Liste des auteurs

Madeleine Vatel | Le Monde du 5 mai 2007

La poursuite du dépeçage de Ioukos cache une lutte d’influence au Kremlin

samedi 5 mai 2007 par Madeleine Vatel

La compagnie publique Rosneft est devenue, jeudi 3 mai, le numéro un russe du pétrole. En remportant la vente aux enchères d’un lot du groupe Ioukos, Rosneft passe devant la société privée Lukoïl. Cette attribution s’est faite sans surprise : aucun étranger ne s’est porté acquéreur et le seul "concurrent" en lice était Unitex, groupe méconnu.

En quelques minutes, Rosneft a emporté l’enchère pour 6,8 milliards de dollars (5,01 milliards d’euros), soit 400 millions de dollars au-dessus de son prix de départ. Le lot est composé de deux filiales importantes de Ioukos, Tomskneft et East Siberian Oil and Gas Company (VSNK), et de plusieurs raffineries à Achinsk et Angarsk, en Sibérie orientale.

Il s’agit d’une étape supplémentaire du démantèlement progressif de Ioukos, ancien numéro un, qui avait été placé en liquidation judiciaire en août 2006 à la suite d’un procès pour fraude fiscale et escroquerie. Ce processus est en train d’aboutir à la constitution d’un autre géant pétrolier, qui finit par ressembler fortement à Ioukos... à la différence près qu’il est, cette fois, sous le giron de l’Etat.

Pour l’Etat russe, il s’agit d’une belle affaire : le gouvernement s’attend à des recettes supplémentaires de 400 milliards de roubles (11,46 milliards d’euros) pour son budget 2007. Une somme qui s’ajoute aux 13 milliards de dollars déjà perçus après la vente d’autres actifs. Le président russe, Vladimir Poutine, a promis, le 27 avril lors de son discours à la nation, de consacrer une partie de l’argent récupéré à l’amélioration de l’habitat.

Mikhail Khodorkovski, l’ancien propriétaire de Ioukos, est toujours en prison en Sibérie où il purge une peine de neuf ans. Ses avocats parlent de spoliation. La population, elle, ne voit qu’un juste retour des choses après que les oligarques se sont hissés à la tête des fleurons de l’industrie en profitant des désordres de la privatisation des années 1990. L’essentiel des actifs de Ioukos aura été vendu d’ici août.

Rosneft, qui se vante d’être devenu le premier groupe public mondial en termes de réserves, avait déjà emporté fin mars le plus gros lot d’actifs Ioukos pour 2007, constitué de 9,44 % du capital de la compagnie, ainsi que fin 2004 le joyau de Ioukos : Iouganskneftegaz. Nul doute qu’il continuera sur sa lancée lors de la prochaine enchère d’importance, jeudi 10 mai, du producteur Samaraneftegaz, soit 1,7 milliard de barils de réserve.

L’INTERROGATION GAZPROM

Un autre géant pourrait être amené à prendre sa part du gâteau : le numéro un mondial du gaz russe, Gazprom. Un lot remporté récemment par un consortium appartenant aux groupes italiens ENI et Enel avait été aussitôt promis et revendu en grande partie à Gazprom. Par ailleurs, l’existence d’un pacte conclu entre Rosneft et Gazprom est souvent évoquée. Le premier aurait la priorité sur la vente des activités de raffinage, tandis que le second se concentrerait sur l’extraction.

Ces arrangements industriels cachent en fait un rapport de forces administratif et politique. Chacune de ces deux compagnies est contrôlée par un clan d’influence du Kremlin. Or, le volume de gaz qu’extraira Rosneft dépendra de la générosité de Gazprom qui possède le monopole du réseau de distribution. Les mouvements autour des actifs de Ioukos ne seraient qu’une lutte sévère entre les groupes politiques qui s’affronteront à l’élection présidentielle de 2008, pour laquelle les deux géants de l’énergie ont intérêt à gagner en poids.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !