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Article de Roca Moussaoui paru dans L’Humanité le 22 décembre 2006

La chancelière allemande chargée de déterrer la constitution européenne

vendredi 22 décembre 2006 par Rosa Moussaoui
Présidence . La mission de la chancelière allemande : trouver un plan B pour faire avaler la pilule constitutionnelle à des citoyens européens de plus en plus sceptiques.

Extirper la constitution européenne des limbes dans lesquels l’ont précipitée les électeurs français et néerlandais en 2005 : c’est l’obsession de la chancelière allemande conservatrice Angela Merkel. C’est aussi l’un des points clés de l’accord politique qui fonde la coalition rassemblant sociaux-démocrates et conservateurs qu’elle dirige. En janvier dernier, déjà, la chancelière exhortait ses homologues à « ne pas laisser échouer le processus constitutionnel » mais à « le réanimer au moment propice ».

Alors que l’Allemagne prend les rênes de la présidence tournante de l’Union européenne avec pour mandat de présenter avant juin 2007 les scénarios possibles pour sortir de l’impasse constitutionnelle, la chancelière allemande est plus que jamais déterminée à sauver, si ce n’est la lettre du texte controversée, du moins « sa substance ». Sa mission : relancer le débat constitutionnel, avec comme point d’orgue, en mars 2007, le cinquantenaire du traité de Rome. Un débat que la présidence française serait chargée de « boucler » en 2008.

Angela Merkel l’a répété mardi à Helsinki, conditionnant la possibilité de futurs élargissements à l’aboutissement des réformes institutionnelles. « Ceux qui plaident pour l’élargissement doivent comprendre que le traité constitutionnel européen est indispensable », a-t-elle prévenu. Son ministre des Affaires étrangères, le social-démocrate Franck Walter Steinmeier, plaide dans le même sens, jugeant dans un entretien au Monde que « la raison d’être de cette constitution est toujours la même ». Reconnaissant qu’un « doute s’est insinué parmi les populations » à la faveur du « durcissement de la concurrence mondiale », il estime que l’enjeu est « d’abord de savoir comment le processus constitutionnel en Europe peut être remis en route ». En clair, le casse-tête de d’Angela Merkel porte sur le meilleur plan B pour faire avaler aux citoyens européens la pilule constitutionnelle. Le programme de la présidence allemande revêt d’ailleurs des allures d’argumentaire de campagne en faveur du « oui ». « Le traité établissant une constitution pour l’Europe prévoit des progrès importants pour une Europe consciente de ses valeurs et empreinte de justice sociale, pour plus de droits des citoyens [...] Il rend l’Union européenne plus démocratique, plus capable d’agir, plus efficace et plus transparente », stipule ce texte.

« L’accent, précise ce programme, sera mis sur la poursuite du processus constitutionnel, sur la viabilité du modèle économique et social européen » ainsi que sur l’achèvement d’un « marché intérieur opérationnel ». Poursuite des politiques de libéralisation et réformes institutionnelles, comme dans le traité constitutionnel, ont ici partie liée, et la proposition formulée en janvier d’adjoindre à la constitution une « déclaration sociale », au demeurant non contraignante, visant à « rassurer » les citoyens n’est même plus à l’ordre du jour.

Reste un obstacle de taille, que n’ont pu jusqu’ici franchir les diverses tentatives d’exhumer cette constitution, et auxquelles Angela Merkel a prêté main-forte ces deux dernières années : le scepticisme, voire l’opposition d’une large frange des citoyens européens face aux politiques libérales qu’incarne le traité constitutionnel controversé. Un phénomène que la chancelière Merkel doit elle-même affronter, prise ces derniers jours sous le feu des critiques contre sa politique de l’emploi.

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