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Le Monde le 2 février 2007 | Joëlle Stolz

La "crise de la tortilla" fait descendre les Mexicains dans la rue

vendredi 2 février 2007 par Joëlle Stolz
A pied, en camionnette et même parfois à cheval, 75 000 manifestants ont défilé dans les rues de Mexico, mercredi 31 janvier, pour protester contre la hausse incontrôlée du prix de la tortilla, la galette de maïs qui est le pain quotidien des plus pauvres, et réclamer la "souveraineté alimentaire". "Tortilla oui, PAN non !", criait la foule, en jouant sur les initiales du Parti d’action nationale, la droite au pouvoir, dont les initiales signifient "pain" en espagnol.

"Sans maïs, il n’y a plus de pays", proclament les banderoles du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), dont le candidat malheureux à l’élection présidentielle, Andres Manuel Lopez Obrador, en perte de vitesse, espère se raccrocher à la mobilisation populaire.

A cause de spéculations sur les marchés mexicain et nord-américain, le prix de la galette de maïs a augmenté en deux mois de 40 % à 100 %, passant de 7 pesos le kilo à 10, 12, voire 14 pesos le kilo, suivant les régions et les coûts de transport, alors que le salaire minimum est établi à 50,5 pesos par jour. Les foyers les plus pauvres dépensent en moyenne 9 % de leurs revenus pour acheter l’indispensable tortilla. Le lait, les oeufs, le sucre et le poulet, qui forment la base de l’alimentation des 104 millions de Mexicains, ont suivi à la hausse. Les syndicats estiment que le pouvoir d’achat a chuté de 18 %.

La crise de la tortilla a pris de court le président Felipe Calderon (droite). Elle cristallise le malaise envers l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) conclu en 1994 avec les Etats-Unis et le Canada, qui prévoit, en 2008, la levée des dernières barrières douanières sur des produits "sensibles", tels que le maïs, les haricots ou la canne à sucre.

Le gouvernement a annoncé des importations supplémentaires et conclu, le 18 janvier, un accord avec les industriels du secteur afin de maintenir le prix de la tortilla au seuil de 8,5 pesos le kilo. Dans bien des cas, cette limite n’est pas respectée, reconnaît Lorenzo Mejia, président de l’Union nationale des meuniers et fabricants de tortilla. Le Mexique produit 19 millions de tonnes de maïs par an (et doit en importer 6 à 7 millions de tonnes pour l’alimentation), mais sur des exploitations de petite taille, avec des rendements d’à peine 2 tonnes par hectare, soit cinq fois moins qu’aux Etats-Unis. Pour les industriels, il est souvent plus avantageux d’acheter le maïs venu de l’autre côté du Rio Grande, soutenu par des subventions américaines "quasiment non modifiables pour des raisons de politique intérieure américaine", selon l’économiste Carlos Heredia. De surcroît, le président George Bush veut développer les énergies alternatives au pétrole, des bio-carburants comme l’éthanol, ce qui a fait monter en flèche la demande de maïs.

L’opinion montre du doigt les entreprises multinationales Gruman et Cargill, ou la mexicaine Maseca, qui disposent de stocks et manipulent le marché. Le ministre de l’agriculture admet que la spéculation a précipité la crise actuelle. "Le gouvernement pourrait agir sur les prix en disposant de ces stocks, et en se réservant la possibilité d’acheter sur le marché international, affirme Victor Suarez, directeur de l’association des entreprises qui commercialisent les produits agricoles. Mais ce serait mettre en cause le dogme néolibéral."

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