Liste des auteurs

Article de Marie Jégo paru dans Le Monde du 17 décembre 2006

La Russie menace de relancer la "guerre du gaz" avec son voisin biélorusse

dimanche 17 décembre 2006 par Marie Jégo

Pour sa 9e visite à Moscou depuis le début de l’année, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a eu, vendredi 15 décembre, trois heures d’entretiens "longs et difficiles" avec son homologue russe, Vladimir Poutine, mais, semble-t-il, assez infructueux au sujet de la question du gaz.

Gazprom, le monopole russe, est décidé à mettre fin aux subsides de l’époque soviétique, quand les "Républiques soeurs" achetaient leur gaz à un prix dix fois inférieur à celui du marché. Ulcéré par de telles propositions, le président Loukachenko a refusé cette hausse, menaçant de transformer en "goulet d’étranglement" sa position stratégique sur les voies de transit du gaz russe vers l’Europe.

La Biélorussie achète ce gaz 46,67 dollars (pour 1 000 mètres cubes), soit quatre fois moins que les prix du marché. Plus pour longtemps. Mercredi 13 décembre, Dmitri Medvedev, président du conseil d’administration de Gazprom, a répété qu’"avant la fin de l’année Gazprom travaillera avec ses partenaires sur la base du marché".

"Nos relations avec la Biélorussie et la Géorgie sont suspendues à cette éventualité", a-t-il ajouté, tout en précisant les nouveaux tarifs imposés : 230 dollars pour la Géorgie, 200 dollars pour la Biélorussie. Cette hausse, assortie d’un ultimatum expirant au 1er janvier 2007, fait craindre un scénario semblable à celui vécu par l’Ukraine au 1er janvier 2006, lorsque Moscou avait fermé les vannes pour contraindre ce pays à accepter la hausse imposée.

La guerre du gaz avait eu des répercussions sur les livraisons en Europe. Environ 20 % du gaz russe livré aux Européens transitent par la Biélorussie, le reste traverse l’Ukraine. La société publique biélorusse Bieltransgaz, qui gère le réseau de gazoducs du pays et achemine les exportations vers l’Europe, est au centre des tractations. La cession de ce réseau à Gazprom, qui le convoite, pourrait adoucir la hausse des tarifs.

"Nous sommes pour les échanges avec nos partenaires et pour l’interpénétration mutuelle de nos économies", a rappelé M. Medvedev. Le tout est de tomber d’accord sur le prix d’achat de Bieltransgaz, que la partie russe a évalué à 4 milliards de dollars, soit quatre fois moins que l’évaluation des Biélorusses.

Histoire de bien rappeler à Minsk qui est le maître, Moscou avait, trois jours avant la rencontre, décidé de mettre fin au régime douanier préférentiel accordé à la Biélorussie sur les exportations de brut russe. L’économie biélorusse, étatisée et subventionnée, vit largement de ces subsides.

Comme les quantités livrées sont supérieures aux besoins biélorusses, le pétrole, une fois raffiné, est revendu par Minsk aux pays voisins. Le tout rapporte 1,7 milliard de dollars au budget. La même chose vaut pour le gaz, qui est facturé deux fois plus cher aux consommateurs biélorusses. La différence alimente le "fonds présidentiel", où Alexandre Loukachenko puise pour assurer la stabilité de son régime.

En marge de la rencontre Poutine-Loukachenko, Gazprom a fait savoir, vendredi, qu’il envisageait une augmentation des volumes de gaz russe transitant vers l’Ukraine au détriment de la Biélorussie. Jusqu’ici, le monopole russe voulait trouver des voies de contournement de l’Ukraine. Mais depuis l’accord signé le 24 octobre entre Gazprom et la partie ukrainienne, les choses vont mieux.

Et pour cause. La structure opaque créée alors, Rosukrenergo (détenue à 50 % par Gazprom et à 50 % par des bénéficiaires ukrainiens mal identifiés), réalise des profits importants. Elle se contente de conclure des contrats de transit pour le gaz d’Asie centrale vers l’Ukraine, sans offrir la moindre garantie sur les prix ou sur les quantités livrées.

Si l’Ukraine s’est vu promettre le gaz à un prix raisonnable (95 dollars les 1 000 mètres cubes pour 2006, 130 dollars dès 2007), elle a dû lâcher du lest en laissant entrer Rosukrenergo sur le marché intérieur de la distribution. En février, une structure opaque a ainsi été créée entre Rosukrenergo et Naftogaz Ukraine (Ukrhazenerho), chargée de vendre le gaz aux industriels. Sa politique commerciale n’est pas neutre. En novembre, elle a refusé de fournir en gaz seize entreprises ukrainiennes, ciblées en fonction du camp politique auquel se rattachent les oligarques ukrainiens qui les détiennent.

Cette situation est lourde de conséquences pour l’Ukraine. L’entreprise d’Etat, Naftogaz, lourdement endettée, voit son rôle de fournisseur limité. La Russie, via son monopole gazier, convoite plus que jamais le réseau de gazoducs du pays dont elle cherche à s’emparer, via un consortium international qui reste à créer.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !