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Hervé Kempf | le Monde le 13.12.2008

La conférence de l’ONU avance, sans conclure, sur le financement

samedi 13 décembre 2008 par Hervé Kempf

La conférence des Nations unies sur le climat s’est achevée dans une ambiance acrimonieuse, à 3 heures du matin, samedi 13 décembre : la discussion, qui s’est cristallisée sur le financement de la lutte contre le changement climatique, a conduit à une épreuve de force entre l’Union européenne et les pays du Sud regroupés dans le G77. Sur un point majeur, l’accord n’a pu être trouvé. Le débat a pointé ce qui sera au cœur du traité qui doit être adopté à Copenhague fin 2009, pour prendre la suite du protocole de Kyoto : qui paiera le prix du changement climatique ? Tout est parti du fonds d’adaptation. Celui-ci doit financer des actions dans les pays pauvres confrontés au réchauffement global. Il doit être financé par un prélèvement de 2 % sur les recettes tirées du mécanisme de développement propre (MDP) – un dispositif qui permet à des pays du Nord de réaliser des actions de réduction des émissions dans les pays du Sud en échange de "crédits de CO2".

Deux questions se sont posées. D’abord, les pays du Sud peuvent-ils avoir un "accès direct" au fonds, c’est-à-dire disposer des sommes nécessaires à leurs projets sans passer par un intermédiaire tel que la Banque mondiale ? Non, disait l’Union européenne (UE), par crainte que l’argent disparaisse dans le budget des Etats sans contrôle de son bon emploi. Si, insistaient les pays du Sud, jugeant, d’une part, que cette ressource ne relève pas de la traditionnelle aide publique et, d’autre part, que le manque de confiance est injustifié. Finalement, ils l’ont emporté : les pays auront un accès direct au fonds.

Ensuite, les pays du Sud demandaient que le prélèvement de 2 % ne porte pas seulement sur les recettes du MDP, mais aussi sur le marché du carbone. Cela signifierait un changement d’échelle : de quelques centaines de millions d’euros dans un cas à plusieurs dizaines de milliards dans l’autre. Les pays du Sud insistaient sur le fait qu’ils sont déjà et seront de plus en plus les victimes du changement climatique. Un phénomène dont ils ne sont pas responsables, disent-ils, puisqu’il découle de l’essor industriel des pays occidentaux et du Japon dans les deux siècles précédents, et encore largement de leur activité présente. Ne doivent-ils pas dégager des sommes importantes pour aider les pays du Sud ? L’UE a refusé de céder, jugeant que cette question essentielle doit être réglée dans le cadre du traité global qui sera négocié à Copenhague. La partie s’est achevée sur ce désaccord.

Le rôle confirmé des pays du Sud Le débat sur le financement s’est aussi introduit avec le "paquet énergie-climat" adopté par l’UE. L’accord conclu à Bruxelles a été froidement accueilli à Poznan, quand il est apparu qu’il ne prévoyait pas clairement un transfert vers les pays du G77. L’Union européenne a expliqué qu’elle déciderait en mars2009 la proportion des fonds issus du paquet qui seront affectés aux pays du Sud.

La réunion de Poznan a en tout cas montré à un degré jamais atteint que les pays en développement sont des acteurs de plain-pied de la négociation climatique. Ils ont pris pleinement conscience de la réalité du changement climatique, dont beaucoup constatent maintenant les effets. Et, tout en lançant chez eux des politiques de lutte qui ne sont pas négligeables, ils participent activement aux négociations, lançant des propositions concrètes sur de nombreux dossiers importants.

La Chine, en particulier, s’affirme comme un leader reconnu, combinant des traits communs aux pays sous-développés et une puissance qui lui permet d’établir avec les pays du Nord une relation d’égal à égal. Quand les Etats-Unis reviendront à la table de la discussion, en 2009, sa relation avec la Chine déterminera la forme du futur et grand traité climatique.


Le financement au coeur des négociations sur le climat

On a rarement vu conférence des Nations unies sur le changement climatique aussi paisible. Celle qui se tient à Poznan jusqu’au 12 décembre se singularise par son absence d’enjeu : on attend Barack Obama, l’Europe... Les Etats-Unis ne sont pas vraiment présents, avant la mise en place de la nouvelle administration. Les Vingt-Sept sont occupés à mettre au point leur "paquet climat-énergie".

Le débat a pointé ce qui sera au cœur du traité qui doit être adopté à Copenhague fin 2009, pour prendre la suite du protocole de Kyoto : qui paiera le prix du changement climatique ? Tout est parti du fonds d’adaptation.

Les diplomates ont cependant trouvé à employer leur énergie. Ils se focalisent sur le Fonds d’adaptation, censé fournir des moyens aux pays pauvres de parer aux effets du réchauffement. Ce fonds doit être abondé par un prélèvement de 2 % sur les recettes provenant des projets du Mécanisme de développement propre (MDP) : ce dispositif permet à un pays riche de mener des opérations dans un pays pauvre économisant des émissions de gaz à effet de serre et de se voir créditer des "tonnes de carbone évitées".

Le MDP commence à fonctionner régulièrement, et plus de mille projets sont validés chaque année. Mais les règles d’utilisation de l’argent dans le Fonds d’adaptation - il pourrait s’agir de 70 millions de dollars en 2009 -, suscitent de vives discussions. Les pays développés veulent s’assurer de sa bonne gestion.

Le débat n’est ésotérique qu’en apparence : il met le doigt sur ce qui sera une pièce clé de l’accord mondial qui devra être trouvé à Copenhague fin 2009, c’est-à-dire sur le transfert que devront opérer les pays riches, considérés comme responsables du changement climatique, vers les pays en développement, jugés victimes. Sans ce transfert, pas d’accord imaginable. Un rapport du secrétariat de la Convention sur le changement climatique a évalué le niveau des investissements pour stabiliser les émissions mondiales à 200 milliards de dollars par an.

Au-delà du Fonds d’adaptation, plusieurs idées sont avancées. D’abord, tous les pays contribueraient à un fonds par un prélèvement calculé selon un barème prenant en compte le volume de leurs émissions, leur produit intérieur brut (proposition mexicaine). Les Suisses proposent une taxe globale de 2 dollars par tonne de CO2 pour tous les pays qui ont un niveau d’émission par habitant supérieur à 1,5 tonne de CO2.

Côté norvégien, on imagine que chaque pays verse 2 % sur le volume des émissions qu’il est autorisé à émettre sur la période d’engagement. On vendrait les 2 % de ces tonnes sur le marché du carbone, et le produit de cette vente abonderait le Fonds.

Enfin, l’éco-équité suggère que tout Terrien gagnant plus qu’un "seuil de développement", proche du RMI français, contribue pour réduire les émissions. Ainsi, les classes riches et moyennes des pays du Sud participent aussi à l’effort.

Ces propositions permettent, d’une part, de réintroduire l’idée d’une taxe, en combinaison ou non avec le marché du carbone. Celui-ci n’est plus considéré comme le moyen idéal pour résoudre le problème. D’autre part, elles impliquent les pays émergents, pour sortir du clivage Nord-Sud de plus en plus artificiel à mesure que plusieurs pays du Sud parviennent à un niveau de richesse notable. Ce n’est pas "le Nord", mais plutôt les consommateurs aisés de la planète qui supporteraient le poids de la transition climatique.


Pas d’accord "détaillé" à Copenhague, prévient l’ONU

L’accord sur le climat que la communauté internationale doit atteindre à Copenhague, dans un an, pour enrayer le changement climatique, ne sera pas "détaillé", a averti, mardi, le patron de l’ONU pour le changement climatique, Yvo de Boer. Il a laissé entendre que la réunion ministérielle à Poznan pourrait décider d’une rencontre internationale avant l’échéance de décembre 2009. "L’essentiel à Copenhague, estime-t-il, est d’avoir de la clarté sur les engagements (de réduction des émissions de gaz à effet de serre), sur le financement et sur les institutions (...) pour qu’ensuite il n’y ait plus des négociations sur les points fondamentaux." - (AFP.)


La Chine s’affirme dans la lutte contre le réchauffement

"Désappointé" : le mot de Yu Qingtai, l’ambassadeur de la Chine pour le climat, lâché lors de la conférence des Nations unies qui doit s’achever samedi 13 décembre à Poznan (Pologne), a fait mouche parmi les quelque 9 500 participants. Les discussions s’engluent, risquant de conduire à un texte en retrait sur le "Plan d’action de Bali" adopté en décembre 2007. "Plusieurs pays riches se préparent à échapper à leurs promesses lors du sommet de Copenhague", a déclaré Yu Qingtai à l’agence Reuters.

La conférence de Copenhague, en décembre 2009, doit décider de la suite du protocole de Kyoto. En cercle restreint, l’expression est moins châtiée : selon un diplomate européen, le délégué chinois a qualifié jeudi soir, durant la séance de négociation, de "déchet" ("garbage") le projet de texte présenté par la présidence polonaise de la conférence.

La position de la Chine s’exprime d’autant mieux à Poznan que l’Europe et les Etats-Unis y font profil bas. Mais son assurance découle aussi du fait que Pékin peut arguer d’une politique effective contre le changement climatique. Depuis 2005, le gouvernement a adopté plusieurs lois visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre : sur la production industrielle, sur les énergies renouvelables, sur l’efficacité énergétique. Le groupe pour lutter contre le changement climatique est dirigé par le premier ministre lui-même, Wen Jiabao, et a été porté, en 2007, au rang de vice-ministère. L’effort de reforestation se continue.

Les résultats sont là : l’objectif très ambitieux d’améliorer l’efficacité énergétique (4 % par an entre 2006 et 2010) est presque atteint (3,7 % en 2007, 3,5 % annoncés pour 2008) ; des centrales thermiques polluantes ont été fermées (pour une capacité de 14 gigawatts en 2007, soit l’équivalent de quatorze réacteurs nucléaires), ainsi que des aciéries et des cimenteries polluantes ; le parc éolien atteint dix gigawatts. La volonté politique est incontestable, même si elle rencontre des obstacles : "Les objectifs ne sont pas complètement acceptés sur le plan local, observe Li Yan, de Greenpeace Chine. La mission principale des autorités locales est d’atteindre un taux élevé de croissance économique, ce qui concurrence l’objectif d’économiser l’énergie dans l’industrie."

QUOTA PAR HABITANT

Par l’intermédiaire de ses chercheurs, la Chine introduit aussi sur la table des négociations, quoique non officiellement, des idées nouvelles sur les objectifs de réduction à atteindre par les différents pays. Pan Jiahua, de l’Académie chinoise des sciences sociales, a ainsi présenté, lors d’un atelier à Poznan, une "proposition de budget de carbone". Le chercheur a calculé le total des émissions de carbone de la planète entre 1900 et 2050, en considérant qu’à ce terme, l’humanité devrait avoir divisé par deux ses émissions par rapport à la situation actuelle. Cela conduit à un quota par habitant de la planète de 2,33 tonnes de CO2. Les pays occidentaux - les Etats-Unis atteignent dans ce calcul 20 tonnes par habitant - devraient transférer une grande quantité de "budget carbone" aux pays du Sud. M. Pan a souligné que son modèle ne favorise pas particulièrement la Chine (dont chaque habitant émet aujourd’hui environ 4 tonnes de CO2 par an), qui se trouve de fait dans une situation où elle doit limiter ses émissions.

"Les pays riches ont pu se développer dans le passé, émettant ainsi beaucoup, commente Hou Yan, du WWF Chine. Mais pouvons-nous consommer autant d’énergie que vous l’avez fait ? Non, parce qu’il n’y a plus assez de place pour davantage de carbone." La position officielle est ainsi exprimée par le ministre Xie Zhenhua, en séance plénière le 11 décembre : "La Chine continuera ses efforts pour changer son modèle de développement et développer une économie à bas niveau de carbone." Cela passe par des technologies modernes : pour assumer leur responsabilité historique, les pays développés doivent "soutenir les pays en développement par des ressources financières et du transfert de technologie". La Chine agit, au Nord de bouger, dit-elle en substance.


Le Mexique veut réduire de moitié ses émissions

Le Mexique a l’intention de diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici à 2050 par rapport à leurs niveaux de 2002, a annoncé, jeudi 11 décembre, son vice-ministre de l’environnement, Fernando Tudela, lors de la conférence de Poznan. Cet objectif "volontaire et non contraignant" nécessitera des mesures sectorielles, en particulier pour les cimenteries et les raffineries de pétrole. M. Tudela a souligné que l’efficacité de ce plan dépendrait largement du soutien financier de la communauté internationale. "Nous avons besoin d’un financement stable, nous ne pouvons dépendre de donations ou de mécanismes de développement propre" prévus par le protocole de Kyoto, a-t-il souligné, ajoutant que "le fait d’être un pays en développement n’était pas une raison pour attendre des résultats (sur le climat) sans agir". - (AFP.)

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