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Un article de Cécile Ducourtieux paru dans Le Monde du 16 mai 2006

La généreuse politique de dividendes des sociétés du CAC 40

mardi 16 mai 2006 par Cécile Decourtieux

Les actionnaires ont été particulièrement choyés par les entreprises du CAC 40. En début d’année, ils ont engrangé des plus-values potentielles conséquentes, liées à l’appréciation de plus de 23 % de l’indice phare de la place parisienne en 2005. Aujourd’hui, tandis que la période de versement des dividendes au titre de l’année dernière bat son plein, ils encaissent des sommes historiquement élevées : 30,2 milliards d’euros, soit 40 % de plus qu’en 2004. En 2006, selon la société d’études FactSet JCF, les dividendes cumulés du CAC 40 pourraient dépasser 35 milliards d’euros.

Alors que les années précédentes, certains groupes (Cap Gemini ou Alcatel en 2004) refusaient de sacrifier à une pratique logiquement très appréciée des actionnaires, tous les acteurs du CAC 40 ont versé des dividendes en 2005.

Quant au taux de "redistribution", bon indicateur de la générosité des entreprises à l’égard des détenteurs de leurs actions, il a aussi augmenté : il atteint, en moyenne, 36,1 % du bénéfice net des entreprises du CAC 40 (contre 32,8 % pour 2004), selon les calculs de Jean-Noël Vieille, directeur de la société de gestion KBL France. Au hit-parade des sociétés les plus généreuses, selon le professionnel : PPR, Accor ou Vivendi, qui ont redistribué respectivement 61,8 %, 61,4 % et 55,8 % de leurs bénéfices nets.

PROFITS RECORDS EN 2005

Cité par le quotidien Les Echos, Serge Weinberg, président du conseil d’administration d’Accor a reconnu, lors de l’Assemblée générale du groupe hôtelier, mercredi 10 mai, que le taux de redistribution de ce dernier "n’est pas normal".

Les entreprises chouchoutent-elles donc trop leurs actionnaires ? Les professionnels des marchés ne manquent pas d’arguments pour soutenir le contraire. "Si les dividendes sont à de tels niveaux, c’est avant tout parce que les profits des groupes du CAC 40 ont atteint des records en 2005 (84 milliards d’euros au total)", souligne M. Vieille. Et de rappeler que, sur une longue période, le taux de redistribution des entreprises intégrées dans l’indice phare de la Bourse de Paris reste stable, à environ un tiers des bénéfices nets.

En outre, les plus généreux versements de 2005 auraient souvent un caractère exceptionnel.

C’est Arcelor, qui pour se défendre d’une offre publique d’achat (OPA) hostile de Mittal Steel, et s’assurer la fidélité de ses actionnaires, décide d’augmenter de 184 % ses dividendes.

Ce sont Sanofi-Synthélabo ou France Télécom , la part des salaires dans la valeur ajoutée (la valeur de la production, diminuée des achats des biens et services nécessaires à la production) est passée de 72,5 % en 1981 à à 65 % en 2003, sur les sociétés non financières en moyenne annuelle. Ce chiffre a glissé de 59 % en 2001 à 52 % en 2004 pour les seules sociétés industrielles du CAC 40.

Pourtant, "les grands gagnants de la hausse des profits des entreprises, ce ne sont pas les actionnaires mais l’Etat, via l’impôt sur les bénéfices, et l’entreprise elle-même, pour la partie de la valeur ajoutée qu’elle conserve sous la forme de bénéfices, pour racheter ses propres actions ou investir", assure M. Vieille.

Quant aux salariés, une partie d’entre eux, du moins dans les grandes entreprises, bénéficie des hausses des bénéfices, via l’actionnariat salarié et les plans de participation et d’intéressement .

Les financiers renvoient dos à dos versement de dividendes et investissement. Selon eux, en faisant la part trop belle aux actionnaires, par manque de confiance en l’avenir, d’imagination ou d’opportunités d’investissement, les entreprises pourraient compromettre leur valeur à long terme. "C’est moins risqué de rendre de l’argent aux actionnaires que de l’investir. Mais, les niveaux actuels d’investissement, plutôt bas, auront un impact sur les niveaux futurs de profits", analyse Thomas Aubrey, un dirigeant de la société de conseil britannique Thomson Financial.


Arcelor veut racheter le quart de son capital

Alors que Mittal Steel n’a toujours pas lancé son offre publique d’achat (OPA) sur Arcelor , le sidérurgiste européen, lui, multiplie les parades. Vendredi 19 mai, il proposera à ses actionnaires, lors d’une assemblée générale extraordinaire, une offre publique de rachat d’actions (OPRA) massive, pour quelque 5 milliards d’euros. Arcelor compte ainsi racheter jusqu’à 150 millions de titres soit, en cas de succès de l’opération, près du quart de son capital. Le prix de rachat de l’action, qui cotait 34,70 euros à l’ouverture de la Bourse lundi, ne dépassera pas 50 euros.

L’OPRA permettra de renforcer le noyau dur d’Arcelor, qui représentera 17 % du capital, contre 13 % actuellement. Elle concurrence l’OPA de Mittal, dans la mesure où elle représente la même offre en cash que cette dernière. Mais elle va accroître la dette du groupe - qui devrait représenter, à son issue, deux fois son excédent brut d’exploitation - et obérer sa capacité d’investissement.


Lexique

Le dividende. C’est la part du bénéfice net qu’une société reverse à ses actionnaires. Le dividende est fixé en assemblée générale par ces derniers, qui décident de l’affectation des résultats de l’entreprise sur proposition du conseil d’administration ou de surveillance. Il est versé au plus tard neuf mois après la clôture de l’exercice au titre duquel il est distribué. Il est payé en numéraire ou en actions de l’entreprise.

Le taux de distribution. C’est le rapport entre le dividende et le bénéfice net de l’entreprise. En Europe, une politique de distribution est jugée faible si le taux n’excède pas 20 %. Au-delà de 60 %, elle est jugée forte.

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