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article de Georges Quioc paru dans le Figaro du 24 aout 2006

La Russie manque de main-d’oeuvre

jeudi 24 août 2006 par Georges Quioc
IMMIGRATION Moscou a augmenté de 50 % les quotas d’immigration cette année. Une libéralisation inévitable mais socialement risquée.

LES ÉLUS de la région de Sverdlovsk dans l’Oural viennent de trouver une solution inédite pour combattre l’exode rural : inviter des paysans chinois à cultiver quelque 100 000 hectares de terres à l’abandon. Ils sont allés voir leurs homologues de la province d’Heilongjiang, région agricole très peuplée à la frontière de la Sibérie orientale, pour leur proposer une coopération. Cette province compte autant d’habitants que l’Argentine sur un territoire grand comme la Suède. Une densité de peuplement qui risque d’inciter des paysans à migrer vers la périphérie des grandes villes chinoises. Alors qu’ils seraient les bienvenus à Sverdlovsk. « Cinquante-six entreprises agricoles régionales sont en faillite (...) alors que la population de l’Oural pourrait bénéficier de la culture de légumes et de l’élevage de porcs traditionnels chinois », explique l’administration de la province russe dans un communiqué.

Ce projet de transfert de populations est un symptôme du déséquilibre démographique qui s’aggrave en Russie. Près de 70 % du territoire russe se dépeuple de ses habitants au profit des 30 % restants. Le vide ainsi créé, surtout aux abords de la Chine, pose un problème stratégique à la Russie. Les provinces d’Extrême-Orient proches des frontières chinoises redoutent particulièrement la pression démographique de l’empire du Milieu tout proche, même si les Chinois ne représentent que 3,1% seulement de la population immigrée en situation régulière.

Mais les autorités de Moscou doivent répondre à une demande grandissante de main-d’oeuve étrangère. Ce qui explique le bond de 50% du quota des travailleurs immigrés cette année par rapport à l’année dernière. Quelque 329 300 travailleurs étrangers ont été régularisés, les plus gros bataillons ayant été réservés à Moscou, qui s’est vu attribuer 100 000 autorisations, soit dix fois plus que Saint-Pétersbourg.

Les clandestins représenteraient 20 % de la population activeReste que cette politique de libéralisation est socialement risquée, comme vient de le montrer le récent attentat qui a fait dix morts sur un marché de Moscou et dont les deux auteurs ont avoué le mobile ouvertement raciste. Les autorités russes sont ainsi confrontées à ce casse-tête alors que l’ex-Union soviétique ne connaissait pas de problème d’immigration.

Actuellement, 10 % seulement de la population immigrée est en situation régulière. Le nombre des clandestins se situerait quant à lui entre 5 et 14 millions, selon l’Organisation internationale du travail, ce qui représenterait entre 3 et 10 % de la population russe ou encore entre 6 à 20 % de la population active. Une telle situation alimente des sentiments xénophobes dans une partie de la population russe. En novembre dernier une manifestation du Mouvement contre l’immigration illégale a fait descendre 1 000 personnes dans les rues de Moscou.

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