Liste des auteurs

PIERRE-HENRI LAB | L’Humanité du 24.03.2011

La fée électricité enchante les dividendes d’EDF

lundi 28 mars 2011 par Pierre-Henri Lab
Les tarifs réglementés de l’électricité pourraient bondir de 28 à 37 % en cinq ans, selon les Échos

Les profits des uns font les poches des autres. Dans leur édition d’hier, les Échos affirment qu’EDF aurait demandé au gouvernement d’augmenter les tarifs réglementés de « 28 à 37 % » en cinq ans. Citant un document auquel il a eu accès, le quotidien économique assure que le groupe présidé par Henri Proglio a proposé deux scénarios aux pouvoirs publics. Le premier mise sur une hausse de 6,5 % par an sur cinq ans. Le deuxième « limite » la hausse de 5,1 % par an sur la même période à condition de rogner sur les autres postes qui composent la facture des usagers. La contribution au service public de l’électricité (CSPE), qui finance le développement de l’éolien et du photovoltaïque, verrait par exemple sa hausse limitée. Dans les deux cas, la hausse sera la conséquence de la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome). Ce texte crée un accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) pour les concurrents d’EDF. Ceux-ci ne sont pas parvenus jusqu’à présent à gagner des parts de marché. Pour leur permettre de proposer aux usagers des prix compétitifs par rapport à EDF et aux tarifs réglementés, la loi met à leur disposition 25 % de la production électronucléaire moyennant un prix de rachat du mégawatheure qui devrait se situer à près de 39 euros. Soit environ 4 euros de plus que le coût de production actuel par les centrales nucléaires. C’est cette différence qui explique qu’EDF envisage, selon les Échos, d’augmenter ses tarifs de plus de 30 %. Adoptée en décembre dernier malgré l’opposition des parlementaires communistes et socialistes, la loi Nome a été combattue par plusieurs associations de consommateurs et la CGT énergie. Le syndicat, qui a toujours affirmé que celle-ci conduirait à une hausse mécanique importante des tarifs, n’a eu de cesse de dénoncer « une spoliation de la nation » au profit d’intérêts privés. En effet, pour financer la construction du parc nucléaire, il n’a été fait appel ni à des fonds privés ni même à des subventions de l’État.

C’est l’usager et lui seul qui, en s’acquittant de sa facture, a financé ce colossal investissement. En mettant à disposition du privé 25 % de la production électronucléaire, le gouvernement permet aux actionnaires d’EDF et à GDF-Suez ou à Poweo de mettre la main sur la rente nucléaire qui bénéficiait jusqu’à présent aux usagers grâce à des tarifs d’électricité parmi les plus bas d’Europe. Hier, dans un communiqué, EDF a démenti « avoir fait une demande formelle de hausse des tarifs sur cinq ans aux pouvoirs publics ». Ouf ! Voilà sans doute de quoi rassurer les 3, 8 millions de familles en situation de précarité énergétique qui se demandaient déjà comment faire face à la hausse de 5 % du prix du gaz le 1er avril prochain.

PIERRE-HENRI LAB

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !