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Bruno Odent | L’humanité du 16.08.07

La croissance en berne

jeudi 16 août 2007 par Bruno Odent
Conjoncture . Le ralentissement en France et dans toute la zone euro, au deuxième trimestre, pourrait bien être encore aggravé par l’actuelle crise financière. Le rôle de la BCE est pointé.

C’est manifestement une très mauvaise nouvelle pour l’emploi. La conjoncture internationale donne de multiples signes de fatigue. Tout particulièrement perceptibles aux États-Unis, ils le sont aussi en France et en Europe. Ainsi notre pays n’a-t-il pu afficher qu’une progression de 0,3 % de sa richesse nationale (PIB) au deuxième trimestre, après 0,5 % au trimestre précédent. La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, invoquait hier, dans une interview accordée au Figaro, « le caractère conjoncturel » de ce mauvais chiffre, en pointant « l’attentisme des entreprises » à la veille de la présidentielle et martelait que, « pour la suite », la tendance resterait bonne, les objectifs de croissance de Bercy (entre 2,25 % et 2,50 %) pour l’ensemble de l’année pouvant, selon elle, être atteints.

sombres perspectives

L’argument est bien mince et ne convainc pas en tout cas la plupart des spécialistes qui tablent désormais sur une croissance inférieure à 2 % au terme de l’année 2007. Les perspectives s’annoncent en effet d’autant plus sombres que toute la zone euro est affectée également du même accès de faiblesse. Son PIB n’a crû, lui aussi, que de 0,3 % au deuxième trimestre (contre 0,7 % au premier). Et si la situation paraît particulièrement préoccupante aux Pays-Bas et en Italie (avec respectivement 0,2 % et 0,1 % de croissance seulement), elle l’est surtout en Allemagne, pays censé jouer les locomotives de la zone.

Avec 0,3 % de croissance, Berlin affiche son plus mauvais score depuis la fin 2005. Et tous les experts d’outre-Rhin tablent désormais sur une croissance 2007 au moins inférieure d’un demi-point à celle de 2006 (+ 2,8 %). L’impact de l’instauration, au 1er janvier dernier, de la TVA dite sociale commence ainsi à se faire très rudement sentir. On se souvient que cet impôt indirect a été augmenté de trois points pour alléger les charges sociales des entreprises.

L’Allemagne, qui est, de très longue date, « championne du monde des exportations », voit sa croissance régulièrement ramenée vers le bas par les mauvais chiffres de la consommation intérieure. Car les réformes libérales de ces dernières années se sont traduites par une baisse avérée du pouvoir d’achat de la plus grande partie des salariés. Aujourd’hui, l’augmentation du coût des produits de base pour la masse de la population renforce le phénomène, en dépit du boom des exportations de biens d’équipement vers les pays émergents, qui se poursuit.

les bourses encore en baisse

Au passage, on peut mesurer ainsi les effets récessifs que ne manquerait pas d’avoir l’instauration de cette « TVA sociale », projetée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, alors même que la France affiche, elle, aujourd’hui, non des excédents mais de très graves déficits commerciaux…

Le coup de frein à la croissance menace aussi de s’accentuer sous les effets de la crise financière internationale provoquée par l’effondrement du marché immobilier aux États-Unis. Hier encore, un vent de panique continuait à souffler sur les Bourses en baisse (- 2,15 % à Tokyo, - 0,66 % à Paris).

Dans ce contexte se pose avec plus d’acuité que jamais la question d’une refonte complète du rôle et du statut de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la BCE, a annoncé, fin juillet, une nouvelle hausse des taux d’intérêt pour septembre, la Banque centrale n’a en effet pas hésité à injecter, ces cinq derniers jours, plus de 200 milliards d’euros au secours des marchés financiers. Une intervention qui contribue à gonfler fortement la masse monétaire et donc à booster ces « tendances inflationnistes » que le patron de la BCE déplore, par ail- leurs, à longueur de communiqués, pour justifier une politique monétaire restrictive.

En fait, la contradiction montre à quel point la toute-puissante BCE est programmée pour servir les intérêts boursiers, en combattant uniquement les risques prétendument inflationnistes que consti- tueraient les… « augmentations de salaires ». D’où la pertinence et l’actualité d’un débat sur la sélectivité du crédit pour retrouver la voie d’une croissance saine, les taux d’intérêt étant d’autant plus abaissés qu’ils sont destinés à des investissements pour l’emploi ou la formation, et d’autant plus élevés qu’ils financent des opérations spéculatives.

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