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Un article de Bertille Bayart paru dans le Figaro du 10 aout 2005

La campagne de Belgique enfin terminée

mercredi 10 août 2005 par Bertille Bayart

Si son offre sur la part de capital d’Electrabel qu’il ne détient pas aboutit, Suez aura enfin les mains libres en Belgique. Ce qui aura été une oeuvre de longue haleine. Il y a près de vingt ans, en 1988, le groupe français avait pourtant été accueilli à bras ouverts à Bruxelles. A l’époque, la Compagnie de Suez, un conglomérat au profil très financier, joue le chevalier blanc de la Société générale de Belgique (SGB). Pivot du capitalisme belge, celle-ci est alors menacée par une offre hostile de l’Italien Carlo de Benedetti. Avec cette opération, qui tient surtout du Meccano financier, Suez pose en fait les jalons de son avenir. En effet, en même temps qu’il acquiert la SGB, le groupe français prend position chez Tractebel, équivalent belge de Gaz de France et qui est lui-même actionnaire d’Electrabel, producteur national d’électricité. Dès lors, Suez se retrouve avec un pied dans la finance (Indosuez en France, Fortis en Belgique) et l’autre dans les services aux collectivités locales, les utilities. Entre les deux métiers, le choix sera fait en 1997, quand Suez fusionne avec la Lyonnaise des eaux. En parallèle, le groupe se désengage progressivement de toutes ses activités bancaires et financières.

Reste à Suez, présidé depuis 1995 par Gérard Mestrallet après un pustch inédit dans le capitalisme français, à structurer son nouveau métier de services en eau et énergies. Ce qui passe par la Belgique. Avec un premier combat, dès 1998, pour acquérir à 100% la SGB. Ensuite, pour s’adjuger le contrôle effectif de Tractebel dont il était pourtant actionnaire majoritaire, Suez a de nouveau livré une bataille homérique. Lors de la fusion avec la Lyonnaise des eaux, réputée concurrente de Tractebel, le français avait dû donner des gages d’indépendance à sa filiale et aux autorités belges. Outre-Quiévrain, le gouvernement s’alarmait en effet de voir le contrôle de ses grandes entreprises, et en particulier de ses institutions financières, passer sous contrôle étranger. Résultat, Suez a dû patienter jusqu’en 1999 pour être chez lui chez Tractebel. Moyennant, d’une part, une offre au prix fort, et, d’autre part, le limogeage brutal du patron de la société belge, Philippe Bodson.

L’épisode a été douloureux, la victoire savoureuse. Mais tout restait à faire en Belgique. Le groupe français bataille depuis de longues années pour contrôler Electrabel. Un fleuron, producteur national d’électricité, que la Belgique avait jusqu’ici renâclé à lui céder. Suez finit par en prendre le contrôle majoritaire, en 2003, mais il doit composer avec un management et un gouvernement d’entreprise garantissant à sa filiale un minimum d’indépendance. Ces contraintes se cumulent avec la présence au capital de Suez d’un actionnaire belge et sourcilleux, Albert Frère. L’homme d’affaires s’est imposé chez Suez dès 1996. Son soutien a été crucial pour le groupe, qu’il s’agisse de sa transformation lors de la fusion avec la Lyonnaise des eaux, ou de ses avancées en Belgique. Mais le baron belge a aussi été un interlocuteur tenace de Gérard Mestrallet. Il lui a vigoureusement réclamé des comptes quand le groupe a traversé une crise il y a trois ans. Parallèlement, l’homme d’affaires a négocié ses propres actifs dans la communication avec l’allemand Bertelsmann. Il devrait cette fois accueillir favorablement l’achèvement de la mutation de Suez vers l’énergie consacrée avec l’acquisition à 100% d’Electrabel.

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