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Un article de Marie Visot paru dans Le Figaro du 22 juin 2006

La croissance française en rythme de croisière

jeudi 22 juin 2006 par Marie Visot
Grâce à la consommation qui en reste le pilier, la croissance atteindrait 2% cette année, selon l’Insee. Le taux de chômage refluerait à 9% en fin d’année, contre 9,3% aujourd’hui.

« L’économie française remonte la pente ». Elle a commencé l’année sur un rythme de croissance « moyen mais solide », indique l’Insee dans sa note de conjoncture trimestrielle publiée aujourd’hui. Et cette tendance devrait se poursuivre, au moins jusqu’au début de l’année 2007. La croissance atteindrait ainsi 2% en 2006, après 1,2% en 2005. C’est le chiffre bas de la fourchette retenue par Bercy, qui a bâti son budget sur un taux de 2,25%. Sous ces hypothèses, Michel Devilliers, chef du département de la conjoncture à l’Institut national des statistiques, juge « crédible » l’objectif du gouvernement de ramener le déficit à 2,8% cette année et de baisser la dette de deux points de PIB.

Incertitudes sur la compétitivité

L’Hexagone va bénéficier d’« une année exceptionnelle en termes de commerce mondial », que le choc pétrolier n’a pour l’instant pas réussi à perturber. Plus important encore pour la France, son premier partenaire commercial retrouve de vives couleurs. De fait, un effet « Coupe du monde de football » et la perspective d’une hausse de la TVA en 2007 incitent les Allemands à consommer, ce qui soutient la croissance. Cet appétit a, en outre, pour effet de dynamiser les exportations françaises, que l’Insee voit progresser de 7,4% cette année. Une vigueur que la France n’avait pas connue depuis de nombreuses années !

Reste que le ressort du commerce mondial n’entraîne que partiellement la production industrielle hexagonale. Si les ventes de produits manufacturés ont « fortement rebondi » au début de l’année, « des incertitudes quant à la résistance de la compétitivité intérieure et extérieure de la France sont toujours prégnantes, dans un contexte de brusque dépréciation du dollar depuis quelques semaines », indique l’Insee. De plus, l’activité manufacturière est freinée par un important mouvement de déstockage et certains secteurs, à l’image de l’automobile, traversent une période difficile. La production devrait progresser dans la seconde partie de l’année à un rythme de 0,5% par trimestre. Parallèlement, l’investissement « retrouverait un niveau de croissance moyen » (voir tableau), marqué toutefois par la vigueur des dépenses d’équipement en construction et travaux publics.

Engouement pour l’électronique grand public

Cette année encore, la consommation des ménages, particulièrement vive pour l’électronique grand public et l’équipement du logement, sera le socle de la croissance. Illustrant bien cette tendance, l’Insee a annoncé hier, dans son enquête mensuelle, une hausse de 0,6% des dépenses des ménages en mai, après une progression de 0,9% en avril. Au total, la consommation - qui pèse pour la moitié du PIB - devrait progresser de 2,6% cette année. Conséquence de la vigueur de la demande : les importations, elles aussi, seront très vigoureuses.

Pourquoi les Français qui n’ont pas le moral, doutent de l’action politique et redoutent une déception sur le front footbalistique, dépensent-ils autant ? Deux réponses : la baisse graduelle du chômage et la hausse du pouvoir d’achat. Avec 196 000 emplois créés en 2006 (contre 99 000 l’année précédente), le taux de chômage devrait tomber à 9% à la fin de l’année. Cette progression sur le front de l’emploi « proviendrait notamment d’une accélération dans le secteur non marchand, où l’emploi aidé progresserait fortement » au premier semestre. Le rythme devrait toutefois ralentir dans la seconde moitié de l’année, la montée en charge du plan de cohésion sociale étant terminée. L’emploi salarié marchand, quant à lui, créerait 76 000 postes cette année, après 63 000 en 2005. En ce qui concerne le CNE, l’Insee reste sur sa position, affirmant que le contrat crée entre 10 000 et 20 000 emplois par trimestre.

Cette reprise de l’emploi, conjuguée à une évolution salariale et une inflation modérée, permettrait une « accélération régulière » du pouvoir d’achat du revenu disponible brut des Français. Après avoir augmenté de 1,3% en 2005, sa hausse atteindrait 2,4% cette année.

Pour que ce scénario ne soit pas contrarié, « la France devra éviter quelques écueils », a prévenu Karine Berger, chef de la division « Synthèse conjoncturelle » à l’Insee. Si les déséquilibres mondiaux venaient à s’accentuer, les risques d’une baisse du dollar seraient renforcés. Il ne faudrait pas non plus que les difficultés du commerce extérieur français s’accentuent.


Choc pétrolier : un coût de 130 euros par ménage

La hausse des prix des produits pétroliers « se traduit presque instantanément par un surcroît de dépenses en énergie des ménages », indique l’Insee dans sa note de conjoncture. Sous les hypothèses d’un baril de brent stabilisé en 2006 à 70 dollars et d’un taux de change d’un euro pour 1,27 dollar d’ici à la fin de l’année, la ponction sur le porte-monnaie des Français devrait s’élever à 130 € cette année, après 180 € l’an dernier. Ces calculs « ne prennent toutefois pas en compte les hausses connexes comme celles de l’électricité et du gaz », prévient l’Insee. Elles n’intègrent pas non plus les effets indirects de la diffusion aux autres secteurs, diffusion qui n’a toutefois pas été constatée jusqu’alors.

La hausse des prix du pétrole est citée par l’Insee comme un des risques majeurs pesant sur la croissance. Mais l’inflation demeure pour l’instant sous contrôle. La hausse des prix ne devrait en effet pas dépasser 1,8% à la fin de l’année.

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