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Yves Mamou | Le Monde du 29.03.07

La Thaïlande, l’Indonésie, le Vietnam et l’Inde se rebellent contre le prix élevé des médicaments

jeudi 29 mars 2007 par Yves Mamou
Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, a apporté, lundi 26 mars, un soutien remarqué aux autorités thaïlandaises. Dans un communiqué, le ministre français a chaudement approuvé la "licence obligatoire" prise en janvier par Mongkol Na Songkha, ministre de la santé thaïlandais, qui l’autorise à importer à moindre prix des génériques du Kaletra, un médicament sous brevet commercialisé par le laboratoire américain Abbott.

"Par cette décision, la Thaïlande devient le premier pays en développement à mettre en application l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)" sur la licence obligatoire, qui donne aux pays en développement le droit de "se procurer des versions génériques de médicaments antirétroviraux, afin d’en faire baisser les prix et de soigner davantage de malades atteints du sida".

Ce soutien du gouvernement français s’ajoute aux messages de solidarité de la fondation Clinton, de 22 sénateurs américains et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). M. Douste-Blazy s’est toutefois abstenu de féliciter la Thaïlande d’avoir pris une licence obligatoire sur le Plavix, l’antithrombotique vedette du groupe français Sanofi-Aventis.

Certains groupes pharmaceutiques ne semblent pas décidés à laisser faire. Le 14 mars, en riposte à la licence obligatoire sur le Kaletra, le laboratoire américain Abbott a décidé de suspendre la procédure de commercialisation en Thaïlande de sept de ses médicaments les plus récents : l’antidouleur Brufen, l’antibiotique Abbotic, l’anticoagulant Clivarine, l’antiarthritique Humira, l’antihypertenseur Tarka, le Zemplar contre l’insuffisance rénale, et surtout la version thermo-résistante du Kaletra (Aluvia), un médicament de dernière génération contre le sida.

Dans un pays qui compte un demi-million de personnes contaminées par le VIH et où les plus pauvres n’ont pas de réfrigérateur pour protéger les médicaments de la chaleur, la décision concernant le Kaletra-Aluvia a créé une intense émotion. Le 21 mars, l’association des médecins ruraux thaïlandais a protesté contre cette "prise en otage des patients" et réclamé un boycott général de tous les médicaments commercialisés par Abbott. Médecins sans frontières, Act Up et nombre d’autres organisations non gouvernementales tentent de mobiliser les médias contre le laboratoire américain.

Face à cette mobilisation, le laboratoire américain reste de marbre. "Les médicaments déjà commercialisés par Abbott continueront d’être fournis à la Thaïlande, mais la procédure d’enregistrement sera suspendue pour les nouveaux produits. La Thaïlande ne fait pas partie des pays les plus pauvres du monde. Et ce pays doit contribuer au financement de l’innovation", indique un porte-parole de la filiale française d’Abbott.

Le conflit opposant le laboratoire américain à la Thaïlande n’est pas un cas isolé. Depuis août 2006, le suisse Novartis mène un procès contre l’Etat indien, qui refuse d’homologuer le Glivec, son médicament anticancéreux. Comme l’explique Médecins sans frontières, l’Inde a conservé dans sa législation un "garde-fou" qui donne aux laboratoires de ce pays le droit de fabriquer des génériques de médicaments brevetés partout ailleurs dans le monde.

La tension entre les laboratoires et la Thaïlande s’est élargie à la grippe aviaire. Le 22 mars, Bangkok a annoncé qu’il rejoignait l’Indonésie et refuserait désormais de mettre à la disposition de l’OMS et des fabricants de vaccins les souches de virus de la grippe aviaire. " Les laboratoires ne nous aident pas. Ils se bornent à nous faire cadeau de quelques lots de vaccins contre le H5N1 et cela s’arrête là", a indiqué le ministre de la santé thaïlandais.

En février, l’Indonésie - le pays le plus touché au monde par la grippe aviaire - avait signé avec le laboratoire Baxter un accord qui avait toutes les apparences de l’exclusivité : Jakarta fournissait ses souches de H5N1 et Baxter s’engageait en retour à fournir des vaccins en quantité suffisante et à un prix abordable. Sans prévenir, le Vietnam a lui aussi décidé de "bilatéraliser" ses relations avec les laboratoires.

Cette bilatéralisation des échanges en matière de santé a eu lieu après que les grands producteurs de vaccins ont refusé d’ouvrir des centres de production dans chaque pays d’Asie touché par la grippe aviaire. " Il est techniquement impossible de montrer des centres de production locaux. Le problème ne peut être réglé qu’au niveau politique", explique Didier Hoch, président de Sanofi-Pasteur-MSD.

Ce qui semble avoir été fait les 26 et 27 mars à Djakarta. L’OMS, réunie en conclave avec le gouvernement indonésien, a entendu le discours de Siti Fadilah Supari, ministre de la santé d’Indonésie, qui a rappelé qu’il n’était plus supportable qu’un pays fournisse gratuitement des souches de virus H5N1 pour se voir proposer en retour des vaccins à des prix inabordables.

L’Indonésie a toutefois accepté de remettre ses souches dans le giron de l’OMS. Mais en échange, si un laboratoire a une demande spécifique, alors il devra négocier directement avec le pays d’où provient l’échantillon de virus, a déclaré le ministre indonésien.

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