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Article de Marie Jego et Christophe Châtelot paru dans Le Monde du 10 novembre 2006

La Russie n’exclut pas de couper ses livraisons de gaz à la Géorgie

vendredi 10 novembre 2006 par Marie Jégo, Christophe Châtelot

A l’approche de l’hiver, le géant gazier russe Gazprom n’exclut pas d’interrompre ses livraisons de gaz à la Géorgie - comme cela s’était produit au début de l’année avec l’Ukraine- si Tbilissi n’accepte pas la dernière hausse des prix (230 dollars les 1 000 mètres cubes contre 110 dollars actuellement) imposée récemment par le monopole russe.

"S’il n’y a pas d’accord, nous livrerons du gaz aux consommateurs arméniens, c’est tout. S’il n’y a pas de livraisons de gaz, ce sera pour raisons d’absence de contrat. Pas de contrat, pas de livraisons", a indiqué Alexandre Medvedev, le vice-président de Gazprom, lors d’une conférence de presse, mardi 7 novembre à Moscou.

Pays de transit, la Géorgie voit le gaz russe livré à l’Arménie passer par son territoire, via le gazoduc qui approvisionne tout le Caucase. Impossible de couper le robinet du gaz géorgien sans mettre Erevan dans l’embarras. Alliée stratégique de Moscou dans la région, l’Arménie n’a pas été épargnée par la nouvelle politique de Gazprom en matière de tarifs et achète désormais le gaz russe qu’elle consomme à raison de 110 dollars les 1 000 mètres cubes (contre 55 dollars précédemment).

Erevan, qui a cédé de nombreux actifs énergétiques à la Russie (notamment la propriété du gazoduc arméno-iranien en construction), a, en retour, reçu l’assurance de Gazprom que le tarif du gaz serait stable jusqu’en 2008. "Comme n’importe quel autre pays, la Géorgie peut, elle aussi, proposer ses actifs", a argué Alexandre Medvedev.

M. Medvedev n’a pas commenté l’état actuel des négociations avec Tbilissi, ni un éventuel accord sur un prix inférieur, en échange, par exemple, de la cession d’actifs par les autorités géorgiennes, notamment dans la distribution gazière. "C’est à eux de définir ce qu’ils peuvent proposer dans ces négociations", a déclaré le vice-président de Gazprom. Selon lui, le doublement des prix du gaz livré à la Géorgie en 2007 s’inscrit dans la nouvelle politique commerciale du géant gazier, selon laquelle "plus aucune ex-république (soviétique ne bénéficierait de) tarifs préférentiels" à l’avenir.

UN RÉFÉRENDUM OSSÈTE

La hausse du prix du gaz russe livré à Tbilissi intervient au moment où la Géorgie et la Russie connaissent une crise sans précédent dans leurs relations diplomatiques. Pour les autorités géorgiennes, la décision de Gazprom est donc avant tout politique. "C’est le prix que nous payons pour notre orientation pro-occidentale", a expliqué récemment le premier ministre géorgien, Zourab Nogaideli. "J’ai l’impression que nos succès en termes d’ouverture démocratique gênent beaucoup de monde en Russie et que, là-bas, certaines personnes craignent leur propagation à d’autres pays", ajoutait Gela Bejouachvili, ministre géorgien des affaires étrangères, lors d’une conférence au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) organisée en marge de sa visite officielle à Paris, le 7 novembre.

En réalité, la logique commerciale de Gazprom a ses limites. Ainsi, le géant gazier s’est attelé à la construction d’un gazoduc à destination de l’Ossétie du Sud, une région séparatiste de Géorgie qui échappe depuis la fin des années 1990 au contrôle de Tbilissi. Une fois le gazoduc (long de 163 kilomètres) achevé en 2007, les consommateurs ossètes recevront leur gaz indépendamment.

Commercialement, l’existence du gazoduc qui liera l’Ossétie du Nord (Russie) à l’Ossétie du Sud (Géorgie) ne se justifie pas. La région, essentiellement agricole, est peu peuplée et dépourvue d’industries. Non averties de cette décision, les autorités géorgiennes voient là un encouragement supplémentaire de Moscou aux séparatismes (Abkhazie, Ossétie du Sud) qui la minent.

Les travaux sur le gazoduc viennent de commencer alors que, le 12 novembre, le pouvoir ossète autoproclamé organise un référendum sur l’indépendance de la région séparatiste. Ce référendum, non reconnu par la communauté internationale, est encouragé en sous-main par Moscou, selon Tbilissi. "La Russie a joué un rôle négatif dans l’émergence de ces conflits (abkhaze et ossète) au moment de l’effondrement de l’Union soviétique. Aujourd’hui, la Russie ne semble pas intéressée par le règlement de ces crises qui, pour elle, sont des leviers d’influence sur notre pays", observe M. Bejouachvili.

Inquiet de la rhétorique antigéorgienne en vogue à Moscou, le ministre prévient toutefois que ni les sanctions ni le blocus, auxquels la Russie soumet la Géorgie depuis des semaines, "ne lui feront changer de cap" vers l’Europe ni accepter de brader son intégrité territoriale et sa souveraineté.

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