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article paru dans le quotidien l’Humanité du 30 décembre 2004

La centrale thermique d’Albi face aux exigences financières

jeudi 30 décembre 2004 par Bruno vincent
DF veut fermer la centrale thermique d’Albi au 31 mars 2006 plutôt que de l’adapter aux normes environnementales. L’entreprise préfère-t-elle la rentabilité au service public ?

Depuis longtemps, il se murmurait que la centrale thermique d’Albi était menacée. La rumeur avait même enflé ces deux dernières années. L’annonce de la fermeture du site de production d’électricité, fin novembre, n’a donc pas surpris les soixante salariés. Elle ne les a pas convaincus non plus. Serait-il inéluctable que la centrale ne produise plus le moindre kilowatt/heure au-delà du 31 mars 2006 ? Sur place, direction et syndicat CGT développent des arguments contradictoires.

Pour EDF, la centrale tarnaise, entrée en service en 1969, tend à devenir vétuste et son adaptation aux nouvelles normes environnementales exigerait des investissements trop élevés, qui se chiffreraient en dizaines de millions d’euros. « Actuellement, nos rejets atmosphériques se situent à la limite des quantités autorisées, affirme le directeur du site, Jean-Luc Pueyo. Nos dépoussiéreurs sont vieillissants. Maintenir la centrale d’Albi aurait des répercussions sur le prix du kilowatt/heure. » Outre les poussières émises par la combustion du charbon, l’imposante cheminée dégage dans le ciel des oxydes de soufre et d’azote. La chaudière ne fonctionne cependant que 2 000 à 3 000 heures par an, largement en dessous de ses capacités.

Même en obtenant toutes les dérogations possibles au protocole de Kyoto, la centrale d’Albi ne pourra rester en service après 2015. Une date-butoir admise par les électriciens CGT, qui se refusent en revanche à voir la production s’arrêter au 31 mars 2006. Pour prolonger les emplois. Et aussi parce qu’ils considèrent que le site tarnais occupe une place stratégique dans le système de production d’électricité. « Contrairement à ce qu’affirme la direction, le Sud-Ouest n’est pas suréquipé en centrales, rétorque le syndicaliste Michel Belières. Et pour éviter les pertes d’énergie, il faut produire au plus près des lieux de consommation. » Il rappelle volontiers que, pendant la canicule 2003, alors que la sécheresse privait d’eau les centrales hydrauliques, le site d’Albi a dû interrompre sa pause estivale pour répondre à une forte poussée de la demande d’électricité. De son côté, Jean-Luc Pueyo assure qu’EDF a désormais revu et corrigé son planning d’utilisation des centrales. Sous-entendu : Albi ne serait plus indispensable, même en période de crise.

S’ils plaident pour la poursuite de l’activité, les agents EDF albigeois ne laissent pas de côté les questions environnementales. « Depuis plus de dix ans, la CGT se bat pour mettre en place un système de dépollution, renchérit même Michel Brualla. Nous avons aussi commandé une étude scientifique : elle n’a pas été prise en compte par la direction. » La CGT avait revendiqué des investissements de 6 millions d’euros pour réduire les rejets. Aujourd’hui, le syndicat estime qu’un minimum de travaux, sur le circuit air-fumée par exemple, permettrait déjà une meilleure protection de la nature. Pour Jean-Luc Pueyo, au contraire, l’ensemble de la centrale est vieillissant et changer certains de ses éléments n’aurait pas de sens.

« Sans la moindre concertation, EDF a annoncé la fin du site, se désole Roland Foissac (PCF). C’est une décision technocratique. » Le vice-président du conseil général du Tarn a toutes les raisons de se préoccuper du sort de la centrale : elle est implantée dans le canton Albi-nord-ouest, dont il est l’élu. Roland Foissac, qui rencontrait la direction le 2 décembre, a acquis la conviction qu’un vaste débat est nécessaire : « 300 emplois, directs ou induits, sont en jeu. La centrale thermique est l’un des rares fleurons industriels du secteur, après l’arrêt de l’exploitation charbonnière à Carmaux en 1997. » L’élu communiste se propose d’organiser des

réunions publiques au cours du premier trimestre 2005, où les syndicats, la direction, les usagers, les collectivités, pourraient développer leurs arguments, décider du devenir de la centrale en toute connaissance de cause.

Roland Foissac voit dans cette annonce de fermeture,

expliquée par des raisons financières, un lien avec le changement de statut d’EDF, désormais société anonyme. Le directeur, Jean-Luc Pueyo, dément : « L’arrêt de la centrale, on en parle depuis dix ans. » Selon le syndicaliste Michel Belières, EDF vise surtout à diminuer ses effectifs, afin d’améliorer la rentabilité de l’entreprise. Le sort de la centrale thermique d’Albi s’inscrit dans une logique globale.

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