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Un article de Frédéric Lemaître paru dans le Monde daté du 12 avril 2005

La moitié des salariés des grandes entreprises jugent que leur situation se dégrade

lundi 11 avril 2005 par Frédéric Lemaître

Alors que les 35 heures ont, dit-on, modifié le rapport des Français au travail, l’institut de sondage TNS-Sofres et Capgemini diffusent actuellement une enquête réalisée en août 2004 auprès de 2 298 salariés sur ce sujet.

Ce travail, nourri par de nombreux entretiens, est riche d’enseignements. Tout d’abord, les deux tiers des salariés français, tant dans le public que dans le privé, sont satisfaits de leur travail. Un chiffre équivalent à ce qu’il était il y a quinze ans.

Malgré la formalisation de certaines procédures comme les démarches qualité et ce que certains ont appelé le "retour du taylorisme", les salariés n’ont pas, dans l’ensemble, le sentiment que leurs marges de manoeuvre se restreignent.

Néanmoins, les dirigeants doivent se garder de tout optimisme. Près d’un salarié du privé sur deux estime avoir été récemment fragilisé, soit parce qu’il a connu le chômage, ou risqué de perdre son emploi, subi une fusion ou simplement douté de sa valeur professionnelle.

Du coup, 38 % des salariés jugent que leur situation personnelle se dégrade, un chiffre qui atteint 50 % dans les grandes entreprises. C’est un des éléments-clés de cette enquête : il y a globalement moins de clivages entre salariés du public et ceux du privé qu’entre salariés d’une petite entité ou ceux d’une grande structure, quel que soit le statut de celle-ci.

Si les Français sont inquiets, c’est en raison de l’internationalisation de l’économie. La mondialisation, voilà l’ennemie ! Selon TNS-Sofres, les Français figurent parmi les plus pessimistes : seuls 15 % jugent que le monde va dans la bonne direction. Une opinion partagée par un Britannique sur trois, près d’un Américain sur deux, et trois Chinois sur quatre.

Inquiets face à la globalisation, les Français ont du mal à comprendre et accepter les conséquences que celle-ci induit sur leur travail, en particulier les changements dans les organisations.

Dans les grandes entreprises, 64 % des sondés estiment que les modes de fonctionnement changent considérablement, un pourcentage également élevé dans les entreprises publiques (54 %) et la fonction publique (50 %) hors éducation nationale (20 % seulement).

Face à ces changements impulsés par les directions, la moitié des salariés jugent "difficile de dire" s’ils sont pertinents ou non ; 22 % émettent un avis négatif et 29 % approuvent les changements (40 % des cadres). Si les salariés suivent les directions, c’est moins par conviction que par opportunisme. 59 % des salariés s’engagent pour la réussite de ce changement, 34 % ne se mouillent pas et 6 % freinent le mouvement.

Les cadres ne constituent plus une catégorie à part. S’ils se sentent plus impliqués et sont plus nombreux à vouloir s’engager pour la réussite des changements, ils ne se considèrent pas plus loyaux à l’égard de l’entreprise que les autres collaborateurs. "Impliqués mais pas godillots" résume l’enquête.

Que les chefs d’entreprise ne comptent plus sur leur charisme pour renverser la tendance : ils ont de moins en moins la cote. En 1985, 56 % des salariés leur faisaient confiance. Ils ne sont plus que 45 % aujourd’hui. Dans le même temps, ceux qui ne leur font pas confiance sont passés de 25 % à 54 %. C’est en 2002 que les courbes se sont croisées, un phénomène concomitant aux déboires de Jean-Marie Messier à la tête de Vivendi Universal.

La prise de distance vis-à-vis de l’employeur est réelle : seuls 26 % des salariés lui sont attachés (­ 9 % en sept ans) et 21 % lui font confiance (­ 16 %). Si le travail reste une valeur, celle-ci a évolué. Il ne s’agit plus d’un devoir à accomplir face à un patron tout-puissant et/ou vénéré mais d’une source d’accomplissement de soi.

C’est en 1992 que les salariés prêts à faire des sacrifices assez importants dans leur vie personnelle pour mieux réussir leur vie professionnelle sont devenus minoritaires. Depuis, l’écart n’a cessé de s’accroître. Aujourd’hui, ils sont moins de 30 % à se dire prêts à faire des sacrifices pour leur travail.

Les salariés sont prêts à s’engager mais s’ils ont l’impression que leur employeur tient également ses promesses. Le contrat de travail ne lie-t-il pas deux parties ?

Or, si 48 % jugent que les choses sont équilibrées entre leur apport à leur entreprise et ce qu’ils en reçoivent, 40 % se sentent plutôt perdants. Des chiffres presque similaires dans le privé que dans le public.

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