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Article de Antoine Jacob paru dans Le Monde du 06.12.06

La participation des salariés au capital fait l’objet d’un nouveau débat en Allemagne

mercredi 6 décembre 2006 par Antoine Jacob

près avoir joué avec cette idée pendant des décennies sans jamais la concrétiser, les partis au pouvoir en Allemagne ont décidé de s’emparer de la participation des salariés au capital des entreprises, un thème jusqu’à présent réservé aux partenaires sociaux. Réunie en congrès à Dresde, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) s’est prononcée, le 28 novembre, en faveur d’un tel principe. Deux jours plus tôt, le Parti social-démocrate (SPD), l’autre composante de la grande coalition gouvernementale, s’était dit favorable à l’adoption d’une loi sur le sujet avant la fin de la législature actuelle, prévue en 2009.

En l’espace d’une semaine, l’Investivlohn, expression recouvrant cette idée aux contours encore assez flous, a fleuri dans les discours politiques. Ce concept a pour objectif d’associer les salariés aux bénéfices réalisés par les entreprises privées, en hausse en cette période de croissance revigorée. Une telle participation reste l’exception en Allemagne : environ 10 % des entreprises la pratiquent, contre 23 % en France et 30 % en Grande-Bretagne, selon Karl-Josef Laumann, chargé à la CDU de cette question.

MOYEN "JUSTE"

Les partenaires sociaux allemands ont jusqu’à présent privilégié, avec l’assentiment des gouvernements successifs, la fameuse cogestion (Mitbestimmung).

Depuis 1976, les salariés sont associés étroitement aux décisions sur la gestion du personnel, via le comité d’entreprise, permettant de favoriser le dialogue et d’éviter bon nombre de grèves. En outre, dans plus de 700 entreprises, la moitié des membres du conseil de surveillance sont des représentants des salariés.

"Les bénéfices et les revenus du capital ont nettement plus augmenté que les revenus du travail", note la direction de la CDU dans la motion adoptée à son congrès. Une tendance qui, selon elle, se poursuivra en cette phase de mondialisation.

Permettre à plus de salariés d’être associés aux résultats des entreprises serait un moyen "juste" de les faire bénéficier de leurs performances, même si les salaires n’augmentent que comparativement peu en raison de la pression concurrentielle.

En adoptant cette motion à une large majorité, le parti d’Angela Merkel a voulu se donner un profil un peu plus social, à un moment où il est critiqué pour s’être éloigné des préoccupations des gens. Pour ne pas se laisser déborder sur ce terrain, tout en voulant démontrer que la coalition n’était pas à cours de projets, Kurt Beck, le président du SPD, a fait sienne cette idée en invitant la CDU à en discuter plus avant. Les sociaux-démocrates n’en ont pas moins émis des conditions très claires : la cogestion et la politique tarifaire ne sauraient être sacrifiées sur l’autel de l’Investivlohn. Ils ont appelé, le week-end dernier, les employeurs à se montrer plus généreux en terme d’augmentation salariale en cette période d’embellie économique.

Pour les syndicats, une participation aux résultats des entreprises ne pourrait en aucun cas remplacer une partie du salaire. Ils redoutent aussi que des salariés possédant des actions de leur entreprise ne soient perdants si celle-ci devait faire faillite. Du côté des employeurs, on insiste sur le fait qu’un intéressement des salariés ne saurait exister que sur une base volontaire, décidée par chaque entreprise. Une préoccupation qui a déjà été entendue par la CDU.

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