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Maguy Day | Le Monde le 09.09.07

La crise financière se propage à l’économie américaine

dimanche 9 septembre 2007 par Maguy Day

C’est le premier signe tangible de la contamination à l’économie américaine de la crise financière. En août, pour la première fois depuis août 2003, le solde mensuel des créations d’emplois aux Etats-Unis a été négatif. Quelque 4000 emplois ont été détruits par rapport à juillet, selon les chiffres publiés, vendredi 7 septembre, par le département du travail américain, alors que les analystes attendaient la création de 110 000 emplois.

Le secteur de l’industrie a été le plus touché avec 46 000 emplois supprimés, suivi par celui du bâtiment avec 22 000 postes détruits et une contraction de 28 000 postes dans la fonction publique, partiellement compensées par les créations d’emplois dans le secteur tertiaire et celui de l’éducation et de la santé.

Le secteur des services marque un net essoufflement avec à peine 60 000 emplois créés. Et encore, ce chiffre, issu d’enquêtes d’opinions effectuées entre le 12 et le 18 août, au début de l’orage qui a secoué les places financières, n’intègre que très partiellement les réductions d’effectifs importantes qui ont commencé dans le secteur financier. Au total, 35 000 emplois y auraient été supprimés en août.

Le département du travail américain a, par ailleurs, révisé à la baisse de 81 000 postes les créations d’emplois des mois de juin et juillet qui se sont respectivement élevées à 69 000 et 68 000. Les économistes estiment qu’entre 110 000 et 140 000 nouveaux postes par mois sont nécessaires pour absorber l’augmentation de la population active.

La faiblesse du marché du travail devrait se poursuivre ces prochains mois. "Cette mauvaise surprise, due notamment à la contraction de l’emploi dans les secteurs manufacturier et public, ne témoigne pas encore pleinement des conséquences sur l’emploi de la crise de l’immobilier, sans compter les mauvaises surprises à attendre aussi du côté du secteur des services financiers", a précisé Jean-Marc Lucas, de BNP Paribas.

Dans le secteur financier, le pire est à venir. Countrywide Financial, leader américain des prêts hypothécaires, a ainsi annoncé, vendredi, son intention de supprimer 12 000 emplois dans les prochains mois. La veille, la banque Lehman Brothers annonçait 850 licenciements. Et, sur le marché de la construction, qui ne donne pas de signe d’amélioration, les effectifs n’ont pas encore été réduits de façon significative.

CRAINTE D’UNE RÉCESSION

Le taux de chômage est pourtant resté stable en août à 4,6 %, en raison d’une baisse quasiment équivalente de la population active et de l’emploi. De son côté, le taux de salaire horaire a progressé de 0,3% an août, à 17,50 dollars, soit une hausse de 3,9 % sur un an.

Le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson se veut optimiste. "Ce que nous vivons sur le marché du crédit a la capacité de pénaliser la croissance, mais l’économie va continuer à croître dans la seconde moitié de l’année. (...) nous avons une économie où l’inflation est maîtrisée, où les salaires progressent en termes réels, où la demande extérieure est forte", a-t-il déclaré, vendredi, à la télévision financière Bloomberg TV.

Les économistes ne partagent pas tous cet avis. "Ces chiffres changent la donne. Le déclin de l’emploi manufacturier est bien plus important que ce que l’on imaginait. La probabilité d’une récession a nettement augmenté", estime John Silvia, économiste en chef à la banque Wachovia. Un marché de l’emploi et des salaires dynamiques sont indispensables au soutien de la consommation des ménages américains, premier moteur de la croissance américaine qui a atteint 4 % au deuxième trimestre, après un anémique 0,6 % au premier trimestre."Les perspectives économiques sont aussi incertaines que possibles", souligne Paul Sheard, de la banque lehman Brothers, évaluant à 30 % les risques de récession.

Seul motif de réconfort, les investisseurs jugent désormais acquise une baisse des taux de la Réserve Fédérale (Fed) lors de sa prochaine réunion du 18 septembre. Elle pourrait réduire son principal taux directeur, aujourd’hui fixé à 5,25%, de 0,25 point. "Des taux d’intérêt plus bas seraient d’un bon secours", a déclaré, vendredi 31 août, Martin Feldstein, président du prestigieux National Bureau of Economic Research, estimant qu’une baisse des taux de 100 points de base serait justifiée.

Wall Street a, pour sa part, été fortement ébranlé par la publication des mauvais chiffres de l’emploi américain vendredi : le Dow Jones a cédé 1,87 %. Les Bourses européennes ont suivi : le CAC 40 a chuté de 2,63 %, le Footsie de Londres 1,93 % et le DAX de Francfort 2,43 %.

Les courtiers surveilleront donc avec attention le discours du président de la Fed, Ben Bernanke , mardi, et les statistiques des demandes hebdomadaires d’allocations chômage, jeudi, "l’indicateur hebdomadaire le plus important pour l’économie américaine", pour les analystes de Lehman Brothers.


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