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Un article de Paule Masson paru dans l’Humanité du 6 avril 2005

La fronde grandit contre le jour de travail gratuit

jeudi 7 avril 2005 par Paule Masson

Les salariés ont pris en grippe la suppression du jour férié de Pentecôte. À mesure que se précise la perspective de devoir « offrir », le 16 mai prochain, une journée de travail obligatoire et non rémunérée, la fronde grandit. Elle pourrait même prendre des allures de camouflet pour le gouvernement qui en a fait une des décisions emblématiques de la « modernité » de ses réformes. Décrétée à l’automne 2003, après l’été meurtrier de la canicule, la « journée de solidarité » envers les personnes âgées et dépendantes, est censée financer, par la contribution des seuls salariés, le plan vieillissement et allouer des moyens supplémentaires pour les maisons de retraite.

Garder le lundi de Pentecôte chômé

Mais « la mesure ne passe pas, tout simplement », témoigne Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, à l’unisson de tous les autres syndicats. D’ailleurs, dans nombre d’entreprises du secteur privé, la pression qui s’exerce est suffisamment forte pour que les employeurs renoncent à mettre leurs salariés au travail. Le choix du jour férié à supprimer devant être négocié par accord, les syndicats se sont empressés de négocier... son maintien. La CGT et la CFDT de Total ont par exemple appelé à la grève le 8 avril, jour où la direction veut discuter de la « mise en place de la journée de solidarité » que « Total a largement les moyens de prendre financièrement à sa charge ». Certaines administrations resteront fermées, comme à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, où un vote en conseil municipal en a décidé ainsi le 31 mars dernier. « Le temps des journées de corvée instaurées par les seigneurs, auprès des serfs taillables et corvéables à merci est terminé, du moins en France », s’est indigné le maire communiste Bernard Birsinger.

Déjà palpable dans les cortèges des 5 février et 10 mars dernier, la volonté de garder le lundi de Pentecôte comme jour chômé s’est imposée sur le devant de la scène sociale depuis le fiasco du lundi de Pâques dans le Gard, choisi comme jour travaillé en raison de la feria de Nîmes. « Ce lundi de Pâques travaillé a entraîné une totale désorganisation de la vie locale et a produit un déplorable gâchis », a constaté la FSU du Gard, une des principales instigatrices de l’appel à la grève. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, avait immédiatement prévenu que, en cas de maintien de la décision, le gouvernement s’exposait à une « une répétition à grande échelle » le 16 mai prochain. La FCPE, fédération des parents d’élèves, à d’ores et déjà réitéré son appel à ne pas envoyer les enfants en classe ce jour-là.

Déjouer l’arnaque de la « journée de solidarité »

Côté confédérations syndicales, l’unanimité est maintenant de mise pour organiser la mobilisation pour obtenir le retrait de la réforme. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a souhaité dimanche dans un entretien au JDD faire du lundi de Pentecôte une « journée de revendication sur les salaires et le temps de travail » qui s’inscrit dans le processus ouvert par le 10 mars dernier. La CGT avait déjà appeler à « déjouer l’arnaque de la journée dite de solidarité » considérée comme une « vraie disposition de recul social pour les salariés, au profit des seuls employeurs ». Jean-Claude Mailly a indiqué lundi « être mandaté » par la direction de FO pour « lancer des arrêts de travail ». Insistant sur l’aveu du gouvernement « qui explique déjà que cela ne suffira pas », le secrétaire général a insisté : « Faudra-t-il donner un deuxième jour de travail ? » Le même jour, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT a affirmé « mobiliser » ses troupes et « refuser de négocier la suppression d’un jour férié », mais il a mis en doute l’utilité de la grève pour se faire entendre : « Faire grève une journée pour se faire retirer une journée de salaire, c’est un cadeau au patronat. » En outre, la CFDT considère que la jurisprudence empêche les syndicats de lancer un mot d’ordre de grève sur la question de la Pentecôte. Ce que réfute la CFTC qui appelle « à la résistance civique en couvrant tous les salariés par un mot d’ordre de grève nationale ». De son côté, l’UNSA en appelle au président de la République pour qu’il retire « cette mesure dogmatique qui pénalise les salariés ». Plus globalement les syndicats affichent tous des désaccords avec le contenu du plan gouvernemental qui autonomise la gestion de la couverture du risque dépendance au lieu de l’intégrer au sein de la Sécurité sociale, via la création d’une cinquième branche, financée, de fait, par l’ensemble des revenus. D’ailleurs, la CFE-CGC a indiqué hier qu’elle va proposer aux autres organisations syndicales de faire du lundi de Pentecôte une « journée d’action en faveur des rémunérations, seul moyen d’améliorer les recettes de la protection sociale ».

Le gouvernement lui-même, peine à défendre sa réforme, Philippe Douste Blazy, ministre de la Santé, a déjà annoncé que les quelque 2 milliards d’euros ponctionnés sur les salariés ne suffiront pas à l’avenir à financer la dépendance, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie. Qu’à cela ne tienne, l’entreprise de culpabilisation redouble. Hier, Thierry Breton n’a-t-il pas osé lancer à l’intention des salariés un « Pensez à vos aînés ! », jugeant que la réaction qui consiste à dire « touche pas à mon jour férié » n’est pas « digne ». Le ministre des Finances est-il gagné par la peur panique qui s’empare de Matignon à l’idée d’un immense boycott de sa mesure quinze jours avant le référendum sur la constitution européenne ?

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