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Article de Isabelle Rey-Lefebvre paru dans Le Monde du 30 août 2006

La hausse des coûts du logement et de l’énergie suscite une polémique sur le pouvoir d’achat

mercredi 30 août 2006 par Isabelle Rey-Lefebvre
L e magazine 60 millions de consommateurs conteste la progression du pouvoir d’achat annoncée par Thierry Breton sur la base des prévisions de l’Insee. Dans sa note de conjoncture publiée en juin, celle-ci table en 2006 sur une hausse du pouvoir d’achat de 2,4 %.

Mais l’Institut national de la consommation (INC) publie ainsi, ce mardi 29 août, dans son mensuel 60 millions de consommateurs, une étude qui tente de montrer que les chiffres de l’Insee ne correspondent pas à ce que vivent et ressentent les Français, notamment les ménages les plus modestes. "D’après nos calculs, estime Marie-Jeanne Husset, la rédactrice en chef, la hausse du pouvoir d’achat n’est que de 0,9 %, en comptant large !"

Depuis l’introduction de l’euro, en 2002, le débat sur la vie chère est devenu un rituel de rentrée, opposant, d’un côté, les syndicats et les associations de consommateurs, qui dénoncent l’appauvrissement des ménages, et, de l’autre, les organismes de statistiques, qui démontrent le contraire.

Pour mesurer le plus justement possible les problèmes de pouvoir d’achat des Français, le premier ministre, Dominique de Villepin, a annoncé, lundi 28 août, sur TF1, qu’il confiait au Conseil emploi revenus cohésion sociale (CERC), présidé par Jacques Delors, une étude sur ce sujet.

Selon 60 millions de consommateurs, le revenu moyen disponible des ménages, activité, patrimoine et prestations sociales inclus, a, certes, augmenté entre juin 2005 et juin 2006 de 2,8 %, en hausse de 68 euros, à 2 488 euros. Mais ce gain est ponctionné de 47 euros par les hausses de prix sur les dépenses incompressibles des ménages. "Le gain réel de pouvoir d’achat se limite donc à 21 euros, soit 0,9 %", conclut Marie-Jeanne Husset. Principale accusée, l’énergie, à commencer par le carburant, dont la facture grimpe de 10 euros par mois, suivi du gaz, 6 euros en plus après une hausse des tarifs de 23 %, et du fioul, 5 euros, dont la facture a, en cinq ans, bondi de 60 %.

Viennent ensuite les frais de consultation du médecin, 2 euros, la restauration, 2 euros, le coût des maisons de retraite et des crèches, 2 euros également, et l’alimentation, poissons, légumes et viande, 4 euros à eux trois. Les frais de réparation automobile, et, notamment, les services postaux ou funéraires, complètent la liste des hausses

Toutefois, dans son étude, l’INC ne rajoute pas en gain de pouvoir les biens dont les prix reculent, comme les communications, dont la part augmente dans les dépenses des ménages (- 6,2 % sur un an selon l’Insee), les équipements électroniques (- 9,1 %), les médicaments (- 3,3 %), ou stables comme l’habillement (+ 0,1 %) et l’électricité (+ 0,1 %).

La seconde critique de l’INC concerne la prise en compte du coût réel du logement. "L’indice des prix à la consommation calculé par l’Insee - en hausse de 1,9 % en un an fin juillet 2006 - n’est pas un indice du coût de la vie, analyse Mme Husset, car il sous-estime le poids réel de certaines dépenses. Les loyers en sont l’exemple le plus manifeste : ils ne comptent que pour 6 % dans l’indice des prix alors que les Français locataires, toujours selon l’Insee, consacrent de 18 % à 24 % de leur budget à se loger !" L’Insee ignore en effet la hausse des prix d’achat des logements, considérant qu’il ne s’agit pas de consommation, mais d’investissement.

Les locataires ne représentent que 40 % de la population et les hausses de loyers ne touchent pas les 60 % de propriétaires, ce qui conduit l’Insee à réduire l’impact de cette variable. L’Insee se conforme, dans ce domaine, aux standards européens, "même si des réflexions sont en cours, au plan européen, pour mieux prendre en compte le coût réel du logement", concède Françoise Morel, chef du département indice des prix à la consommation.

Enfin, les calculs officiels intègrent "l’effet qualité" de certains produits, en minorant les hausses de leur prix, à son avis compensées par une amélioration de leur qualité. C’est le cas du matériel informatique, dont la puissance progresse sans cesse. "A l’Insee, nous estimons que cet effet qualité ne fait baisser l’inflation que de 0,3 point, argumente Françoise Morel. En l’absence de cette correction, l’inflation sur un an, en août 2006, serait de 2,2 % au lieu des 1,9 % annoncés."

Pour Laure Maillard, économiste de CDC IXIS, "on ne peut mettre en doute les calculs de l’Insee, qui s’appuient sur un outil statistique solide et fiable, mais dans une approche macroéconomique et pour un ménage fictif. Or tous les ménages ne sont pas égaux devant l’inflation. Certains, faute d’argent, n’achètent pas les produits dont les prix baissent, comme l’électroménager, les écrans plats, les vêtements, et subissent, au contraire, les hausses les plus fortes, de loyers, de fioul ou de transports".


Depuis 2000, les loyers ont progressé de 4,6 % l’an

L es statistiques livrées par la Fédération nationale des agents immobiliers (Fnaim) sur les loyers, ce mardi 29 août, renforcent les conclusions du magazine 60 millions de consommateurs sur le poids grandissant du poste-logement dans le budget des Français.

La hausse des loyers, observée lors d’un changement de locataire, se situe, selon la Fnaim, à 4,4 % au premier semestre 2006, sur l’ensemble de la France et sur un an. Depuis 2000, les loyers ont, en moyenne, progressé de 4,6 % l’an, soit largement le double de l’inflation. En revanche, les loyers des maisons, qui ne représentent qu’une minorité des locations, s’assagissent puisque leur quittance ne progresse que de 0,4 % sur un an, au premier semestre 2006, contre 0,8 %, fin 2005, et 3 % en moyenne annuelle depuis 2000.

Des tensions persistent dans certaines villes, comme Paris, où les loyers gagnent 5,8 %, Montpellier (+ 9,2%), Toulouse (+ 5,5%), Marseille (+ 6,9%), Grenoble (+ 5,6%) ou Brest (+ 11,4%). D’autres, comme Bordeaux, Poitiers, Angers, Laval, Perpignan, Reims ou Colmar, connaissent un net ralentissement.

50 % des 669 agents immobiliers interrogés par l’IFOP à la demande la Fnaim pensent que l’offre de locations est, aujourd’hui, supérieure à la demande, proportion qui monte à 68 % dans les régions Nord et Ouest. "Pour 44 % de nos adhérents, les loyers devraient se stabiliser, 32 % des professionnels prédisant même une baisse portant surtout sur les grands appartements (4 pièces et plus)", analyse René Pallincourt, président de la Fnaim.

Autre signe, le délai entre deux locataires s’allonge et atteint d’un à trois mois dans 32 % des cas. Les programmes de logements locatifs acquis dans le cadre du dispositif fiscal Robien (65 000 logements en 2005) vont être livrés dans quelques mois et devraient conforter cette tendance baissière.

Certains loyers, comme les 27 euros par m2 pour un studio dans le centre de Paris, sont devenus dissuasifs pour la plupart des locataires, ainsi encouragés à opter pour l’accession à la propriété. Selon la Fnaim, seuls 32 % des locataires le sont par choix et 65 % privilégient une plus grande surface plutôt qu’une localisation en centre-ville.

Les locataires en place, dont le contrat de location est en cours, vont profiter de la réforme de l’indexation des loyers. Le nouvel indice de révision des loyers (IRL), en vigueur depuis janvier, n’a progressé, au premier trimestre, que de 2,46 %, alors que l’indice du coût de la construction, qu’il a désormais supplanté, gagne, lui, 3,45 %. La réforme de l’indexation trouve ici la justification qu’escomptaient les ministères de la cohésion sociale et des finances.

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