Liste des auteurs

Geneviève Azam | L’Humanité le 08.09.07

La croissance atteint ses limites

lundi 10 septembre 2007 par Geneviève Azam

Pour tous ceux qui chantent depuis près de trente ans les vertus de la libre circulation des capitaux sur la planète, au point d’avoir voulu en faire un principe constitutionnel en Europe, la crise financière ne saurait être que passagère, moyennant quelques ajustements. En effet, la foi en la finance globale n’a pas été affectée par les accidents majeurs qui scandent pourtant l’histoire de la libéralisation financière. Les - salariés ont payé l’ardoise silencieuse de la déréglementation financière et des risques inconsidérés pris par les financiers.

La crise présente a le mérite d’être explicite. Elle est en effet partie du marché hypothécaire des USA, des « subprimes », crédits immobiliers consentis à des ménages peu solvables, garantis sur des biens immobiliers, et portés par la croyance en un marché immobilier toujours à la hausse. Ce sont les difficultés de ces ménages qui ont contribué à provoquer le retournement du marché immobilier. Accablés de dettes et incapables de rembourser leurs emprunts à taux variables, alors que les taux pratiqués par la Réserve fédérale ont eu tendance à augmenter, ils ont été contraints à la vente de leurs biens hypothéqués, enclenchant ainsi une baisse sur le marché immobilier et la faillite d’organismes prêteurs. Et ce n’est qu’un début. Car ces prêts ont été consentis avec des mensualités faibles les deux ou trois premières années et des mensualités très fortes ensuite. Les très nombreux prêts consentis depuis 2004 vont provoquer de nouvelles défaillances des ménages emprunteurs. Déjà, entre deux et trois millions de ménages se trouvent dépouillés de leurs biens. La crise n’est pas circonscrite à l’immobilier et au marché financier états-unien. En effet, dans l’euphorie de la hausse, ces créances douteuses sont sorties du bilan des banques et ont été vendues sur les marchés financiers à des fonds qui achètent du risque contre une forte rémunération. En apparence, le risque se trouve ainsi dilué et ces produits dérivés sillonnent toute la planète. Mais c’est sans compter sur la contamination des retournements de confiance qui se mettent à peser sur l’ensemble du système. Cette crise de confiance se traduit par une tendance à la restriction des prêts et par une réduction des liquidités sur le marché monétaire sur lequel les banques se refinancent pour faire face à leurs engagements. Face à ce risque de panique générale, les Banques centrales n’ont pas hésité à ouvrir les robinets du crédit et continuent à alimenter ces marchés en liquidité, pour sauver les établissements financiers… et leurs pratiques douteuses.

Jusqu’à quand ? Retrouver et maintenir un climat à la hausse sur les marchés financiers suppose que ces marchés soient en permanence alimentés et réalimentés par une épargne financière. La pression sur les revenus du travail et sur le financement de la protection sociale, en « libérant » les revenus du capital, en est la première condition. C’est le régime néolibéral imposé depuis les années quatre-vingt. Mais selon le modèle libéral productiviste, l’impératif d’une croissance générale exige une consommation privée toujours plus forte. L’endettement des ménages devient alors une nécessité, voire une cause nationale. N’a-t-on pas entendu Nicolas Sarkozy faire l’éloge du crédit « revolving » qui engage les ménages et notamment les plus pauvres, dans des processus d’endettement permanent et de dépendance sans retour ? Or, la croissance mondiale, tirée par le surendettement des ménages et la « désépargne », rendue possible aux USA par la captation de l’épargne mondiale, atteint manifestement ses limites.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !