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Article de Yves Housson paru dans L’humanité du 13 octobre 2006

La charte d’Amiens, cent ans après

dimanche 15 octobre 2006 par Yves Housson
Syndicalisme . Lors d’une table ronde, les leaders de la CGT, la CFDT et FO réaffirment l’indépendance des syndicats vis-à-vis du politique, mais sont en désaccord sur l’unité.

Indépendance à l’égard des partis, vocation à regrouper tous les travailleurs par-delà la diversité de leurs opinions, pour mener à bien une « double besogne » : gagner des « améliorations immédiates » du sort des salariés et oeuvrer à une transformation radicale de la société... Il y a tout juste un siècle, lors de son 9e congrès, la CGT couchait noir sur blanc ces principes fondamentaux dans un texte très vite passé à la postérité sous le nom de charte d’Amiens. Que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit de la charte d’Amiens ? La question était posée, mercredi, dans le cadre d’une journée d’étude organisée par la revue d’histoire Mil neuf cent à la Bibliothèque nationale de France, aux secrétaires généraux de la CGT, la CFDT et FO. L’indépendance ? Les trois syndicats la revendiquent désormais haut et fort, tirant les leçons d’une histoire tourmentée. Il fut un temps, après la révolution russe d’Octobre, où la CGT a dû affronter une « volonté d’instrumentaliser le mouvement syndical », de « suprématie du politique sur le syndical », a rappelé Bernard Thibault. Sur ce plan, même si la question « n’est pas réglée une fois pour toutes », l’esprit de la charte est « de nouveau la boussole » des syndicalistes.

relations étroites avec le PS

Avis partagé par le patron de la CFDT, organisation qui, elle aussi, dans les années soixante-dix, entretint des relations étroites avec le PS. François Chérèque fait remarquer que les trois centrales « n’ont jamais été aussi claires » qu’aujourd’hui dans le refus de donner des consignes de vote lors des scrutins politiques. De son côté, FO, née d’une scission de la CGT en 1947 au nom de l’indépendance, mais longtemps accusée de parti pris anticommuniste, garde la charte comme « une référence », dit Jean-Claude Mailly précisant que l’indépendance s’entend aussi « vis-à-vis du patronat, des religions et des sectes ».

Second point de convergence : à la différence cette fois de la charte d’Amiens qui esquissait un projet de rupture et affirmait l’idée que le syndicat pouvait « suffire à tout », les trois centrales ne se veulent pas « porteuses d’un projet de société », tel « un horizon achevé à cibler », selon les mots de Bernard Thibault. Ce qui ne les empêche pas d’avoir « l’ambition d’intervenir pour transformer la société ».

un syndicalisme « unifié »

La charte, contrairement à une interprétation fréquente, ne se résume pas à son chapitre sur l’indépendance ; elle exprime aussi l’idée d’un syndicalisme certes traversé par des tendances diverses, mais « unifié », rappelait l’historien Jacques Julliard, animateur de la table ronde. Quid aujourd’hui de l’unité ? Sur ce plan, « le syndicalisme français n’a pas su garantir l’esprit de la charte au fil du temps », constate le leader de la CGT. Si les débats entre syndicalistes sont « normaux » sur la meilleure manière de construire un rapport de forces, observe-t-il, « le problème, c’est que, chaque fois qu’il y a divergences, cela débouche sur des clivages, des scissions, et finalement une dispersion ». « Pluralisme des idées, des approches syndicales, oui, mais ça ne veut pas forcément dire juxtaposition d’une multitude d’organisations ! », lance Bernard Thibault. Et de plaider pour de nouvelles procédures démocratiques dans la conduite de l’action, afin d’éviter, lors de négociations par exemple, la « division systématique ». Point de vue partiellement repris par François Chérèque, réclamant un nouveau mode de validation des accords, basé non plus sur « le principe d’opposition », mais sur « une majorité d’engagement », pour favoriser le travail en commun des syndicats. Mais tonalité différente dans la bouche de Jean-Claude Mailly, pour qui le pluralisme, s’il n’est « pas un objectif en soi », semble indépassable, le leader de FO limitant sa perspective à la recherche de « l’unité d’action sur des bases claires ».

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