se lancer dans ces discussions en dit long sur leur embarras. Près de quarante ans après la création - en 1967 - du Fonds national pour l’emploi (FNE), qui permit de verser des préretraites à des centaines de milliers de travailleurs victimes des restructurations dans la sidérurgie, l’automobile, le textile, les vieilles habitudes perdurent. Quoi de plus tentant, en cas de difficulté, que de se délester de ces "vieux" avec la bienveillance, voire la complicité, des syndicats ?

Le système, pourtant, est potentiellement traumatisant pour les individus, brutalement relégués dans l’inactivité, déstabilisant pour les entreprises, privées de compétences, et excessivement coûteux. Et il y a désormais urgence : si, alors qu’elle en a pris l’engagement aux sommets européens de Lisbonne (2000) et de Stockholm (2001), la France ne relève pas le taux d’emploi de ses seniors, elle ne pourra ni financer ses régimes de retraite ni faire face au choc démographique que constitue le départ à la retraite des classes nombreuses de l’après-guerre.

La société française vieillit. En un demi-siècle, le nombre des plus de 60 ans va passer de 12 à 24 millions et représenter le tiers de la population. L’espérance de vie en bonne santé s’allonge. Les jeunes, de leur côté, trouvent un emploi stable de plus en plus tard, soit que, victimes de la précarité, ils collectionnent les petits boulots avant de décrocher leur premier contrat à durée indéterminée (CDI), soit qu’ils fassent des études plus longues. La conjonction de leur insertion professionnelle tardive et des cessations d’activité anticipées fragilise le système de protection sociale (retraites, assurance-chômage). Car son financement est assuré, pour l’essentiel, par des cotisa-tions assises sur les salaires d’une tranche d’âge très resserrée, les 25-49 ans.

CHÔMAGE DE LONGUE DURÉE

En juin 2003, lors de l’examen au Parlement de la réforme des retraites, Jean-Pierre Raffarin avait indiqué aux députés qu’il faudrait convaincre les entreprises de ne plus licencier leurs quinquagénaires. Le ministre des affaires sociales, François Fillon, avait précisé l’objectif : "Faire passer l’âge moyen de cessation d’activité de 57,5 ans à 59 ans." Faute de quoi, avait-il ajouté, "l’augmentation programmée de la durée de cotisation serait impraticable".

Avec la loi du 21 août 2003, l’âge de la mise à la retraite d’office a été reporté à 65 ans, la décote par année manquante de cotisation - qui minore la pension - a été maintenue et une surcote de 3 % par année supplémentaire d’activité a été créée en faveur des personnes qui décident de travailler au-delà de 60 ans. Parallèlement, l’Etat a quasiment cessé de financer les préretraites.

Mais ces mesures n’ont pas plus réussi à inverser la tendance que ne l’a fait la contribution Delalande, qui pénalise financièrement les entreprises licenciant leurs salariés âgés. Et, quoi qu’aient fait gauche et droite depuis une vingtaine d’années, la détérioration du marché du travail finit toujours pas peser sur les plus de 50 ans.

Ce sont eux qui viennent grossir les rangs des chômeurs dispensés de recherche d’emploi (et non pris en compte dans les statistiques officielles) et qui paient, en général, le plus lourd tribut au chômage de longue durée.

A tel point que, après les deux années de forte augmentation du chômage de 2002 et de 2003, le directeur général de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), Jacky Chatelain, estimait, en 2004, qu’un quinquagénaire au chômage n’avait pratiquement aucune chance de retrouver un emploi stable. Un constat partagé par le président du groupe QuinCadres, Olivier Spire, qui voit l’avenir pour les quinquas du côté de missions ponctuelles.

Toutefois, les départs progressifs à la retraite, dans le privé comme dans le public, des personnes nées dans l’immédiat après-guerre changeront, au moins partiellement, la donne. Sauf à recourir de nouveau, massivement, à une main-d’œuvre immigrée, les entreprises, l’Etat, les hôpitaux et les collectivités locales ne pourront pas faire face à leurs besoins sans garder leurs salariés vieillissants. Ce qui nécessitera d’aménager les postes et les horaires de travail, et d’inventer des formes plus souples de transition vers l’inactivité que la retraite "couperet". Certains secteurs, comme l’automobile, l’assurance ou les banques, s’y préparent activement.


Prévenir l’usure professionnelle

Une négociation sur la pénibilité au travail doit se dérouler parallèlement à celle sur l’emploi des seniors. Comme cette dernière, elle est censée déboucher sur la conclusion d’un accord national interprofessionnel, suivi de négociations de branches. Parmi les thèmes probables des discussions des mois prochains figurent l’identification et l’évaluation précises des facteurs de pénibilité par poste de travail, la prévention accrue de la santé en milieu professionnel, la reconnaissance de l’usure au travail, voire, éventuellement, la mise en place de congés spécifiques financés par les entreprises.

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