Liste des auteurs

Un article de Pierre-Antoine Delhommais paru dans Le Monde daté du 5 juillet 2005

La consommation d’énergie augmentera moins vite que la croissance mondiale dans les prochaines décennies

mardi 5 juillet 2005 par Pierre-Antoine Delhommais

e boom économique que connaissent la Chine, l’Inde et d’autres grands pays émergents ne risque-t-il pas d’entraîner une pénurie des ressources énergétiques ? Et, par là même, de provoquer une flambée des cours ? Ce sont quelques-unes des questions qu’abordent les économistes du Crédit agricole dans une étude, qu’ils viennent de publier, consacrée aux perspectives énergétiques mondiales.

Selon leur estimation, la facture énergétique mondiale s’est élevée à 2 800 milliards de dollars en 2004 (2 344 milliards d’euros), soit 8 % du produit intérieur brut de la planète (PIB). Et elle devrait continuer à s’alourdir régulièrement dans les quinze prochaines années. "La consommation d’énergie dans le monde progresse d’environ 2 % l’an et conservera ce rythme à l’horizon 2020" , prévoient les économistes.

Ce rythme serait toutefois nettement inférieur à celui de la croissance mondiale (3,5 %) en raison de la diminution continue de l’intensité énergétique de cette croissance, fondée sur le développement des services, sur celui des industries légères et sur une utilisation plus efficace de l’énergie. Alors qu’en 1971 l’économie mondiale consommait l’équivalent de 560 litres de pétrole pour produire 1 000 dollars de PIB, elle n’en utilisait que 380 en 2002, un chiffre qui tomberait à 300 en 2020.

Les auteurs rappellent les grosses disparités qui existent aujourd’hui en matière d’efficacité énergétique, la Chine ayant besoin de 1 150 litres d’équivalent pétrole (pour 1 000 dollars de PIB), contre 330 litres pour l’Amérique du Nord et 180 litres seulement pour l’Union européenne.

"Première source d’énergie primaire ­ 35 % en 2003 ­, le pétrole conservera sa place dominante dans les prochaines décennies , pronostiquent les experts du Crédit agricole. Il est en effet difficilement substituable dans sa principale application, le transport, qui représente plus de la moitié des volumes consommés." La demande mondiale de pétrole passerait de 77 millions à 107 millions de barils par jour.

La consommation de charbon augmenterait d’un peu moins de 2 % et celle d’énergie nucléaire de 1 %. De toutes les énergies, c’est le gaz naturel qui bénéficierait de la progression la plus soutenue (2,5 % à 3 % l’an), "en raison surtout de son importance dans les nouvelles centrales électriques et de son impact sur l’environnement, moindre que celui des autres combustibles fossiles" .

"TENSIONS RÉGIONALES"

La hausse de la consommation d’énergie "conduira à l’épuisement de certaines sources d’approvisionnement et à la mise en exploitation de nouvelles ressources, souvent situées loin des zones de consommation" , soulignent les économistes du Crédit agricole. Aujourd’hui, 50 % de la production pétrolière mondiale sont consommés hors des zones de production. Les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui utilisent plus de 60 % du pétrole mondial, importent 55 % de leurs besoins. Le Japon en importe 99 %, les Etats-Unis plus de 60 % et l’Europe plus de 50 %.

La Chine et l’Inde, qui consomment 10 % du pétrole mondial, importent respectivement 45 % et 70 % de leurs besoins. A l’opposé, le Moyen-Orient exporte plus de 80 % de sa production, l’Afrique et la Russie (avec les membres de la Fédération) plus de 65 %, l’Amérique latine plus de 20 %.

"Ces déséquilibres vont s’accentuer à l’horizon 2015 : la part des importations des pays de l’OCDE dépassera 60 % et même 70 % pour les seuls Etats-Unis. Elle atteindra 60 % pour la Chine et sera supérieure à 70 % pour l’Inde. On peut anticiper, au cours de la prochaine décennie, de fortes tensions régionales, en particulier une vive concurrence entre les Etats-Unis et la Chine pour préempter les capacités d’exportation de l’Afrique, de la Russie et surtout du Moyen-Orient."

Pour les investissements dans de nouvelles capacités de production, 500 milliards de dollars devraient être consacrés par an à l’énergie d’ici à 2020, le pétrole et le gaz représentant à eux seuls 40 % de ce total.

Si l’on ajoute à cela les coûts liés au développement des infrastructures de transports, à la protection de l’environnement, mais aussi la raréfaction d’une ressource de plus en plus difficile à extraire et de plus en plus éloignée du lieu de consommation, "le maintien de prix élevés à moyen terme constitue le scénario le plus probable" , estiment les experts du Crédit agricole.

"A plus long terme, au-delà de 2050, il est quasiment impossible de prévoir l’évolution des prix de l’énergie, tant il est difficile d’évaluer la dynamique du réchauffement planétaire et le rythme de la mise au point de nouvelles technologies."

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !