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Une dépèche AFP + Reuters parue sur lemonde.fr le 1er janvier 2006

La Russie coupe le gaz à l’Ukraine sous le regard inquiet des Européens

dimanche 1er janvier 2006

Le géant russe Gazprom affirme avoir commencé dimanche 1er janvier , comme promis, à fermer ses vannes de gaz à destination de l’Ukraine, et a accusé Kiev de s’apprêter à "voler" le gaz russe continuant de transiter via son territoire vers les marchés européens.

"Face à la situation, nous avons été contraints de lancer l’opération de baisse de la pression dans le système de gazoduc de l’Ukraine", a déclaré à l’AFP Sergueï Kouprianov, porte-parole de Gazprom, attribuant à Kiev le blocage des négociations ayant abouti à ce geste ultime de la partie russe.

"Nous étions prêts à trouver un accord avec le peuple ukrainien", a-t-il assuré, évoquant le refus opposé par Kiev la veille, alors que le président russe Vladimir Poutine offrait un sursis de trois mois à l’Ukraine à condition qu’elle accepte d’appliquer ensuite les fortes hausses exigées par Moscou.

Depuis des semaines, Gazprom veut plus que quadrupler le prix de son gaz fourni à l’Ukraine, actuellement facturé 50 dollars les 1 000 m3, et le porter à 230 dollars/1 000 m3 pour rattraper les niveaux du marché international. Kiev estime ce prix inacceptable et veut une hausse graduelle.

La compagnie d’Etat ukrainienne Naftogaz a confirmé dimanche en fin de matinée ressentir les premiers effets de la coupure par le géant russe Gazprom de ses livraisons de gaz à l’Ukraine,a annoncée le porte-parole de Naftogaz, Edouard Zaniouk.

POUR GAZPROM, L’UKRAINE "VOLE" LE GAZ DE L’EUROPE

Le porte-parole du géant gazier a cependant assuré que "le gaz d’exportation", livré en grande part à l’Europe par l’Ukraine, serait "livré en totalité". Mais, intervenant ensuite à la télévision publique, il a accusé Kiev de se préparer à "voler" le gaz russe continuant à être exporté via l’Ukraine vers les clients européens de Gazprom. Et cela en profitant du fait que le géant russe ne peut que baisser, et non tarir totalement, le flux dans le gazoduc, afin de ne pas se couper de ses clients européens.

"Depuis le début, les autorités ukrainiennes étaient décidées à un conflit, depuis le début elles avaient l’intention de prélever illégalement du gaz. Pour le voler, pour le dire plus clairement. Pour le voler aux consommateurs européens", s’est emporté M. Kouprianov, dans une mise en garde déjà maintes fois brandie par Moscou.

Le 27 décembre, le premier ministre ukrainien Iouri Ekhanourov avait assuré que Kiev avait le droit, par contrat, à 15 % du gaz russe transitant par son territoire vers l’Europe, en paiement des droits de transit, laissant entendre que l’Ukraine pourrait se servir dans les gazoducs en cas d’interruption.

Le porte-parole de Gazprom a présagé des "conséquences économiques catastrophiques pour l’économie ukrainienne", qui dépend du gaz russe pour plus du tiers de sa consommation mais a également d’autres fournisseurs, comme le Turkménistan, avec lequel Kiev vient de signer un contrat d’exportation de 40 milliards de m3 de gaz en 2006 au prix de 50 dollars par 1 000 m3. L’Ukraine importait jusqu’à présent quelque 25 milliards de mètres cube de gaz russe par an.

CRAINTES EUROPÉENNES

Une situation qui ne manque pas d’inquiéter l’Europe, qui importe depuis la Russie, essentiellement via l’Ukraine, un quart de son gaz. La Commission européenne, qui s’était dite vendredi "préoccupée" par le différend, a convoqué pour mercredi à Bruxelles une réunion spéciale d’experts de l’Union européenne afin de discuter des conséquences éventuelles pour les marchés européens. Exprimant l’inquiétude de l’Union européenne - qui importe environ un quart de son gaz de Russie -, l’Allemagne, l’Autriche, la France et l’Italie ont demandé à Kiev et à Moscou de faire en sorte que leur différend ne grève pas les exportations de gaz russe, a indiqué samedi le ministère de l’économie autrichien .

Mais le Kremlin assure que les pays d’Europe n’auront pas à pâtir de perturbations éventuelles dans les livraisons de gaz. "Il y a deux gazoducs qui envoient du gaz directement à l’Ukraine et trois qui servent à l’exportation (vers des pays tiers)", explique Alexandre Glazkritsky, haut responsable de la société russe d’hydrocarbures Mostransgaz à la télévision russe. "Techniquement, il est possible de couper les livraisons via ces deux gazoducs tout en poursuivant l’acheminement du gaz par les trois autres", ajoute-t-il.

La société italienne des hydrocarbures Eni a toutefois reçu de Gazprom un avis disant que les approvisionnements en gaz pourraient être perturbés. Certains pays d’Europe centrale ont quant à eux établi des plans d’urgence pour le cas où le gaz ne parviendrait plus. La Pologne dit avoir au moins une semaine de réserves.

Jusqu’à présent, l’UE ne s’est pas mêlée du contentieux russo-ukrainien, jugeant qu’il incombait aux deux pays voisins de négocier un règlement de la crise.


Le groupe GDF se veut prudent

Gaz de France annonce prendre des "mesures de précaution" après la décision de la Russie de suspendre ses livraisons de gaz à l’Ukraine."Nous suivons très attentivement cette situation et nous examinons les mesures de précaution que nous pourrions être amenés à prendre afin de sécuriser nos approvisionnements", a déclaré une porte-parole de GDF. Des spécialistes craignent que le différend ukraino-russe perturbe l’approvisionnement de l’Europe toute entière en plein hiver. (Reuters)

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