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Un article de Pierre-Antoine Delhommais paru dans Le Monde du 21 janvier 2006

La consommation des Français donne des signes d’essoufflement

samedi 21 janvier 2006 par Pierre-Antoine Delhommais

L’appétit de consommation des Français est-il en train de fléchir ? Selon les statistiques publiées, vendredi 20 janvier, par l’Insee, la consommation des ménages en produits manufacturés a reculé de 1 % en décembre en France. Sur un an, elle affiche toutefois une progression, mais celle-ci est modeste : 1,4 %

"La consommation est une valeur sûre pour notre économie", s’était pourtant félicité, mardi, le ministre de l’économie et des finances, Thierry Breton, en présentant ses voeux à la presse. Depuis 2003, la consommation est le principal moteur de la croissance économique française, les investissements étant amorphes et le commerce extérieur se dégradant fortement, comme le souligne un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) qui sera prochainement remis au premier ministre et dont le contenu a été révélé, vendredi, par Les Echos.

Par rapport à ses principaux voisins, la France a longtemps fait figure d’exception en matière de consommation. En Allemagne, où les exportations atteignent des niveaux records, la consommation des ménages est anémique. En volume, elle pourrait même avoir reculé de 0,2 % en 2005.

C’est aussi le cas en Italie. Il faut aller en Espagne (+ 4,2 %), dans les pays scandinaves (+ 4,4 % au Danemark, + 3,6 % en Norvège) et bien sûr aux Etats-Unis (+3,5 %) pour trouver des ménages plus enclins à la dépense.

Au cours des dernières années, la consommation des ménages français a bénéficié de mesures fiscales spécifiques, comme celles favorisant les donations, mais elle a surtout été soutenue par la baisse du taux d’épargne et le recours à l’endettement.

"La consommation ne doit son relatif dynamisme qu’aux ponctions effectuées sur l’épargne, notent les économistes de HSBC. Le taux d’épargne des ménages a perdu plus de deux points en trois ans", revenant de 17,7 % à 15,3 %.

Les économistes de la Société générale n’anticipent pas un nouveau recul de l’épargne en raison de la détérioration attendue du marché de l’immobilier et du mouvement de hausse des taux d’intérêt.

"Une part grandissante des crédits à l’habitat a été consentie à taux variable dans un contexte d’allongement des durées des prêts et de montée du taux d’endettement et des prix, expliquent-ils. La dégradation de la solvabilité des ménages s’accentuera, ce qui entraînera un ralentissement graduel de la consommation."

D’autres experts se demandent aussi si l’opération de communication lancée par le gouvernement pour souligner la gravité de la situation des finances publiques ne risque pas d’avoir un impact négatif. Devant un tableau aussi noir, les ménages pourraient être tentés de constituer une épargne de précaution.

Marc Touati, économiste chez Natexis Banques populaires, s’inquiète pour sa part de "l’endettement de plus en plus dangereux" auquel ont recours les Français pour assurer leurs dépenses. L’endettement des ménages atteint 64 % du revenu disponible, un record historique.

"Pour assurer une véritable dynamique positive de la consommation, il devient nécessaire, après trois années de baisse de l’épargne, que d’autres éléments prennent le relais, en particulier le pouvoir d’achat", notent les analystes d’HSBC.

Sur ce front, les choses ont commencé à évoluer favorablement en 2005, même si les Français ne semblent guère l’avoir ressenti. Le pouvoir d’achat a progressé de 0,6 % au troisième trimestre et devrait avoir augmenté de 1,9 % en 2005. Pour 2006, les économistes s’attendent à une augmentation supérieure à 2 %.

Plusieurs facteurs devraient stimuler le pouvoir d’achat global des ménages. Les pressions inflationnistes pourraient diminuer et la baisse du chômage devrait se poursuivre. "La meilleure orientation du marché du travail devrait soutenir davantage le revenu disponible", soulignent les économistes d’HSBC. Les analystes d’Aurel Leven espèrent aussi "un léger frémissement sur les salaires", qui ont progressé de 2,8 % en 2005. "La consommation restera solide mais sans accélération très marquée", prévoient-ils.

Aucun économiste n’anticipe un boom de la consommation, "à l’américaine", en France en 2006. Pour les experts d’HSBC, "les gains de pouvoir d’achat devraient repasser au-delà de 2 % en 2006 pour la première fois depuis 2002. Ce sera plus favorable dans l’optique d’une accélération des dépenses mais reste modeste".

La formation d’un cycle vertueux sur la consommation ne pourrait provenir que d’une amélioration sensible de la confiance des Français. Or, celle-ci fait toujours défaut. Si le moral des ménages a légèrement remonté lors du mois de décembre, il reste à des niveaux historiquement bas.

Dans ces conditions, comme le prouve le chiffre de décembre, la consommation des ménages et la croissance économique française dans son ensemble continuent d’être éminemment fragiles.


CHIFFRES

BIENS DURABLES. Les achats des ménages en automobile ont continué de croître en décembre (+ 1,1 %), après un bon mois de novembre (+ 1,6 %). Dans les biens d’équipement et de logement, la consommation est repartie à la hausse en décembre (+ 1,7 %) après une baisse en novembre (- 0,7 %). Sur le quatrième trimestre, les dépenses en biens durables ont augmenté de 1,2 %.

DÉPENSES DE CONSOMMATION. Le secteur du textile-cuir a souffert en décembre avec une chute de 4,1 % des dépenses, alors que celles-ci avaient rebondi en novembre (+ 4 %). Les autres produits manufacturés terminent l’année sur deux baisses successives : - 1,5 % en décembre, après - 0,6 % en novembre. Sur le quatrième trimestre, les dépenses restent orientées à la hausse (+ 0,3 %).

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