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Julien Bouissou , Nathalie Brafman | Le Monde le 9 mars 2007

La délocalisation des services informatiques français reste très modeste

vendredi 9 mars 2007 par Nathalie Brafman, Julien Bouissou
Selon l’organisation patronale Syntec informatique, l’"offshore", c’est-à-dire la délocalisation de services à l’étranger, ne représente environ "que" 3 % du marché des services informatiques (15 % dans les pays anglo-saxons. En 2010, l’"offshoring" devrait atteindre 5 %.

Même s’il est encore modeste, le mouvement est en marche. Car la pression sur les prix est telle que dans les appels d’offres, les grands groupes internationaux - constructeurs automobiles, laboratoires pharmaceutiques ou encore géants de la distribution - demandent tous qu’une partie des tâches soient réalisées en dehors de France pour faire tomber les coûts. "Il y a bien longtemps que les constructeurs automobiles ont installé des usines à l’étranger. Il n’est pas illogique qu’une entreprise internationale sous-traite sa comptabilité ou sa maintenance informatique à Bangalore (Inde)", reconnaît Didier Hermann, président d’Unilog.

Jusqu’à peu, ces appels d’offres échappaient aux SSII françaises car les grands groupes faisaient appel à des sociétés informatiques indiennes comme Infosys, Wipro, ou encore Satyam. Désormais, ils peuvent aussi compter sur les SSII de l’Hexagone.

Comme Atos ou encore Steria qui a déjà recours à la sous-traitance en Inde et veut développer un nouveau centre au service de clients européens au deuxième semestre 2007, Unilog a découvert l’Inde récemment.

Rachetée début 2006 par l’anglo-néerlandais LogicaCMG, elle peut s’appuyer sur ses 3 000 informaticiens employés à Bangalore. "Avant nous n’avions pas forcément la crédibilité et l’offre globale. Depuis notre rachat, nous pouvons entrer en compétition avec les plus grandes sociétés européennes", affirme, M. Hermann. La SSII a décroché quatre contrats significatifs dont l’un avec Air Liquide qui mobilisera à terme 100 personnes dont 70 à Bangalore.

Toutefois, pas question pour Unilog de proposer l’Inde à tout prix. "Nous voulons avoir des centres partout dans le monde. Et nous choisirons ensuite lesquels mobiliser en fonction de la langue de travail et des compétences", déclare M. Hermann. La SSII mise ainsi sur une stratégie dite "nearshore" qui passe par le Maroc ou encore l’Estonie.

"Tous fournissent le même niveau de qualité et les mêmes méthodes de travail", dit Jean-Pierre Parra, en charge des services chez Unilog. Grâce à sa présence à Bangalore, la société a même gagné des contrats pour son centre au Maroc. "Toutefois, si le mouvement est engagé, l’informatique ne sera jamais le textile où 90 % des tâches peuvent être délocalisées", assure M. Hermann.


En 2010, Capgemini aura deux foix plus d’ingénieurs en Inde qu’en France

Capgemini compte faire travailler 100 000 personnes dans le monde en 2010, contre 75 000 salariés aujourd’hui. Et, d’ici trois ans, 40 % du total des effectifs de la société de services informatiques (SSII) se trouveront en Inde.

En 2010, l’entreprise informatique se donne en effet pour objectif d’employer 40 000 ingénieurs dans ce pays, contre 13 500 aujourd’hui, en faisant le choix de la croissance interne. Les effectifs seront alors deux fois plus importants qu’en France. Dès 2007, la croissance des recrutements va atteindre le rythme de 100 % en Inde contre 3 % dans l’Hexagone.

Capgemini n’est pas tout seul à vouloir se développer en Inde. Le cabinet de conseil et d’audit Accenture veut y porter ses effectifs à 35 000 personnes d’ici le mois d’août, contre 27 000 en janvier, soit plus qu’au Etats-Unis (30 000 salariés). De son côté, IBM, qui emploie déjà 43 000 salariés en Inde, veut y investir 6 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) et supprimer des emplois en Occident. Enfin, Dell veut y faire passer le nombre de ses salariés à 20 000 personnes d’ici à fin 2010, contre 10 000 fin 2006.

Il faut dire que l’Inde ne manque pas de personnels qualifiés : 250 000 ingénieurs informatiques sortent de ses universités chaque année. "Et tous, ici, rêvent de travailler dans des sociétés de service informatique, contrairement à la France où nous sommes en concurrence avec des entreprises des secteurs de la banque ou de l’assurance", souligne Pierre-Yves Cros, directeur de la stratégie de Capgemini. Non seulement les ingénieurs indiens sont nombreux, mais ils sont aussi bon marché : ils sont payés jusqu’à 10 fois moins chers que dans l’Hexagone.

UNE LONGUEUR D’AVANCE

C’est donc le centre de gravité de ce groupe qui va progressivement basculer vers l’Inde. Sur le modèle de ce qui se fait près de Paris, une "université Capgemini" sera construite dans le parc technologique d’Hyderabad, un pôle d’innovation au coeur du pays. Il s’agit ainsi aussi de sensibiliser les ingénieurs français aux problématiques de l’"offshore", c’est-à-dire de la délocalisation de services.

En Inde, six villes accueilleront désormais les activités du groupe : Calcutta, Bombay, Pune, Madras, Bangalore et Hyderabad. Dans cette dernière, l’entreprise pourra accueillir 20 000 employés d’ici deux ans contre 17 000 aujourd’hui.

Avec cette stratégie d’expansion en Inde, désormais suivie par la plupart des sociétés informatiques dans le monde, Capgemini garde une longueur d’avance sur ses rivaux européens. Grâce au rachat, le 12 février dernier, de l’américain Kanbay pour 1,25 milliard de dollars, il détient le nombre plus important d’ingénieurs en Inde. "C’est l’échappée belle hors du peloton", résume M. Cros. Derrière, le britannique Logica CMG n’y compte "que" 3 000 ingénieurs.

Le renforcement de Capgemini en Inde devrait aussi permettre au groupe de se développer sur le marché de l’infogérance. L’activité - qui consiste à délocaliser pour le compte d’entreprises clientes certaines de leurs fonctions administratives comme la comptabilité ou la paye - ne représente aujourd’hui que 4 % de son chiffre d’affaires, soit environ 300 millions d’euros. Ce secteur présente le double avantage de générer des revenus réguliers, contrairement aux autres activités de Capgemini, et lui permet de mettre le pied chez de nouveaux clients avant de leur vendre des activités plus complexes et à plus forte valeur ajoutée.

Certains grands groupes, comme Axa à Bangalore, ont déjà créé leur propre filiale d’infogérance en Inde et nombre d’entre eux souhaitent désormais s’en séparer. Capgemini a pu ainsi racheter en 2006 Indigo, la filiale d’infogérance basée en Inde de l’américain Unilever.

En s’appuyant sur Kanbay, spécialisée dans les services financiers, Capgemini souhaite devenir un des leaders mondiaux dans les services informatiques auprès des banques et des sociétés d’assurance. Les entreprises nord-américaines ont déjà adopté l’offshore, ce qui n’est pas encore le cas de l’Europe. Capgemini fait le pari que le Vieux Continent suivra le mouvement.

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