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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde le 27 décembre 2005

La concurrence commence à s’intensifier dans la production d’électricité en France

mardi 27 décembre 2005 par Jean-Michel Bezat

EDF a longtemps exercé un quasi-monopole de fait sur la production d’électricité en France. La donne a changé à la veille de l’ouverture complète du marché de l’énergie, prévue le 1er juillet 2007, et l’apparition de sous-capacités durant certaines périodes de pointe.

Depuis quelques mois, les nouveaux entrants (Gaz de France, Poweo) ou les groupes présents de longue date dans l’Hexagone (Suez, SNET) multiplient les annonces de projets de centrales qui seront toutes alimentées au gaz, un hydrocarbure en plein développement grâce à la construction de nouveaux gazoducs et à l’essor du gaz naturel liquéfié (GNL). EDF a d’ailleurs prévu de remettre en service des centrales thermiques à l’arrêt et d’en construire de nouvelles, décidée à ne pas se faire contester sa place de numéro un.

Jusqu’à présent discret sur le sujet, le PDG de Gaz de France, Jean-François Cirelli, a récemment annoncé la mise en chantier, dans les années à venir de deux centrales à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), les deux terminaux d’arrivée du gaz vendu par GDF complétant la production de l’unité de Dunkerque. L’objectif est de prendre, à terme, des centaines de milliers de clients à EDF, voire plus.

Poweo ne veut plus limiter ses ambitions à la vente de courant produit par d’autres. La société de Charles Beigbeder a confié à Siemens la construction, pour 180 millions d’euros, d’une centrale qui doit être mise en service mi-2008 à Pont-sur-Sambre (Nord). Et d’autres projets sont dans les cartons, assurent ses dirigeants.

Il y a plusieurs mois que Suez, premier exploitant mondial de centrales à turbines à gaz, a annoncé ses projets de développement dans l’électricité. Il a prévu d’allouer 1 milliard d’euros supplémentaire dans les prochaines années pour renforcer ses capacités de production en France, avec l’objectif d’avoir à moyen terme 15 % de part de marché (8 % actuellement). Quant à la Société nationale d’électricité et de thermique (SNET), détenue à 65 % par l’espagnol Endesa, elle a annoncé, en février, un accroissement de 2 000 MW de sa capacité installée dans les centrales à gaz.

Pourquoi tant de projets ? En Europe, "le rapport investissements sur chiffre d’affaires décroît régulièrement, il est passé de 10,3 % en 1998 à 5,5 % en 2004", note Colette Lewiner, directeur international du secteur énergie chez Capgemini, dans le dernier Observatoire européen des marchés de l’énergie, élaboré avec la Société générale. Au moment où l’Union européenne commence à s’inquiéter de la sécurité des approvisionnements, ajoute-t-elle, "cela milite pour une relance des investissements, notamment de production".

Les capacités d’investissement retrouvées des grands groupes énergétiques, recentrés sur leur métier de base et l’Europe, y contribuent. Cette politique coïncide avec la fin d’une période où certains pays, notamment la France, bénéficiaient de capacités de production excédentaires. RTE, filiale d’EDF qui gère le réseau de lignes à haute tension, a prévenu que la France aura besoin de 1 000 MW par an de 2008 à 2012 pour répondre à une demande croissante et à des pointes de consommation, comme celle de la fin de l’hiver 2005.

VOLATILITÉ DES PRIX

Mais la principale raison de ces investissements demeure le souci des fournisseurs de "se prémunir contre la volatilité des prix, notamment en période de pointe", analyse-on chez Capgemini. Poweo constate aussi que les prix de l’électricité sur le marché de gros augmentent et qu’il devient essentiel d’investir dans la production pour disposer de ses propres capacités de production. Un frein au développement des centrales au gaz a été levé dans la loi de finances rectificative 2005 : conformément à une directive européenne, les producteurs d’électricité à partir du gaz seront exonérés, à compter de 2008, de la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel. Reste la taxe sur le CO2 pesant aussi sur les investissements, qui n’existe ni en Allemagne ni au Benelux. Elle pourrait être levée. Ces deux taxes renchérissent le coût de l’électricité d’environ 9 euros par MWh (sur environ 45 euros).

Moins longues à mettre en service et mieux acceptées par l’opinion que les réacteurs nucléaires, qui fournissent le courant "de base", les centrales au gaz vont se développer. La consommation de gaz va presque doubler d’ici à 2030, d’abord tirée par la production d’électricité à partir de cet hydrocarbure, prévoit l’Agence internationale de l’énergie.

Dans l’Union, sa part dans la production de courant passerait de 15 % en 2002 à 35 % en 2030 (y compris l’hydrogène à base de gaz) à un rythme annuel de 3,7 %. En France, cela ne remet pas en cause le choix de l’électronucléaire comme pierre angulaire du système énergétique, réaffirmé dans la loi d’orientation sur l’énergie, votée en juillet.

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